La loi fondamentale de cause et d’effet

Partage international no 401février 2022

par Graham Peebles

Il est souvent impossible de donner un sens aux événements de notre vie et du monde qui nous entoure. Pourquoi certaines choses se produisent-elles ? Pourquoi certaines personnes tombent-elles malades et meurent, et d’autres non ? Pourquoi certains survivent-ils à des accidents alors que d’autres subissent des blessures qui vont bouleverser leur vie ? Il ne semble pas y avoir d’explication logique à ces questions. Il existe cependant une reconnaissance générale de l’existence d’un lien, aussi vague soit-il, entre le comportement individuel (comprenant les pensées, les paroles et les actions) ou collectif, et les circonstances de la vie : une acceptation de l’enseignement biblique selon lequel « tout ce qu’un homme sème, il le récoltera aussi » [Galates 6 : 7]. Par exemple on croit que si quelqu’un est cruel, malhonnête et égoïste, il en subira les conséquences négatives, bien que cela ne semble pas toujours se produire au cours de la vie de cette personne, ce qui ajoute à la confusion.

Selon les enseignements de la sagesse éternelle et la philosophie orientale plus largement, deux lois fondamentales sous-tendent la manifestation cyclique de la vie : la loi de renaissance et la loi de cause et d’effet ou la loi du karma, décrite par Benjamin Creme comme « la loi fondamentale de la vie ».

Tout en reconnaissant qu’il y a, ou qu’il peut y avoir, une relation entre la cause et l’effet, et en reconnaissant jusqu’à un certain point que nos pensées, nos paroles et nos actions ont des conséquences (une reconnaissance facilement contrariée par l’aveuglement et la rationalisation), l’humanité est en grande partie ignorante de ces deux lois en interaction, et elle est loin de reconnaître que la loi du karma est la loi fondamentale de la vie. Mais, alors que nous entrons dans une nouvelle ère et que l’humanité a la possibilité de jouer un rôle conscient et actif dans la mise en œuvre du plan d’évolution en travaillant en partenariat avec ceux qui connaissent et servent ce plan, ces lois divines devront être mieux comprises.

Un réseau complexe d’interactions

La loi du karma pourrait être décrite comme le déclenchement inévitable de conséquences ou d’effets à la suite de la création d’une certaine cause ou de la mise en œuvre de forces causales, les effets pouvant eux-mêmes devenir des causes engendrant à leur tour de nouveaux effets, jusqu’à ce que ce « flux karmique » particulier soit interrompu ou résolu. Nous pourrions nous représenter ce flot de conséquences comme un réseau complexe de fils entrelacés, chacun allant vers sa résolution, séparés mais existant dans un paradigme karmique plus large, impliquant à la fois chaque individu mais aussi l’humanité dans sa globalité.

Dans La guérison ésotérique, le Maître Djwhal Khul (DK) déclare : « Tous les événements qui surviennent actuellement dans le monde et qui affectent si puissamment l’humanité […] sont des aspects d’effets ayant eu quelque part, à un certain niveau, en un certain temps, une cause due à des êtres humains agissant soit individuellement soit en masse. Le karma est donc ce que l’homme a institué, poursuivi, approuvé, omis d’accomplir depuis la nuit des temps jusqu’à aujourd’hui. » L’expression du karma est l’action et la résolution de certains modèles d’énergie initiés à un moment donné, dans un passé récent ou plus lointain ; des effets qui sont mis en œuvre pour aboutir finalement à notre libération.

Benjamin Creme aborda ce sujet en 2010, lors d’une conférence à New York : « Chacune de nos pensées, chacune de nos actions, met en œuvre des causes, qui engendrent des effets qui à leur tour façonnent notre vie, en bien ou en mal, sur le plan individuel et collectif jusqu’au niveau mondial. Par conséquent, poursuit-il, tout ce que nous pensons, disons et faisons, doit être marqué au sceau de l’innocuité. » Mais l’innocuité, ce n’est pas simplement être « gentil », quel que soit le sens qu’on donne à ce mot. L’innocuité ne peut exister que si elle est associée au détachement, à l’absence d’égoïsme et à l’abandon de tout dogme.

Pour créer des relations justes et harmonieuses, il faut instaurer partout une coopération bienveillante, sur la base de la compréhension du point de vue de l’autre et l’acceptation des différences. Ces qualités sont rares (mais en augmentation) et, bien que les gens soient pleins de « bonnes intentions », l’attachement à des idées et la prise de positions fermes pour les défendre renforcent la séparation, contaminent les relations et transgressent la loi d’innocuité. L’homme est ainsi pris dans le piège du karma qui freine son évolution.

