Un modèle pour l’avenir – la pensée utopique (2)

Partage international no 413février 2023

par Corné Quartel

Dans la première partie, ont été abordées l’efficience de la justice et l’interdépendance de toutes choses. Dans cette deuxième partie, nous aborderons le concept de civilisation idéale.

La vision de Raphaël

Dans son livre From the Mundane to the Magnificent (du banal au magnifique), l’auteure Vera Stanley Alder décrit des événements autobiographiques qui se sont déroulés dans l’Angleterre rurale au cours de la Seconde Guerre mondiale : des rencontres régulières avec un être humain avancé appelé Raphaël (voir encadré ci-dessous). Ce dernier lui a montré comment « quitter son corps » pour voir et explorer les structures énergétiques similaires d’un atome, d’un corps humain aussi bien que d’un système solaire, illustrant le fait que tout est interconnecté, vivant, et que la conscience est partout, à divers niveaux d’expression. Il lui a également donné une vision de la vie lorsque les gens vivront comme des serviteurs bienveillants de la nature au lieu d’en être les exploiteurs ignorants.

V. Alder décrit sa vision : un paysage de campagne magnifique où aucune haie ne marque les limites des propriétés. Il ne semble pas y avoir de champs labourés ni de bétail. Ici et là, on voit des animaux errer en liberté. Pas de villes hideuses, de panneaux d’affichage ou de nœuds ferroviaires, car le transport ferroviaire est entièrement souterrain.

Le dirigeable dans lequel V. Alder et son compagnon ont voyagé était propulsé par une forme d’énergie atomique propre, silencieuse, sans fumées et très économique, une énergie « tirée de l’air lui-même et stockée et libérée par la manipulation des vibrations et des rayons de couleur », comme l’a expliqué Raphaël. Les voies publiques sont de belles « routes-jardins », bordées d’herbes, de céréales, de salades et de plantes aromatiques, que tout le monde cultive avec joie et enthousiasme. Des vergers de buissons et arbres portant des fruits sont flanqués de forêts avec une prépondérance d’arbres à noix. Il n’existe aucune culture à grande échelle. La biochimie de toutes les plantes et leur action sur le sol sont soigneusement étudiées, et les plantations sont toujours mélangées, de sorte que les plantes soient en synergie les unes avec les autres. Cela permet d’éviter naturellement les parasites et de maintenir l’équilibre des sols. Dans ce paysage idyllique, plein d’abeilles, de papillons et d’oiseaux, on voit partout des gens heureux, prenant soin de leur terre commune.

Aucun animal n’est exploité pour servir de nourriture ou se vêtir ; ils ont simplement leur juste place dans « l’économie de la nature ». L’homme ayant longtemps été lui-même une bête de proie, cela conditionnait le comportement des animaux. Le devoir de l’homme est désormais de modifier entièrement sa relation au monde animal et d’éradiquer également l’instinct de prédation au sein du règne animal. Les jeunes animaux sauvages sont capturés, élevés en famille avec un régime sans viande, entraînés à ne pas endommager les cultures et relâchés lorsqu’ils sont presque adultes. Cette activité est considérée comme gratifiante pour tous, jeunes et vieux, et on peut constater que dès que les animaux cessent de s’attaquer les uns aux autres, la nature réduit le taux de natalité en conséquence. Un tel résultat pourrait-il s’observer aussi chez les humains ?

V. Alder put observer une petite ville composée de bâtiments disposés en forme de grandes fleurs : un grand bâtiment en son centre, d’où partent des bâtiments plus petits, comme des pétales, abrite tous les services sociaux, un club et un centre de loisirs, les services de santé, un atelier, une salle de prière et l’école. On y trouve aussi la chaufferie et une blanchisserie. Il n’y a pas de cuisine comme chez nous car les gens se nourrissent essentiellement de fruits, de noix, de salades et de céréales germées. Raphaël explique que tous les gens sont des artisans d’une certaine manière, fabriquant de belles choses pour les autres. C’est la raison pour laquelle les magasins sont rares. Les gens sont autonomes, se débrouillent sans argent et contribuent au gouvernement de leur pays et aussi au gouvernement mondial. Tout excédent de production de nourriture et de biens est échangé contre des choses qu’ils ne peuvent pas produire. Les déplacements locaux ne sont guère nécessaires car tout est géré facilement « par télévision », comme l’éducation ou le fait de boire du thé ensemble. [Les événements décrits dans le livre se sont déroulés pendant la Seconde Guerre mondiale].

Photo : Sylvia Stanley , CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons
Vera Stanley Alder

« Mais est-ce qu’on vivra un jour sur Terre d’une façon aussi merveilleuse ?

