Partage international no 388 – décembre 2020
par Aart Jurriaanse
Aart Jurriaanse avait autorisé Partage international à publier ses articles, initialement parus dans l’ouvrage Bridges (Ponts, non traduit). Source d’inspiration autant que d’informations, ils présentent une perspective qui s’étire des anciennes archives des Maîtres à notre temps. Se référer aux numéros d’octobre 2019 et suivant de Partage international pour les articles d’Aart Jurriaanse sur le disciple et ses qualités requises. De toute évidence, ces qualités sont souhaitables et importantes pour tous.
La sérénité
Il faut clairement distinguer la sérénité de la paix. La paix est un état de nature temporaire, se référant au monde des sensations, monde particulièrement sensible aux perturbations. A partir du moment où il y a progrès, dans quelque domaine que ce soit, il est inévitable que chaque pas en avant s’accompagne de modifications d’état engendrant une perturbation. L’évolution conduit inévitablement à des moments de crise, où un état antérieur se fracture, et se trouve remplacé par un nouvel état. De tels changements créeront des perturbations et ne se caractériseront pas par la paix, mais le disciple doit apprendre à en faire l’expérience en toute sérénité.
Afin de développer un état de sérénité, le disciple doit préalablement assurer le contrôle de son corps astral, car la sérénité est ce calme profond, dépourvu de toute perturbation émotionnelle, qui distingue le disciple dont le mental se trouve « constamment maintenu dans la lumière ». Quand bien même des activités violentes caractériseraient-elles sa vie physique, ou verrait-il ses projets bouleversés par des circonstances imprévues, rien ne devrait perturber le disciple qui se tient « fermement établi dans la conscience de l’âme ».
La sérénité s’accompagne fréquemment de la joie, qui dénote une vie prise en charge par l’âme.
L’équilibre et la constance
A titre d’avertissement, on ajoutera que, si elle est trop intense, l’aspiration spirituelle elle-même peut mener à l’excès. Dans son travail, le disciple se doit de rester équilibré et de ne jamais tomber dans les extrêmes. C’est une des raisons pour lesquelles l’enseignement ésotérique devrait provenir des niveaux mentaux, et non des niveaux émotionnels. Si cet enseignement est de la qualité requise et se trouve correctement interprété, il doit procurer un effet stabilisant sur l’aspirant, en se présentant de façon acceptable pour sa raison et pour son mental.
Ceci revient à dire que d’un côté le disciple devrait éviter toute tendance à la cristallisation, car celle-ci gênerait le développement ultérieur, mais que d’un autre côté, le disciple devrait soigneusement éviter toute forme de fanatisme ne pouvant se révéler que préjudiciable. Ainsi est-il primordial de garder un solide sens des proportions, et un véritable sens des valeurs, qui doivent maintenir constamment l’aspect mental en équilibre, et permettre de discriminer l’essentiel du non-essentiel.
On peut également définir la constance et la résolution comme le pouvoir de s’en tenir à un objectif clairement établi, au milieu d’un monde en perpétuel changement. Seule l’âme peut ainsi maintenir l’équilibre nécessaire à la personnalité au sein d’un monde de stress, de tensions et de cataclysmes.
Le sens de l’humour
Il eut été tout à fait possible d’inclure cette qualité dans la section précédente, car un véritable sens de l’humour contribuera énormément au maintien de l’équilibre et à la constance.
Toutefois, une distinction s’impose immédiatement : il convient de différencier clairement l’hilarité émotionnelle, sans retenue, ou la manifestation bruyante d’une gaieté feinte, qui sont de nature astrale, par opposition au sens de l’humour harmonieux qui jaillit d’un sens des proportions intelligent.
Aussi l’étudiant doit-il cultiver son sens de l’humour et des proportions, en évitant de prendre son travail ou sa propre personne trop au sérieux. De cette manière, il pourra éviter les tensions inutiles ou les relâcher, améliorant ainsi la finesse de sa discrimination et l’efficacité de son travail.
La joie
Il nous semble utile de différencier les nuances attachées aux mots « bonheur », « joie » et « félicité », tels qu’ils sont employés dans le présent contexte :
Le bonheur s’entend comme le produit des émotions et constitue par conséquent une réaction de la personnalité.
La joie dénote une réaction intérieure plus profonde qui se trouve évoquée par l’âme.
La félicité est de nature spirituelle ; il s’agit de cette expérience indescriptible qui ne se réalise que lorsque l’âme se fond avec la Monade, le Père, et c’est par conséquent une sensation qui se trouve hors de l’entendement de l’homme ordinaire.
Ceux qui cherchent à vivre en tant qu’âmes auront donc expérimenté ce que signifie la joie, ainsi que la différence existant entre la joie et le bonheur. Il y a la joie d’atteindre l’objectif après avoir lutté, souffert et s’être démené ; la joie de savourer la Lumière après une lutte dans l’obscurité qui a paru interminable ; la joie de l’accomplissement et de la paix momentanée qui en résulte, après le combat corps à corps avec les forces d’opposition ; la joie de parvenir au contact avec l’âme sœur ; la joie de la réalisation du soi ; la joie des heures passées à aider efficacement son prochain, et à soulager les besoins du monde ; la joie de chaque action désintéressée envers autrui, sans recherche de gain personnel ; la joie de commencer à distinguer vaguement les premières grandes lignes du Plan, et la plus grande joie encore qui en résulte, de pouvoir contribuer pour une petite part à sa matérialisation.
En vérité, la vie spirituelle est remplie de joie, et la joie devrait constituer le trait de caractère dominant du disciple. La joie de l’âme fera sentir sa présence, même au cours des périodes de profonde détresse et de malheur pour la personnalité. La joie se tient dans la lumière, dissipe le mirage et le malentendu, et évoque la force face aux tâches à accomplir. En révélant la force intérieure, la joie conduit à s’atteler aux tâches qui semblaient jusque là insurmontables, et permet de les accomplir avec succès. La joie devient ainsi la marque du serviteur.
Auteur : Aart Jurriaanse, (1907-2002) : auteur sud-africain qui a effectué des compilations des livres d’Alice Bailey. Il est l’auteur de Bridges (Ponts, non traduit) qui est un commentaire de ces enseignements.
Thématiques : sagesse éternelle, spiritualité
Rubrique : Divers ()
