« Notre force se mesure à l’aune des plus précaires. »

Partage international no 381mai 2020

par António Guterres

Le 31 mars 2020, lors d’une conférence de presse organisée pour la sortie du rapport Responsabilité partagée, solidarité mondiale, sur les conséquences socio-économiques du Covid-19, le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, a lancé un appel ambitieux, dont nous présentons des extraits.
« Le monde est confronté à une épreuve sans précédent. C’est le moment de vérité. Des centaines de milliers de personnes tombent gravement malades du Covid-19 et la maladie se répand exponentiellement en maints endroits. Les sociétés sont dans la tourmente et les économies sont en chute libre. […]
La réponse doit être à la mesure de la crise : il faut intervenir à grande échelle, de manière coordonnée et globale, les ripostes nationales et internationales devant être guidées par l’OMS. Elle doit être multilatérale, les pays devant faire preuve de solidarité envers les communautés et les nations les plus vulnérables. Le message que transmet le rapport que nous publions aujourd’hui est sans équivoque : responsabilité partagée et solidarité mondiale sont les mots d’ordre face à l’impact du Covid-19. C’est un appel à l’action. Premièrement, à l’action sanitaire immédiate et coordonnée, afin d’empêcher la transmission et de mettre fin à la pandémie. […] Une action qui offre un accès universel au traitement et au vaccin, lorsqu’ils seront prêts. Il faut absolument que les pays développés aident immédiatement les pays moins développés à renforcer leurs systèmes de santé et leur capacité de riposter pour arrêter la transmission. […] Dans le monde interconnecté qui est le nôtre, notre force se mesure à l’aune de notre aptitude à soutenir les systèmes sanitaires les plus précaires. Deuxièmement, nous devons nous attaquer aux dimensions sociales et économiques dévastatrices de cette crise, en nous concentrant sur les plus touchés : les femmes, les personnes âgées, les jeunes, les travailleurs peu rémunérés, les petites et moyennes entreprises, le secteur informel et les groupes vulnérables, en particulier ceux qui font face à une crise humanitaire ou à un conflit. Il faut que les pays s’unissent non seulement pour combattre le virus, mais aussi pour s’attaquer à ses répercussions profondes. […] Il faut une réponse multilatérale à grande échelle, qui soit coordonnée et globale et qui représente au moins 10 % du PIB mondial. Les pays développés peuvent le faire seuls et certains le font déjà d’ailleurs. L’allégement de la dette doit être une priorité – y compris l’exonération immédiate du paiement des intérêts pour 2020. Le système des Nations unies est pleinement mobilisé : il donne des orientations pour l’action mondiale, soutient les interventions des pays et met ses chaînes d’approvisionnement à la disposition du monde entier.
Enfin, lorsque nous aurons surmonté cette crise nous devrons choisir. Nous pourrons revenir au
statu quo ou nous pourrons nous attaquer résolument aux problèmes qui nous rendent tous inutilement vulnérables face aux crises. Après la crise, la reprise doit ouvrir la voie à une économie différente. Dans tout ce que nous faisons pendant et après cette crise, nous devons mettre l’accent sur l’édification d’économies et de sociétés plus égales, plus inclusives et plus durables, qui soient plus résistantes face aux pandémies, aux changements climatiques et aux nombreux autres défis mondiaux que nous devons relever. Ce dont le monde a besoin maintenant, c’est de solidarité. Grâce à la solidarité, nous pouvons vaincre le virus et bâtir un monde meilleur. »
[Source : Nations unies Rapport sur le Covid-19]

 

Photo : VOA- Nicolas Pinault , Domaine public, via Wikimedia Commons
Les réfugiés et les personnes déplacées par des conflits violents sont doublement vulnérables.

 

L’Onu appelle à un cessez-le-feu mondial

Le 23 mars 2020 à New York, António Guterres a plaidé en faveur d’un cessez-le-feu mondial : « Les conflits armés continuent de faire rage dans le monde. Ce sont les personnes les plus vulnérables – les femmes et les enfants, les personnes en situation de handicap, les personnes marginalisées et déplacées – qui paient le tribut le plus lourd. Ces mêmes personnes courent également le plus grand risque de subir des pertes dévastatrices à cause du Covid-19.
Dans les pays ravagés par la guerre, les systèmes de santé se sont effondrés. Les professionnels de santé, qui étaient déjà peu nombreux, ont souvent été pris pour cibles. Les réfugiés et toutes les personnes déplacées par des conflits violents sont doublement vulnérables.
A vous qui êtes en guerre, renoncez aux hostilités. Laissez de côté la méfiance et l’animosité. Posez les armes, faites taire les canons, mettez fin aux frappes aériennes.
C’est essentiel. Pour pouvoir établir des couloirs d’aide humanitaire qui sauveront des vies. Pour reprendre le dialogue et donner une chance à la diplomatie.
Inspirons-nous des coalitions qui prennent forme et des dialogues qui se nouent lentement entre des parties rivales pour permettre des approches conjointes face au Covid-19. Mais il faut en faire beaucoup plus.
Mettons un terme au fléau de la guerre et luttons contre la maladie qui ravage notre monde. Cela commence par l’arrêt des combats. Partout. Tout de suite.
[Source : Nations unies Appel au cessez-le-feu global]

[Nombre de nos lecteurs répondent déjà fréquemment aux appels humanitaires et aux campagnes en ligne sur le site Avaaz. En réponse à l’appel du secrétaire général de l’Onu, Avaaz a lancé une pétition. A l’heure d’imprimer ces lignes, elle a recueilli plus de 2 200 000 signatures en 19 jours. [avaaz.org]


Date des faits : 31 mars 2020 Auteur : António Guterres, secrétaire général des Nations unies. Il était auparavant premier ministre du Portugal et haut-commissaire des Nations unies pour les réfugiés.
Sources : Nations unies
Thématiques : Sciences et santé, Société
Rubrique : Divers ()