— Bien sûr, s’exclama Raphaël, et même bientôt ! Il suffira de briser le système monétaire mondial. Nous sommes tous esclaves de l’argent à l’heure actuelle, parce que nous sommes avant tout esclaves de la peur – principalement la peur de manquer. Nous oublions l’adage : « Cherchez d’abord le Royaume des Cieux et tout le reste vous sera donné de surcroît. »

Vue du ciel, Londres ressemble à un immense jardin, s’étendant sur les toits plats des immeubles, avec des enfants qui jouent et des gens qui cultivent leurs plates-bandes. Pas de rues animées, pas de circulation bruyante ; de l’air pur et à de rares endroits, de grands bâtiments. Une vie saine, en plein air. Mais qu’en est-il du climat britannique ? Grâce à toutes ces plantations d’arbres, le climat est revenu à ce que la nature avait prévu à l’origine.

« Un boisement correct régule l’humidité, disperse les vents et atténue la chaleur et le froid, explique Raphaël. Lorsque ce sera appliqué dans le monde entier, sous la supervision du gouvernement mondial, le climat s’améliorera beaucoup. Ce sera la solution à l’érosion des sols, aux sécheresses, aux déserts, aux famines, aux inondations et aux ouragans. Tout cela semble tout-à-fait simple et évident pour ces gens, maintenant qu’ils l’ont réalisé ! »

Sur les rives de la Tamise, des gens s’occupent d’arbres fruitiers et un groupe danse. Sur les plages de sable artificiel, des enfants bronzés et robustes jouent, se baignent ou lisent.

« Raphaël, tout cela paraît merveilleux, mais qu’est-ce qui pourrait provoquer un tel bouleversement par rapport à la situation actuelle ? »

Raphaël explique que l’évolution se poursuivra et, bien que l’humanité, avec son libre arbitre, ait fait le choix d’apprendre ses leçons par la méthode douloureuse, l’augmentation de la souffrance et la dégradation de la situation presque intolérables ainsi engendrées provoqueront tôt ou tard une prise de conscience. Le constat de l’état actuel du monde étant facile à faire, une grande réaction mondiale se produira et mettra fin à notre terrible complaisance. « La puissance de cette révolution spirituelle réorientera en profondeur nos comportements à tel point que l’atmosphère – ou l’aura – du monde changera. Ce changement permettra au plus grand événement de l’histoire du monde de se produire. »

Pour Raphaël, il est extraordinaire que les gens restent endormis face aux choses les plus vitales de la vie :

« C’est censé être un pays chrétien. Le Christ nous a dit qu’il reviendrait. Les Juifs croient en la venue du Messie ; en Orient, ils attendent le Bouddha Maitreya. Les anciens Egyptiens avaient tout prévu dans leur étonnante astrologie. Ils parlaient de Celui qui revient, qui apparaît dans chaque ère du zodiaque, pour apporter à l’humanité de nouveaux enseignements. Pourtant, nous restons aveugles et endormis face au fait que la « fin de l’âge » dont le Christ a parlé est proche ; par conséquent, sa seconde venue ne saurait tarder, le pouls de la destinée s’accélère, les civilisations obsolètes seront toutes détruites. Partout, l’humanité sera chahutée. Mais des débris et des cendres renaîtra le phénix du nouvel âge. Une génération d’enfants libres de conditionnements viendra au monde pour construire le nouvel âge. »

V. Alder et Raphaël quittent ensuite le vaisseau et entrent dans une grande et belle salle d’université où des gens rassemblés dans le plus grand silence regardent un écran géant. Dans une lumière dorée flamboyante émanant de l’écran, apparaît un personnage qui, s’exprimant lentement et avec très peu de mots, semble communiquer principalement par télépathie. Il s’agit d’un événement mondial, qui a lieu régulièrement et qui est le point culminant de la vie des gens. Des réunions de méditation régulières sont organisées dans tous les pays pour étudier et mettre en pratique le nouvel enseignement.

« En quoi consistent ces enseignements, Raphaël ?

— Ils donnent la compréhension du but de la vie sur cette planète, et des techniques pour aider à l’évolution de tous les règnes de la nature, pour améliorer les relations internationales, promouvoir la nouvelle économie mondiale et des modes de vie conduisant à une sorte d’organisme mondial plutôt qu’un gouvernement mondial et à une religion dans laquelle chaque foi trouvera sa juste place. »

A la question de ce qu’elle (V. Alder) pouvait faire pour aider, Raphaël répondit qu’il faut faire connaître cela par l’écriture et la parole – mais seulement à destination de ceux qui cherchent et se posent des questions.

Question : Le Raphaël de From the Mundane to the Magnificent [Du banal au magnifique] de Vera Stanley Alder est-il un Maître de Sagesse ? [2] Etait-il le disciple d’un Maître travaillant sur les plans intérieurs ?
Réponse de Benjamin Creme : [1] Non. [2] Oui.

Le Rapport Brandt

Au début des années 1980, un ancien chancelier allemand et lauréat du prix Nobel de la paix, Willy Brandt, a formé une commission indépendante, composée de personnalités de premier plan de l’économie et de l’industrie, afin d’étudier en profondeur les problèmes du sous-développement et de la pauvreté dans le monde, à la demande de la Banque mondiale.