Le karma et le libre arbitre

Les pensées et actions enracinées dans la séparation de nous-mêmes, des autres, de notre environnement naturel et de ce que nous appelons Dieu – provoquent des conflits et invitent le karma négatif. Appelée « la grande illusion », la séparation prend racine dans notre identification puissante au corps physique (qui comprend nos émotions et nos pensées) ; pourtant, la vérité est que tout est Un, et nous sommes Cela, le socle éternel et immuable sur lequel se produisent toutes les pensées, les émotions, et les circonstances transitoires liées au temps. Ainsi, nous partageons tous un karma collectif dont chacun est responsable ; lorsque nous nous libérons de notre karma individuel par le service, la méditation et la pratique du détachement, nous allégeons le karma collectif et contribuons à la liberté de l’humanité dans son ensemble.

Dans La lumière sur le sentier (un texte ancien traduit par le Maître vénitien et dicté à Mabel Collins par le Maître Hilarion), la règle numéro 5 dit : « Tue tout sentiment de séparativité. » Le Maître Hilarion nous éclaire ensuite avec la note suivante : « N’imagine pas que tu puisses t’isoler du méchant ou de l’homme insensé. Ils sont toi-même, quoique à un moindre degré que ton ami ou que ton Maître. Mais si tu laisses grandir en toi l’idée que tu n’es pas solidaire d’une personne ou d’une chose mauvaise, tu créeras par ce fait un karma qui te liera à cette personne ou à cette chose jusqu’au jour où ton âme aura reconnu qu’elle ne peut être isolée. Rappelle-toi que le péché et l’opprobre du monde sont ton péché et ton opprobre car tu fais partie du monde. Ton karma est inextricablement tissé avec le Grand Karma. »

Dans le Traité sur le Feu cosmique, le Maître DK explique : « La loi de karma est la plus prodigieuse du système ». Elle est, dit-il, « basée sur des causes qui sont inhérentes à la constitution de la matière même et dépendent de l’action réciproque entre unités atomiques, que cette expression soit employée pour un atome de substance, pour un être humain, un atome planétaire ou un atome solaire ».

Face à cette série complexe de schémas causaux, la question du libre arbitre se pose. En tant qu’individus, avons-nous le contrôle de notre vie, ou sommes-nous simplement victimes de certaines fatalités karmiques ?

En ce qui concerne la mort, DK, dans L’Etat de disciple dans le nouvel âge, volume II, explique : « Le moment de votre libération est fixé par la loi karmique qui détermine toujours le départ de l’homme vrai qui est dans le corps, bien que si le corps physique est indûment entretenu, s’il reçoit trop de soins, il peut maintenir l’homme vrai emprisonné, au mépris de la loi karmique ».

Le grand sage indien Bhagavan Ramana Maharshi soutient que le libre arbitre de l’individu est extrêmement limité. En 1896, à l’âge de 17 ans, Ramana Maharshi (alors connu sous le nom de Venkataraman) quitte sa maison de Madurai et parcourt en train les 350 km qui le séparent de Tiruvannamalai, dans le Tamil Nadu. Deux ans plus tard, en décembre 1898, sa mère le retrouve dans une grotte sur la colline sacrée, Arunachala. A l’époque, Bhagavan ne parlait pas mais, en réponse aux supplications de sa mère, il écrivit : « Conformément au prarabdha [destin] de chacun, Celui dont la fonction est d’ordonner pousse chacun à l’action. Ce qui ne doit pas arriver n’arrivera jamais, quels que soient les efforts déployés. Et ce qui doit arriver ne manquera pas de se produire, même si l’on cherche à l’empêcher. »

Cependant, en ce qui concerne les certitudes karmiques, le Maître DK dans Traité sur le feu cosmique affirme que malgré l’impact d’une gamme de forces karmiques, « dans certaines limites, l’homme est véritablement « l’artisan de sa destinée », et peut entreprendre une action qui produira des effets dont il reconnaîtra qu’ils dépendent de son activité ». Les « limites » mentionnées sont toutefois importantes, comme l’a illustré Bhagavan, et varient selon l’évolution de la conscience de l’individu. Plus il est avancé, plus il a de contrôle. Plus l’individu est avancé, plus il est en phase avec son objectif, plus il s’aligne sur la volonté, sur le Plan, sur l’intention de l’âme. Moins l’individu est évolué, c’est-à-dire plus l’emprise de la personnalité est forte, avec ses désirs égoïstes et ses attachements induits par la peur, plus les « limites » sont grandes. DK l’explique clairement lorsqu’il décrit les trois divisions par lesquelles la loi karmique se manifeste dans la vie d’un homme.

Dans les premiers stades du développement, « le centre d’attention est le corps physique […] pendant le deuxième stade […] l’influence karmique se tourne vers la satisfaction du désir et sa transmutation en une aspiration plus haute ». Et dans la troisième étape, le karma fonctionne à travers la nature mentale. « C’est le stade le plus court mais aussi le plus puissant. Quand l’homme comprendra la volonté et le dessein de l’Ego [âme] dans sa conscience de veille sur le plan physique, alors la loi de karma dans les trois mondes sera neutralisée et l’homme sur le point de se libérer. »

Pour se libérer ou « neutraliser » le karma, il faut abandonner l’idée-même de personnalité. Alors l’âme, qui est un reflet direct de ce Soi intemporel que nous sommes, peut s’exprimer pleinement. B. Creme a indiqué à plusieurs reprises que le moyen symbiotique par lequel le contact et l’union ultime avec l’âme sont établis est la méditation et le service.

