Distanciation sociale vs paix et justice sociale

Partage international no 380avril 2020

par Kevin Martin

Retirons toutes les troupes américaines d’Irak et d’Afghanistan, instaurons la paix avec l’Iran, et préoccupons-nous des vraies menaces pesant sur la sécurité humaine comme les pandémies et la crise climatique.

La « distanciation sociale » (ou peut-être plus exactement « l’espacement physique approprié ») est une mesure que l’humanité doit pratiquer à court terme pour surmonter la crise du Covid-19. Et ce ne sera probablement pas la dernière fois, malheureusement, qu’une pandémie nous menacera.

Photo : U.S. Navy photo by Photographer’s Mate 2nd Class Johansen Laurel, Public domain, via Wikimedia Commons
Surmontons cette crise, et ensuite réduisons la distance qui nous sépare, abattons les murs que nous érigeons entre nous.

Mais dans un sens plus large, la « distanciation sociale » n’est-elle pas un problème grave et endémique ? Nous sommes trop « distants » de la plupart des gens, à l’exception de notre famille et de nos amis proches, en termes de compréhension, de respect, de solidarité et d’empathie. D’ailleurs, nous sommes également trop éloignés des autres espèces et de notre monde naturel, notre mère la Terre. La culture dominante « autrifie » les personnes jugées différentes par leur couleur de peau, nationalité, religion, classe sociale, orientation sexuelle, culture et autres caractéristiques qui pourtant renforcent, plutôt qu’elles ne ne divisent la famille humaine. Surmontons cette crise, et ensuite réduisons la distance qui nous sépare, abattons les murs que nous érigeons entre nous.

Pratiquer le rapprochement serait indéniablement bénéfique au sein du pays, mais également en matière de politique étrangère et militaire des Etats-Unis.

La semaine dernière, les Etats-Unis ont procédé à un bombardement contre la milice soutenue par l’Iran en Irak, en représailles du meurtre de deux soldats américains et d’un soldat britannique. Apparemment, bien qu’il y ait des rapports contradictoires, les frappes ont également tué trois soldats irakiens, deux officiers de police et un travailleur civil, et ont frappé un aéroport civil.

En quoi ce cycle sans fin de violence favorise-t-il la sécurité des Etats-Unis ou de cette région du monde ? Des frappes similaires ont failli déclencher une guerre avec l’Iran, il y a à peine deux mois, et cette région déjà en proie à des troubles constants, dus en grande partie à des erreurs militaires américaines, ne peut en supporter plus.

Nous ne le pouvons pas non plus. Personne ne pose la question, mais combien ont coûté ces frappes militaires et comment allons-nous les payer ? Le prix en est certainement dérisoire comparé aux 6 400 milliards de dollars que les Etats-Unis ont gaspillés en Irak et en Afghanistan au cours des dernières décennies, sans résultats probants, alors que de nombreux Irakiens, sinon la plupart, veulent notre départ et que nous essayons de construire une paix fragile en Afghanistan.

En raison des incertitudes liées à l’épidémie de Covid-19, les Etats-Unis et la Corée du Sud ont judicieusement reporté les énormes exercices militaires qui devaient initialement commencer fin mars. Le report est une bonne chose, mais l’annulation serait préférable et pourrait contribuer à relancer les pourparlers de paix avec la Corée du Nord, car même le président Trump a reconnu que les exercices militaires étaient coûteux et provocateurs. Cette semaine encore, le Pentagone a annoncé la réduction des plus grands exercices militaires en Europe depuis une génération, et là encore, l’annulation serait préférable. La Russie sait sans aucun doute à quel point l’alliance militaire Etats-Unis/Otan est redoutable, nous n’avons pas besoin d’en faire la démonstration moyennant un coût économique, humain et environnemental considérable.

Alors que le monde est confronté à la redoutable pandémie du Covid-19, nous avons besoin d’une coopération mondiale, et non d’une escalade militaire. Les ressources gaspillées dans des conflits militaires continus et stériles seraient mieux dépensées pour la santé humaine, aux Etats-Unis et dans le monde entier.

Les sanctions économiques américaines aggravent la grave crise liée au coronavirus en Iran, c’est tout simplement cruel et, là encore, ça ne sert aucun objectif de sécurité légitime pour les Etats-Unis ou cette région du monde.

Les présidents George W. Bush et Barack Obama avaient assoupli les sanctions économiques américaines et les restrictions à l’aide humanitaire en Iran après les tremblements de terre dévastateurs qui s’y sont produits en 2003 et 2012.

Dans la conjoncture actuelle, le président Trump (qui a stupidement retiré les Etats-Unis de l’Accord multilatéral sur le programme nucléaire iranien) devrait faire de même, pour aider le système médical iranien à faire face à la crise.

Nous pourrions, peut-être tirer des enseignements de l’expérience de l’Iran, car les pandémies ne connaissent pas de frontières et certains pays peuvent avoir des qualités ou des caractéristiques dont nous pouvons tous tirer des leçons.

Retirons les troupes d’Irak et d’Afghanistan, faisons la paix avec l’Iran, et préoccupons-nous des vraies menaces à la sécurité humaine comme les pandémies et la crise climatique. La poursuite d’une guerre n’est jamais une bonne solution, et cela a encore moins de sens à l’heure actuelle.

Afghanistan, Etats-Unis, Irak, Iran Auteur : Kevin Martin, président de Peace Action et de Peace Action Education Fund, la plus grande organisation de paix et de désarmement des Etats-Unis, qui compte environ 200 000 sympathisants dans tout le pays.
Thématiques : politique
Rubrique : Point de vue ()