Il a parcouru les Amériques (2)

Partage international no 416avril 2023

par Bette Stockbauer

La première partie évoquait les civilisations anciennes ayant reçu la visite d’un saint enseignant. Le Maître de B. Creme avait confirmé qu’il s’agissait du Maître Jésus. Dans la seconde partie, nous voyageons avec le « Seigneur faiseur de miracles » en Amérique centrale, au Mexique, au Canada et au-delà, alors qu’il rend visite aux tribus de ces régions, leur transmettant sa sagesse et la vision d’un futur merveilleux.

En 1918, Lucile Taylor Hansen, autrice de He walked the Americas (Il a parcouru les Amériques, non traduit), était une jeune étudiante passant ses vacances d’été parmi une tribu Ojibwés du Michigan. Son intérêt allait au-delà de ses seules études : la langue, les danses, la culture et la religion de cette tribu toucha profondément son âme. Elle sut gagner, par sa sympathie et son intérêt véritable pour ses coutumes et son histoire, la confiance de son chef, Tonnerre noir. Celui-ci partagea beaucoup de son savoir avec elle et révéla qu’un saint homme, dans les temps anciens, rendit visite à la tribu. Cet homme vint aux « Indiens » à l’époque où leur empire était uni et que les grandes cités s’étalaient sur des kilomètres. Partout où il allait se produisaient des miracles, et toujours il parlait du Royaume de son Père.

Sa renommée allait grandissante. Il laissait toujours les gens l’appeler comme ils souhaitaient. Il était Wakea ou Wakan, « Wah » signifiant eau, pour honorer sa maîtrise de l’eau. Pour les Hopis, il était Tah-co-pah, le guérisseur, pour les Seri, il était Tlazoma, le faiseur de miracles. Les Cheerokees l’appelaient Ee-me-shee, le dieu du vent, et les Tohono O’odham, E-see-cotl, le grand guérisseur. Les Algonquins lui demandèrent le nom de son enfance, quand il vivait par-delà l’océan. Ainsi l’appelèrent-il Chee-Zoos1, dieu de la lumière de l’aube.

En Amérique centrale, son nom affectueux était Kate-Zahl2, mais son nom le plus célèbre était Quetzalcoatl – le serpent à plumes. « Quetzal » correspondait au nom donné à un oiseau rare aux plumes vertes brillantes, « co » signifiait serpent, et « tl » Seigneur. Ainsi était-il connu comme le Maître du vent et de l’eau. Chaque grand prêtre qui portait ses enseignements portait également son nom.

Puis, il voyagea vers l’ouest par le Canada, chez les Ya-kamas, proches de l’océan Pacifique. Si grande était leur vénération pour lui qu’ils donnèrent le nom de Tacoma à leur plus haute montagne en l’honneur de celui qu’ils appelaient « Tla-acomah », le Seigneur faiseur de miracle. Il séjourna chez les Yaquis et les Zuñis, les Havasupai et les Acoma. Les Seri de Basse-Californie parlent encore de ce temps où Tlazoma guérit un aveugle en plaçant du sable mouillé sur ses yeux. Comme un seul homme, ils se prosternèrent à ses pieds.

 

L’entrée à Tula

Une fois sa tâche accomplie sur cette partie nord du continent, il se rendit chez les Toltèques. Sa renommée l’avait précédée. « Tout au long de son chemin, des masses compactes l’attendaient, couvrant les routes principales jusqu’aux montagnes avoisinantes, chantant et psalmodiant. Les nouvelles avaient apporté avec elles les foules venues de très loin, et vidé toutes les villes et les villages.

« Sachant son amour des fleurs, les gens saturaient l’air de parfums et faisaient pleuvoir sur lui des pluies de pétales de plus en plus épaisses à mesure qu’il approchait de Tula. Un tapis de fleurs recouvrait la route […] Sitôt qu’il avait marché sur les pétales, une nuée de gens se précipitait pour les ramasser, espérant garder ne serait-ce qu’un seul pétale qu’il aurait foulé.

« […] Aux portes de la capitale, après s’être arrêté un instant pour contempler sa beauté fabuleuse, il passa ses lourdes portes de métal, incrustées de perles et d’émeraudes. Alors s’éleva d’un million de poitrines un rugissement pareil à celui de l’océan, qui explosa lorsque le monarque s’inclina devant lui et l’escorta dans Tula la dorée.

« […] Quand il prit la parole, un miracle se produisit : jamais encore la voix d’un homme avait porté si loin, et pourtant, de la colline qui domine le centre de la ville jusqu’au-delà des remparts, et même sur les montagnes environnantes, tous purent l’entendre réciter dans leur langue, de sa voix magnifique et mélodieuse. » Il leur raconta ses voyages, les amis qu’il avait eus et les ennemis qu’il avait réconciliés par l’amour et la compréhension. Il demanda aux dirigeants d’honorer la Voie sacrée en renonçant à l’esclavage et aux sacrifices. C’est ainsi qu’il s’exprima lors de son premier jour à Tula, et tous courbèrent la tête.