Il s’agissait d’une étape importante pour parvenir à « mettre de l’ordre dans nos affaires », une condition préalable demandée à l’humanité par les Maîtres avant leur retour parmi nous (voir la première partie de cet article). Le résultat fut et reste probablement l’analyse la plus complète et la plus pratique des problèmes économiques de ce monde. Le rapport est intitulé Nord-Sud : un programme de survie, plus connu sous le nom de Rapport Brandt. Il présente le besoin de changement vers une économie mondiale de partage, non seulement comme un impératif moral mais aussi pour prévenir l’instabilité à long terme et l’appauvrissement du monde.

Quelques recommandations du rapport Brandt :

Les problèmes du monde sont l’affaire de tous les pays, pas seulement d’un petit groupe de nations riches (le G8).

Une « société des nations » devrait être créée et la question de la paix mondiale et du désarmement devrait figurer en bonne place à l’ordre du jour.

Les dirigeants mondiaux devraient organiser la fourniture généralisée de biens de première nécessité tels que la nourriture, l’eau potable, et les soins de santé.

L’intérêt égoïste des nations riches doit être sacrifié à court terme si elles veulent assurer leur propre survie ainsi que celle des pays en développement. Un transfert de fonds à grande échelle des pays riches vers les pays en développement aurait un effet anti-inflationniste sur le Nord, aiderait l’économie mondiale à sortir de la récession à court terme et contribuerait à une plus grande croissance à long terme.

Le rapport Brandt fut à l’époque très médiatisé, mais quarante ans plus tard, les inégalités et l’exploitation n’ont fait qu’augmenter. Selon Oxfam, des milliers de nouveaux milliardaires ont émergé de la crise du coronavirus et de la guerre en Ukraine. Les recommandations du rapport n’ont jamais été adoptées en raison de la guerre froide et d’un manque collectif de volonté politique parmi les dirigeants mondiaux, peut-être aussi parce que le public n’est pas suffisamment informé de la réalité des faits – comme le suggère le rapport1.

Ce point précis pourrait être le nœud du problème, car aucun gouvernement ne peut résister à la force d’une opinion publique bien informée ; cela rejoint les questions posées dans la première partie, que le public aurait besoin de voir clarifiées pour pouvoir avancer : « Ces visions de l’avenir sont-elles bénéfiques pour tous, y compris pour les personnes économiquement privilégiées ? », et « Ces visions de l’avenir sont-elles réalisables ? »

Conclusion

De telles visions ne pourront devenir réalité que lorsque nous, le peuple, serons bien informés et déciderons, de notre plein gré, d’exiger la justice dans la gestion des ressources du monde et des conflits entre nations. Repenser les priorités de la vie, adopter un mode de vie plus sain et plus simple, contribuera à la prospérité mondiale, et la vie deviendra réellement plus facile et plus agréable pour tous, libérés de l’insécurité, du stress et des soucis. Des plans pratiques pour une économie mondiale équitable et durable existent déjà et sont prêts à être mis en œuvre. Un tel changement ne signifie pas que les pays riches doivent devenir pauvres, puisqu’il n’y a aucun risque de pénurie. Même avec l’inefficacité actuelle du capitalisme, la FAO affirme que le monde produit de la nourriture en quantité plus que suffisante. Elle est juste mal répartie. Il est logique que l’extrême richesse des 1 %, qui est égale à la richesse combinée de la moitié de la population mondiale, soit remise en question. En outre, le fossé grandissant des inégalités n’est tout simplement pas une option durable. Il ne peut mener qu’à une instabilité croissante, à de graves conflits internationaux et finalement à l’autodestruction.

Le destin de l’humanité est glorieux, affirme Raphaël. Les hommes apprennent à devenir des dieux… Nous devrons traverser toutes les épreuves engendrées par un mode de vie erroné, telles que la guerre, la maladie, l’ignorance – jusqu’à ce que notre révolte ultime se produise, et que nous réalisions que nous devons exiger la justice. »

Nous sommes arrivés au point crucial de notre évolution où nous réalisons que nous devons cesser d’accepter la douleur et le chagrin comme inévitables et chercher courageusement à abandonner les méthodes du passé. Ensemble, nous devons parvenir à comprendre que la solution n’est ni le communisme ni le capitalisme, mais la voie du milieu – la justice et la liberté  la seule voie efficace à long terme : partager les ressources du monde, non pas comme un dogme ou une contrainte, mais comme l’expression sincère de cette force de cohésion appelée amour. Pour citer Nelson Mandela : « Cela paraît toujours impossible, jusqu’à ce qu’on le fasse. »

Références : (1) www.sharing.org

Auteur : Corné Quartel, artiste, designer et collaborateur de Share International basé à Amsterdam (Pays-Bas).
Sources : Stefan Denaerde, Operation survival Earth. Pocket Books, New York, 1969. George Adamski, A l’intérieur des vaisseaux de l’espace, Michel Moutet, 1979. Vera Stanley Alder, From the mundane to the Magnificent, Ryder & Company, London, 1979.
Thématiques : vie dans le nouvel age
Rubrique : De nos correspondants ()