Partage international no 395 – juillet 2021
Le 28 mai 2021, invité de l’émission The Mehdi Hasan Show sur Peacock, l’écrivain Anand Giridharadas a exposé certains enseignements de la pandémie en se demandant si la « mémoire collective » de la crise obligerait le gouvernement et les citoyens américains à investir de manière significative dans les infrastructures de soins, à poursuivre une « véritable justice raciale » et à adopter une approche des soins de santé efficaces qui privilégie la sécurité mondiale plutôt que le profit des entreprises. « Actuellement le désespoir pourrait nous gagner », a-t-il déclaré alors que l’on recensait 600 000 victimes de la Covid aux Etats-Unis.
« Mais, dans des moments comme celui-ci, on peut élargir le champ des possibles. Selon moi, nous avons appris depuis le début des confinements que la garde des enfants est une charge collective à partager ; à quel point il peut être difficile de travailler, en particulier pour les femmes, et à quel point nous marginalisons l’intelligence féminine, tant que nous faisons de la garde des enfants un produit de luxe.
Nous avons appris que nous ne sommes en bonne santé que dans la mesure où la personne qui se trouve à côté de nous l’est aussi, et que si elle n’a pas accès aux soins, nous en pâtissons tous, a-t-il poursuivi. Nous avons appris, dans le même temps, qu’il n’y a pas de grand facteur égalisant, pas même les virus – que l’inégalité est une condition préexistante, et que les virus, comme tant d’autres catastrophes, frappent les gens en fonction de leur position sociale.
Nous avons appris que le travail n’était pas adapté aux travailleurs. Nous avons appris que la machine à broyer hyper-capitaliste a appauvri nos relations, nous laissant si peu de temps à la fin de la journée […]. Que lorsque nous laissons les monopoles accaparer tous les marchés, nous devenons vulnérables aux pénuries et aux problèmes d’approvisionnement autrefois connus en Union soviétique – même si les propriétaires de ces monopoles profitent de la crise. »

« Nous avons appris que les militants, que notre société refuse si souvent d’écouter – ceux qui nous interpellent – nous révèlent souvent des vérités difficiles à admettre sur le moment. » A. Giridharadas
A. Giridharadas a ensuite évoqué les leçons tirées des manifestations Black Lives Matter (la vie des Noirs compte) déclenchées par les meurtres de George Floyd, Ahmaud Arbery, Breonna Taylor et d’autres. Il a également souligné qu’« il ne peut y avoir de démocratie sans une reconnaissance commune des faits » et qu’« une mobilisation mondiale du type de celle qui sera nécessaire pour lutter contre le changement climatique est possible.
Nous avons appris que la santé mentale est la base de la bonne santé ; que nous, aux Etats-Unis, avons souvent une compréhension enfantine de la liberté. Nous avons appris que nous avons besoin d’un filet de sécurité pour rattraper les gens, […] qu’un système qui favorise le bipartisme plutôt que la résolution réelle des problèmes finit par être inefficace et entraîner la mort de la démocratie.
Nous avons appris que les militants, que notre société refuse si souvent d’écouter – ceux qui nous interpellent – nous révèlent souvent des vérités difficiles à admettre sur le moment. La question qui se pose à nous maintenant est la suivante : Que ferons-nous de ces leçons ? »
Date des faits : 28 mai 2021
Sources : Commondreams.org
Thématiques : Sciences et santé, Société
Rubrique : Point de vue ()