Il y resta plusieurs années et choisit comme lieux de résidence le temple de Teotihuacan et la pyramide sacrée de Cholula, où il enseigna au clergé les antiques rites de l’initiation. Par ses paroles et ses miracles, il unit le pays dans un mode de vie et de pensée commun et instaura un climat de paix où la nation toltèque découvrit sa dignité véritable.

Parvenu au terme de sa mission, il quitta Tula pour le Yucatán, et se rendit sur l’île de Cozumel, ultime étape de son séjour dans cet hémisphère. Puis un matin, dans la lumière de l’aube, il s’embarqua sur un magnifique navire de bois rouge et partit en direction de Tlapallan, sa patrie au-delà des mers.

 

Des légendes américaines

Après son départ, sa légende prit maintes formes. Certains la tiennent pour un simple mythe ; d’autres sont convaincus de sa réalité. Tel était le cas du Dr. Frank Buck, érudit de Hawaï, qui, après l’étude comparée de récits recueillis en Inde, en Chine et au Japon, faisant tous mention d’un instructeur à la peau blanche, crut voir, dans ses vêtements et le type de vaisseau qu’il utilisait, l’indication qu’il était originaire de la région de la Mer Rouge. Au Japon, la montagne Wakoyama serait appelée ainsi car un dieu blanc y aurait enseigné.

Chez les Mormons, le Livre3 qui traite des événements qui se déroulèrent sur le continent américain entre 600 av. J.-C. et 421 apr. J.-C., contient un certain nombre de prophéties sur la venue du Christ et consacre plusieurs chapitres aux apparitions qu’il y fit et à l’œuvre qu’il y accomplit après sa résurrection : miracles, choix de douze disciples. Des événements proches de ceux de la Bible et des légendes amérindiennes4.

Quant à Mme Hansen, elle considérait que l’instructeur était un Essénien, une secte religieuse des premiers siècles du christianisme. Les Esséniens portaient une sorte de toge et parlaient toujours de Dieu en disant « mon Père ». Les Amérindiens avec qui elle s’est entretenue connaissaient le mot Essenien, et les noms qu’ils donnaient au prophète, E-see-cotl et Ee-me-she, pourraient dériver du premier.

 

Une vision du futur

Au cours de ses voyages, Kate-Zahl (ainsi l’appelait-on affectueusement parmi le peuple) eut la révélation de l’avenir douloureux qui attendait les peuples où il séjournait. C’est ainsi qu’un jour où, selon son habitude, il était allé prier sur les hauteurs enneigées du volcan Popocatepetl, qui surplombait Tula, il eut une vision d’horreur qui fit blanchir ses cheveux.

Alors qu’il regardait la plaine s’étendant à ses pieds, un voile se souleva et lui laissa voir l’avenir de la ville. D’étranges fêtes remplissaient ses rues et des rites impies s’étaient emparés de ses temples. Les fleurs éclatantes et les oiseaux au rare plumage, les sourires joyeux du peuple, les chants et les psalmodies du clergé qu’il avait patiemment formé, tout avait disparu. Son nom même était oublié, et son enseignement n’était plus qu’un vague souvenir. Il vit alors le puissant Popocatepetl se mettre à trembler, un séisme fendre le pays et dévaster entièrement Tula, dont un feu consumait les derniers restes de vie.

Un autre rideau s’ouvrit alors sur de vastes migrations, le peuple traversant le pays dans le plus grand désordre, fuyant les pillards qui profanèrent les temples, et firent des sacrifices humains la pierre d’angle de leur culture et de leur foi.

A cette vision d’horreur en succéda une autre plus terrible encore, vision d’un cycle dont il vit clairement la date : 1519, l’année de Te-Tec-Patl. Venant de l’Est, des hommes blancs, en armures et munis de baguettes qui tuaient à distance, se pressaient en rangs serrés sur les côtes. Ils portaient sa Croix mais n’avaient, il ne le voyait que trop clairement, d’autres buts que de conquête et de carnage. Avec une tristesse sans borne, il observa leur progression, si rapide et si cruelle qu’elle bouleversera pour toujours la face du pays. Ils les vit, pendant cinq cycles (520 ans)5, mus par leur cupidité, élargir le champ de leurs exactions, fabriquer des armes toujours plus destructrices, et sembler même lancer un défi aux dieux.

