Les peuples appellent à l’action

Réchauffement : urgence planétaire

Partage international no 391mars 2021

par Kenny Stancil

Le plus grand sondage jamais réalisé sur le climat montre que 64 % des personnes pensent que le réchauffement de la planète est une « urgence ». Selon les résultats du Vote populaire sur le climat, la plus grande enquête d’opinion jamais réalisée sur la crise planétaire et les solutions politiques, près des deux tiers de la population dans le monde pensent que le changement climatique est une urgence mondiale qui mérite une réponse sérieuse.

Dans une déclaration publiée le 27 janvier 2021, Stephen Fisher, sociologue politique à l’université d’Oxford et co-auteur du rapport, a déclaré : « La reconnaissance de l’urgence climatique est beaucoup plus répandue qu’on ne le pensait. Nous avons également constaté que la plupart des gens souhaitent clairement une réponse politique forte et de grande envergure. » Cassie Flynn, co-auteur du rapport et conseillère stratégique sur le changement climatique au Programme des Nations unies pour le développement (Pnud), a déclaré au Guardian : « La voix des peuples est claire – ils veulent des actions sur le changement climatique. »

Les données de l’enquête ont été recueillies auprès de 1,2 million de personnes dans 50 pays à revenu élevé, moyen et faible, couvrant 56 % de la population mondiale, grâce à ce que le Pnud a appelé une « approche nouvelle et non conventionnelle du sondage ». Comme l’explique le rapport : « Les questions du sondage ont été diffusées par le biais de publicités dans des applications de jeux pour mobiles en 17 langues, ce qui a permis d’obtenir un échantillon énorme, unique et aléatoire de personnes de tous les sexes, âges et niveaux d’éducation. » Les résultats, a noté C. Flynn, doivent être interprétés par les élus comme un appel à prendre les mesures énergiques nécessaires pour éviter un réchauffement catastrophique et des dommages irréversibles aux écosystèmes. « Savoir que 64 % des habitants de la planète croient en une urgence climatique, aidera les gouvernements à la traiter comme une priorité, a déclaré C. Flynn. Lorsque les gouvernements prennent ces décisions à forts enjeux, la population les suit. »

Les données ont été recueillies entre octobre et décembre 2020, et même au milieu de la pandémie, 59 % des personnes qui croient en une urgence climatique ont également déclaré que les gouvernements devraient « faire tout ce qui est nécessaire et urgent » pour y répondre.

Bien que la question du changement climatique en tant qu’urgence mondiale soit reconnue dans toutes les régions, on observe quelques différences en fonction de caractéristiques géographiques et économiques. La reconnaissance de l’urgence climatique est la plus élevée dans les petits Etats insulaires en développement (74 %), suivis par les pays à revenu élevé (72 %), les pays à revenu intermédiaire (62 %), puis les pays les moins avancés (58 %).

Il était présenté aux personnes interrogées 18 propositions de politique climatique, couvrant l’énergie, l’économie, les transports, l’alimentation et les exploitations agricoles, la nature et la protection des personnes contre les impacts environnementaux. Il leur était demandé quelles politiques les gouvernements devraient adopter pour faire face à l’urgence. Comme l’a noté The Guardian, même si l’action en faveur du climat nécessitait des changements importants dans leur propre pays, la majorité des sondés soutien malgré tout les mesures. Dans les pays où les combustibles fossiles sont une source majeure d’émissions, les gens soutiennent les énergies renouvelables, notamment aux Etats-Unis (65 % en faveur), en Australie (76 %) et en Russie (51 %). Dans les pays où la destruction des forêts est une cause importante d’émissions, les gens soutiennent les programmes de protection, avec 60 % de soutien au Brésil et 57 % en Indonésie. Les actions les plus populaires pour lutter contre la crise climatique sont la protection et la restauration des forêts, suivies par les énergies renouvelables et l’agriculture respectueuse du climat. La promotion des régimes alimentaires à base de végétaux est la moins populaire des 18 politiques de l’enquête, avec seulement 30 % de soutien. Les personnes âgées de 14 à 18 ans sont les plus inquiètes, 69 % d’entre elles déclarant qu’il y a une urgence climatique, contre 58 % des personnes âgées de 60 ans et plus.

