Un espoir d’union entre forces de gauche et écologistes

Partage international no 401février 2022

par C. J. Polychroniou

L’année 2021 a été marquée par la destruction, la frustration et la confusion. La pandémie a tué plus de personnes en 2021 qu’en 2020, tout en creusant les inégalités et en aggravant les conditions de vie des pauvres dans le monde entier ; les Talibans ont repris le pouvoir en Afghanistan ; la démocratie a continué à reculer dans le monde ; les chaînes d’approvisionnement ont vacillé ; la crise mondiale des réfugiés s’est poursuivie ; et les pays ont continué à ne pas relever le défi de la crise climatique.

L’année 2021 nous a également offert une lueur d’espoir. Les militants ont remporté quelques victoires importantes pour la conservation et le climat et l’Amérique latine a rebasculé à gauche.

Ce que 2022 apportera au monde dépend d’une myriade d’interactions action-résultat qu’il est parfois même difficile d’imaginer, et encore moins de prévoir. Toutefois, ce que nous savons, c’est que les changements porteurs de transformations exigent un effort collectif. Ce n’est que par des efforts déterminés, à long terme et énergiques que nous pouvons espérer rendre le monde meilleur. Et cela, en ce qui concerne les propositions de la gauche politique, nécessite une unité stratégique, en particulier sur le front du climat.

La gauche reste profondément divisée dans le monde. Il est vrai que la gauche a une longue histoire d’incapacité à maintenir ses rangs unis, ce qui n’est pas le cas des forces de droite et réactionnaires. Pourtant, ce n’est pas le moment de s’engager dans des batailles de pureté idéologique. Nous avons besoin d’un front de gauche uni. A l’ère du néolibéralisme et du réchauffement climatique, les forces progressistes doivent se mobiliser derrière une vision commune de la démocratie, de l’égalité, de la justice, de la sécurité et de la durabilité. Les questions de race, de classe, de genre et d’environnement doivent être structurées autour de la vision d’une société au-delà du capitalisme, en gardant à l’esprit que le socialisme est une question de participation démocratique, de dignité humaine et de liberté.

Certes, les défis à relever sont considérables. Nous devons faire face à des inégalités massives, à l’autoritarisme, au racisme récurrent, à la destruction généralisée de l’environnement et à l’effondrement du climat. En outre, il n’existe pas de formule magique pour s’attaquer simultanément à tous ces problèmes. Mais il y a de bonnes raisons de croire qu’une stratégie efficace pour faire face à la crise climatique peut également s’attaquer aux inégalités économiques, au racisme et à l’autoritarisme.

 

Photo : Becker1999 from Grove City, OHCC BY 2.0, via Wikimedia Commons
Le New Deal vert est un vaste plan visant à abandonner les combustibles fossiles polluants au profit de sources d’énergie propre et renouvelable.

 

Le New Deal vert mondial est un plan d’envergure visant à abandonner les combustibles fossiles polluants au profit de sources d’énergie propre et renouvelable. Sa mise en œuvre nécessite une coopération internationale, mais le savoir-faire et les ressources financières sont disponibles pour créer une économie verte qui maintiendra l’augmentation de la température mondiale bien en dessous de 2° Celsius. En plus de sauver la planète, un New Deal vert mondial permettra de créer plus de 24 millions d’emplois verts, selon l’Organisation internationale du travail.

Une étude du célèbre Political Economy Research Institute (Peri) (Institut de recherche d’économie politique) de l’université du Massachusetts à Amherst a révélé que chaque million de dollars transféré des combustibles fossiles vers les énergies vertes entraîne une création nette de cinq emplois. Les chercheurs du Peri ont également produit des études spécifiques qui développent des programmes de transition juste, absolument essentiels à la réussite de la mise en œuvre du projet d’économie verte.

Un New Deal vert mondial ne se contentera pas de développer la formation professionnelle des travailleurs qualifiés, mais revitalisera également le rôle des syndicats, réduira les inégalités de revenus et éliminera le racisme environnemental puisque la mauvaise qualité de l’air et de l’eau affecte de manière disproportionnée les minorités raciales.

Enfin, il est tout à fait concevable qu’une croissance économique plus forte et plus équitable, associée à une transition juste, permette de contenir la progression de l’autoritarisme. Partout dans le monde, les gens sont mécontents du fonctionnement de la société et de la politique néolibérale. Les effets socio-psychologiques du néolibéralisme n’ont pas encore été largement étudiés, mais ils pourraient bien être liés au soutien apparemment inexplicable accordé aux dirigeants autoritaires par une grande partie des citoyens du monde entier.

La crise climatique est le plus grand défi auquel l’humanité n’ait jamais été confronté. Ce seul fait devrait suffire à entraîner la formation d’un front de gauche uni en 2022. Les mouvements environnementaux et syndicaux doivent unir leurs forces en adoptant le New Deal vert mondial. Les militants pour le climat doivent parler aux mineurs de charbon, car les deux parties sont confrontées à un défi commun : la survie.

Selon un rapport des Nations unies très médiatisé, il ne nous reste que douze ans pour éviter une catastrophe climatique. Le New Deal vert mondial est possible. Et il peut effectivement ouvrir la voie à la formation d’un front de gauche uni. Après tout, nous avons une planète à sauver.

Auteur : C. J. Polychroniou, économiste politico-scientifique.
Sources : Commondreams.org
Thématiques : environnement, politique, Économie
Rubrique : Point de vue ()