Alors, tout son travail lui sembla vain et dérisoire. Où étaient donc ses villes resplendissantes et leurs fresques multicolores ? Où donc étaient ceux qui suivaient joyeusement sa loi, les enfants heureux trouvant leurs délices à son seul contact ? En gémissement d’agonie, il pria alors pour son peuple.

Peu avant de partir, il fera part de ses visions aux Toltèques, les avertissant de rester fidèles à son enseignement afin d’éviter ces désastres. Il les engagera à mettre leurs écritures sacrées en sécurité, dans des cavernes secrètes, afin que leurs descendants puissent s’en nourrir, et à transmettre de génération en génération sa prophétie selon laquelle le Popocatepetl annoncerait par de forts grondements l’approche de chacune de ces menaces. Enfin, pour donner à son avertissement encore plus de force et de permanence, il tailla dans la montagne un bloc de roche géant et y grava finement les cycles futurs de Vénus ; puis il inscrivit à son sommet la date fatidique – 1519 – afin que chacun prenne garde aux maraudeurs blancs.

Si certains n’y croyaient pas, beaucoup, cependant, pleuraient à la pensée que tant de beauté pût s’écrouler si facilement. Mais sur les hauteurs du volcan, un autre cycle lui avait été révélé. Alors qu’il regardait la vallée, en contrebas, il vit un rayon doré illuminer un pays nouveau. C’était en 2039. L’humanité était sortie de cette ère de carnages qui avaient marqué son enfance. Tout n’était que splendeur. De vastes centres de savoir, des bibliothèques immenses, riches de livres de tous les pays, avaient fleuri, et dont les murs portaient, inscrites aux yeux de tous, ses paroles. Dans ses temples sacrés, restaurés avec amour, le clergé gardait la Voie sacrée. Au moment de ses adieux à Tula, il révéla ce cycle au peuple assemblé, puis il lui adressa ces mots, en guise de viatique et de promesse, pour l’encourager à tenir dans les temps à venir : « Venez avec moi et parcourons cette ère future. Voyez ses bâtiments resplendissants, de matériau inconnu, et les nouveaux modes de transport qui sillonnent le pays. Visitons ensemble ses jardins et ses parcs avec leurs fleurs et leurs oiseaux ; observez le visage des gens, que nulle peur ne voile plus, et voyez-les resplendir de ma lumière. Contemplez cet âge où l’humanité adulte marche vers sa destinée – l’Age d’Or de l’apprentissage. Emportez avec vous cette vision, tout au long des âges, et souvenez-vous toujours de Kate-Zahl, le prophète. »

Dans les villages du désert américain vivent quelques hommes qui se souviennent de ces paroles, car ici aussi, il a promis de revenir un jour futur. Patiemment ils l’attendent, et font brûler chaque nuit une chandelle, pour hâter son retour, selon sa recommandation : « Si tu es fidèle à mon enseignement, et pour montrer que tu as vécu ta journée dans la justice, laisse brûler une chandelle la nuit, jusqu’à ce qu’un matin, dans la lumière de l’aube, je revienne pour te conduire dans le royaume de mon Père. »

Et dans les profondeurs des jungles du Yucatán vit un peuple caché, un clergé sacré, qui garde sa voie depuis de nombreux siècles. On dit que dans ce temple brûle une flamme, celle même que le prophète alluma il y a deux mille ans.

L. Taylor Hansen, He Walked the Americas (Il a parcouru les Amériques, non traduit), Amherst Press, Amherst, Wisconsin, 1963, Etats-Unis. 

1 – En français, pour respecter la prononciation : Tchizous (NdT).
2 – Version américanisée de Quetzal, diminutif de Quetzalcoatl. En prononciation française : Quétsal (NdT).
3 – Livre des Mormons, 3 Néphi, ch. 11-28.
4 – Le Livre des Mormons est considéré comme sacré, comme la Bible, par l’Eglise de Jésus-Christ des Saints des derniers jours et d’autres congrégations mormones. Publié pour la première fois en 1830 à Palmyra, État de New York, ce livre a été souvent réédité et beaucoup traduit. Pour ses fidèles, c’est une œuvre d’inspiration divine qui fut révélée à Joseph Smith, le fondateur de leur religion. Source : britannica.com
5 – Il s’agit des cycles de Vénus (104 ans)

[Le Maître de B. Creme a confirmé que le Maître Jésus avait enseigné pendant de nombreuses années en Polynésie et en Amérique (du Nord, Centrale et du Sud), au cours des VIe et VIIe siècles.]

Auteur : Bette Stockbauer, journaliste freelance associée avec Share International, basée à Red Rock, Texas (Etats-Unis).
Sources : Compte-rendu de lecture republié avec la permission de l’auteure.
Thématiques : peuples et traditions
Rubrique : Compte rendu de lecture ()