John Lewis – une vie consacrée à la paix, à la justice et à la non-violence

Partage international no 385septembre 2020

John Lewis était un militant noir des droits civiques et un manifestant non-violent devenu représentant de la Géorgie au Congrès américain pendant les trente-trois dernières années de sa vie. Il était considéré comme la « conscience du Congrès ».

Né le 21 février 1940 de pauvres métayers de l’Alabama, il était décrit comme calme et sérieux. Lorsqu’il était chargé de s’occuper des poulets, il les « baptisait » et leur lisait des passages bibliques, déterminé à « sauver leurs âmes ». Sinon, il s’échappait fréquemment des travaux des champs pour trouver un endroit où lire.

Photo : Chambre des représentants des États-Unis , Domaine public, via Wikimedia Commons

J. Lewis fut galvanisé par la philosophie et la pratique de la désobéissance civile non-violente dans les années 1950, lorsqu’il fréquentait le séminaire théologique baptiste américain de Nashville, dans le Tennessee, et il contacta Martin Luther King Jr. après l’avoir entendu parler à la radio. Dans les années 1960, il marcha souvent avec le Dr King, et il fut le plus jeune orateur de la Marche sur Washington de 1963, où M. L. King a prononcé son fameux discours I Have a dream. En mars 1965, alors qu’il menait une marche de Selma à Montgomery, en Alabama, pour protester contre le déni du droit de vote des Afro-américains, J. Lewis eut le crâne fracturé par des coups assenés par des policiers.

L’indignation nationale suscitée par la violence subie par lui et d’autres militants à Selma déclencha l’adoption, en août 1965, de l’emblématique loi américaine sur le droit de vote, qui interdit la discrimination raciale dans le vote. A cette époque, J. Lewis avait déjà subi de nombreuses agressions, arrestations et emprisonnements brutaux en tant que fondateur et directeur du Comité de coordination étudiant non-violent, qui organisait la résistance pacifique contre la ségrégation et dirigeait les campagnes d’inscription des électeurs noirs dans le Sud. J. Lewis était également l’un des 13 premiers Freedom Riders – des militants noirs et blancs qui contestaient les restrictions racistes dans les transports dans le Sud.

J. Lewis fut arrêté 40 fois entre 1961 et 1966, et fut arrêté après avoir rejoint le Congrès en 1987. Malgré tous les abus subis, il était connu pour son attitude bienveillante, humble et tranquille mais déterminée, insistant sur la résistance non-violente mais n’ayant jamais peur de s’engager dans des situations personnellement dangereuses. Il qualifiait un tel activisme de « bon trouble ».

Un demi-siècle plus tard, il aura suivi le mouvement Black Lives Matter et les réactions nationales au meurtre de George Floyd, mais il souffrait trop d’un cancer du pancréas pour y prendre part. Son décès, le 17 juillet 2020, a ému la nation. Son cercueil a franchi en calèche le pont Edmund Pettus, à Selma, parsemé de pétales de roses rouges à l’endroit où son sang avait coulé pendant la marche de 1965. Il a ensuite été exposé à la rotonde du Capitole, à Washington. C’est la première fois que le corps d’un législateur noir y était exposé. Au dernier jour, un double arc-en-ciel est apparu au-dessus du Capitole, bien qu’il n’y ait pas eu de pluie.

Les anciens présidents américains Bill Clinton et George W. Bush ont pris la parole lors de ses funérailles le 30 juillet, et l’ancien président américain Barack Obama a prononcé son éloge funèbre. B. Obama a déclaré qu’il était là pour rendre hommage au meilleur disciple peut-être de Martin Luther King : « Ce que John Lewis nous enseigne, c’est d’où vient le vrai courage. Ce n’est pas en se tournant les uns contre les autres, mais en se tournant les uns vers les autres. Ce n’est pas en semant la haine et la division, mais en répandant l’amour et la vérité. Ce n’est pas en fuyant nos responsabilités pour créer une Amérique et un monde meilleurs, mais en assumant ces responsabilités avec joie et persévérance et en découvrant que dans notre communauté bien-aimée, nous ne marchons pas seuls. »

Certains collaborateurs de Partage international dans différents pays eurent le sentiment que l’événement avait des similitudes avec le décès de la princesse Diana où il y eut un adombement de Maitreya. Ils se sont demandés si une bénédiction similaire de Maitreya ne s’était pas produite (voir Partage international, octobre 1997).

Le New York Times a publié un essai que J. Lewis, alors qu’il sentait sa fin proche, avait écrit sur le mouvement Black Lives Matter, en demandant qu’il soit divulgué après ses funérailles. En voici quelques extraits :

« Bien que mon temps ici soit maintenant terminé, je veux que vous sachiez que dans les derniers jours et les dernières heures de ma vie, vous m’avez inspiré. En manifestant votre pouvoir pour changer notre société, vous m’avez rempli d’espoir pour le prochain chapitre de la grande histoire américaine. Des millions de personnes motivées simplement par la compassion humaine ont allégé le fardeau de la division. Partout dans le pays et dans le monde, vous avez fait abstraction de la race, de la classe, de l’âge, de la langue et de la nationalité pour réclamer le respect de la dignité humaine […]

Bien que je ne puisse pas être là avec vous, je vous exhorte à répondre à l’appel le plus élevé de votre cœur et à défendre ce en quoi vous croyez vraiment. Dans ma vie, j’ai fait tout ce que j’ai pu pour démontrer que la voie de la paix, la voie de l’amour et de la non-violence était de loin la meilleure. A présent, c’est à votre tour de faire résonner la liberté.

Lorsque les historiens prendront la plume pour écrire l’histoire du XXIe siècle, je souhaite qu’ils puissent affirmer que votre génération aura enfin allégé le poids de la haine, faisant finalement triompher la paix sur la violence, l’agression et la guerre. Je vous dis donc, frères et sœurs, marchez avec le vent, et laissez-vous guider par l’esprit de paix et la force de l’amour éternel. »

Etats-Unis
Sources : nytimes.com ; npr.org
Thématiques : Société
Rubrique : Divers ()