Le Maître DK dans L’Etat de disciple dans le nouvel âge, volume II, ajoute un troisième outil pour parvenir à l’union, en déclarant que la gratitude (dont il remarque qu’elle est très appréciée des Maîtres) « est le sceau de l’âme illuminée et, d’un point de vue occulte et scientifique, l’agent libérateur fondamental ». La raison pour laquelle il en est ainsi n’est pas expliquée ; elle est peut-être liée à l’humilité, à la suppression du désir et à la négation du sentiment de faire quelque chose. Le service désintéressé constant et une bonne méthode de méditation attirent l’énergie de l’âme, apaisent et soumettent le moi de la personnalité et permettent à la « neutralisation » karmique, comme l’appelle DK, d’avoir lieu. Ajoutez à cela la gratitude, et vous obtenez une puissante trinité de libération.

Dans le silence de l’éternel

A la fin de La lumière sur le sentier, on trouve un très bel essai sur le karma, composé par le Maître vénitien. Dans cette œuvre poétique, il dessine une image de la vie individuelle comme une longueur de corde densément tressée et dit : « Ce qu’il est premièrement nécessaire de saisir est le fait que l’avenir n’est pas arbitrairement constitué par aucun des actes isolés du présent ; mais que l’ensemble de l’avenir se trouve dans une continuité suivie avec le présent, tout comme le présent se rapporte au passé. »

Cette déclaration révèle comment des pensées, paroles, actes disharmonieux et nuisibles survenues dans le passé, ont un impact sur le présent et colorent l’avenir. Elle montre également comment, en voyant l’ensemble du mouvement du temps tel qu’il est en réalité, dans « l’éternel maintenant », Maitreya est capable de faire des prévisions sur les événements mondiaux, comme il l’a fait entre 1988 et 1993. Ce n’est ni dans le présent ni dans le futur que l’aspirant disciple est invité à s’ancrer, mais dans le silence de « l’éternel ». Un état d’être intemporel, hors de portée du karma.

La loi du karma ne peut pas, explique le Maître DK, être comprise par une personne moyenne, et comme il le dit lui-même : « Nous nous trouvons, pour la plupart, à un degré moyen d’évolution » (Traité sur la magie blanche). Le Maître vénitien se fait l’écho de ce point en disant : « Les opérations des lois réelles du karma ne doivent être étudiées par le disciple avant que celui-ci soit arrivé au point où ces lois ne peuvent plus l’affecter », c’est-à-dire lorsqu’il en est totalement libéré. A ce moment-là, « il est devenu un fragment reconnu de l’Elément divin et n’est plus affecté par ce qui est passager », or le karma est temporaire, relatif et opérant dans les limites du temps. « Il obtient alors la connaissance des lois qui gouvernent les conditions temporaires. »

Le Maître conclut ainsi : « C’est pourquoi, toi qui désires comprendre les lois du karma, tente premièrement de te libérer de ces lois. Et tu ne pourras y arriver qu’en fixant ton attention sur ce que ces lois n’affectent pas : l’âme et, au-delà même de cet intermédiaire divin, le Soi. Maitreya (et d’autres Grands Maîtres) affirme que nous sommes le Soi : « un être immortel » « le Soi seul compte ». (Les lois de la vie – Enseignements de Maitreya).

Nous ne sommes peut-être pas en mesure de comprendre le mécanisme de la justice divine en relation avec la loi du karma, mais nous pouvons assumer la pleine responsabilité de notre vie ; chercher à vivre dans le détachement et l’innocuité ; méditer et servir avec persévérance, en nous efforçant de vivre toujours en adéquation avec les aspirations de notre âme. Ce n’est pas facile ; la vie quotidienne exige beaucoup de nous, et la personnalité exerce une forte résistance. La clé est la sincérité, l’intention et l’assiduité dans l’effort. Dans le Traité sur la magie blanche, DK déclare : « L’intention et l’effort sont d’une importance primordiale et, avec la persévérance, ils sont les qualités principales exigées de tous les disciples, initiés et Maîtres. » Plus ces qualités seront intégrées à la vie, plus la relation avec l’âme sera forte, permettant ainsi au travail de « neutralisation » de s’accomplir.

Auteur : Graham Peebles, écrivain indépendant britannique et travailleur caritatif, il a créé l’ONG The Create Trust en 2005 et a mené des projets éducatifs en Inde, au Sri Lanka, en Palestine et en Ethiopie.
Thématiques : sagesse éternelle, spiritualité
Rubrique : Divers ()