Une majorité de la population est inquiète

Comme Common Dreams l’a signalé à la fin de l’année dernière, l’interruption d’activités économiques dues à la pandémie n’a pas empêché le dérèglement climatique. Malgré une légère baisse des émissions de gaz à effet de serre, les températures mondiales ont atteint des niveaux records et les catastrophes ont continué à augmenter en fréquence et en intensité en 2020. Pourtant, il existe une relation significative entre la crise du coronavirus et le Sondage mondial sur le climat réalisé par les Nations unies. Comme l’a expliqué le Pnud : « Un grand nombre des choix politiques du Vote populaire sur le climat – qu’ils concernent l’emploi, l’énergie, la protection de la nature ou la réglementation des entreprises – portent sur des questions auxquelles les pays sont confrontés alors qu’ils sortent de la crise. »

L’enquête révèle qu’une majorité de la population mondiale est inquiète et souhaite que les politiques publiques s’attaquent à la crise climatique, au moment précis où les gouvernements ont la possibilité de poursuivre des programmes de transformation pour créer des sociétés plus durables. « Les résultats de l’enquête montrent clairement que l’action urgente en faveur du climat bénéficie d’un large soutien parmi les populations du monde, quels que soient leur nationalité, leur âge, leur sexe et leur niveau d’éducation, a déclaré Achim Steiner, administrateur du Pnud, dans un communiqué. Mais plus que cela, le sondage révèle comment les gens veulent que leurs décideurs politiques s’attaquent à la crise. De l’agriculture respectueuse du climat à la protection de la nature en passant par l’investissement dans une reprise verte après la crise sanitaire, le sondage place la voix des peuples au premier plan du débat sur le climat. Il indique aux pays comment aller de l’avant avec le soutien de l’opinion publique alors que nous travaillons ensemble pour relever cet énorme défi. »

Avant le Sommet des Nations unies sur le climat de novembre, les responsables politiques doivent se mettre d’accord sur un plan international plus ambitieux pour atténuer l’urgence mondiale et s’y adapter.

« Ces perspectives sont plus nécessaires que jamais, alors que les pays du monde entier sont en train d’élaborer de nouveaux engagements nationaux en faveur du climat – connus sous le nom de Contributions déterminées au niveau national ou CDN – dans le cadre de l’Accord de Paris, a écrit le Pnud. En tant que premier fournisseur mondial de soutien aux pays pour la conception de CDN, le Pnud a constaté qu’un facteur clé pour que les pays augmentent leurs niveaux d’ambition en matière de climat est le soutien populaire aux politiques qui traitent du changement climatique. »

L’envoyé du président Joe Biden pour le climat, John Kerry, a déclaré le 25 janvier 2021 aux dirigeants mondiaux lors du Sommet virtuel sur l’adaptation au niveau mondial que les pays devraient « traiter la crise à la mesure de l’urgence qu’elle représente » en réduisant les émissions de gaz à effet de serre, ou bien s’attendre à « des conditions fondamentalement invivables pour les personnes les plus vulnérables et les plus pauvres ». Comme le rapportait alors The Guardian, J. Kerry « a averti que les coûts de la lutte contre le changement climatique ne cessaient d’augmenter, les Etats-Unis ayant dépensé plus de 265 milliards de dollars en un an après trois tempêtes. Nous sommes arrivés à un point où il est moins coûteux d’investir dans la prévention des dommages, ou du moins de les minimiser, que dans la reconstruction […]. Nous devons nous mobiliser de manière inédite pour relever ce défi qui s’accélère rapidement, et nous avons peu de temps pour le maîtriser ».

« Nous sommes à la croisée des chemins, a déclaré C. Flynn, et le sondage indique que c’est ainsi que les générations futures pensent en terme de choix politiques. Ceci conduit à une nouvelle façon d’envisager l’avenir. » 

Auteur : Kenny Stancil, journaliste à Common Dreams.
Sources : Tiré de : commondreams.org
Thématiques : environnement
Rubrique : Environnement ()