Le pape François à Hiroshima et Nagasaki
Partage international no 377 – février 2020
par Naoto Ozutsumi
Le pape François est le premier souverain pontife à s’être rendu au Japon en 38 ans, après Jean-Paul II en 1981. En novembre 2019, il s’est rendu à Hiroshima et à Nagasaki, les deux villes complètement détruites par les bombes atomiques américaines à la fin de la Seconde Guerre mondiale, en 1945. Dans ces villes, il a délivré au monde entier des messages puissants sur la nécessité de renoncer aux armes et de construire la paix dans la vérité et la justice.
Le dimanche, peu après midi, le pape François, sous une pluie légère, s’est dirigé à pied vers le monument aux victimes de l’attaque nucléaire dans le parc aménagé sur les lieux de l’impact de la bombe, à Nagasaki. Après avoir déposé une couronne, il s’est recueilli longuement. Qu’est-ce qui l’a poussé à faire une prière aussi impressionnante ?
Quand il était jeune, le Pape voulait travailler au Japon, en partie parce qu’il appartenait à la Compagnie de Jésus, qui a introduit le christianisme au Japon en la personne de St François Xavier. Mais à l’âge de 21 ans, le jeune jésuite a contracté une pneumonie. Il a dû subir l’ablation d’une partie de son poumon droit. Cela l’obligea à renoncer au missionnariat au Japon.
Cependant, il n’a pas oublié la dévastation et la douleur que le peuple japonais a subies à cause du bombardement atomique, et il s’est efforcé de transmettre l’importance de la paix. Ainsi, en 2018, il a distribué aux journalistes et aux membres de l’Eglise des reproductions d’une photographie prise à Nagasaki juste après le bombardement. On y voit un garçon portant sur son dos son petit frère mort, dans la file d’attente pour le faire incinérer. Sur chaque exemplaire était inscrit : « Fruits de la guerre. » L’année suivante, le pape a pu réaliser son souhait de se rendre au Japon, « afin de commémorer les victimes innocentes de cette violence ». Le thème qu’il a choisi pour sa visite au Japon était : Protéger toute vie.
Dans son discours à Nagasaki, où plus de 74 000 personnes ont été tuées par l’explosion massive de chaleur et de radiation il y a 75 ans, le pape François a décrit les bases de la paix mondiale. « La paix et la stabilité internationale sont incompatibles avec les tentatives de construire dans la crainte de la destruction mutuelle ou sur la menace d’un anéantissement total. On ne peut les réaliser que sur la base d’une éthique mondiale de solidarité et de coopération au service d’un avenir façonné par l’interdépendance et la responsabilité partagée de toute la famille humaine actuelle et future ». Il a fait entendre la voix du peuple en affirmant : « Des millions d’hommes et de femmes partout dans le monde aspirent à un monde de paix, exempt d’armes nucléaires. » Et, conscient des conflits entre les superpuissances et de la tendance à négliger les traités nucléaires, il a mis le monde en garde : « Nous ne devons jamais arrêter d’œuvrer pour soutenir les principaux instruments juridiques internationaux de désarmement et de non-prolifération nucléaires, y compris le Traité sur l’interdiction des armes nucléaires. »
Le pape François nous a déclaré que nous devons utiliser l’argent et les ressources financières pour aider des millions de personnes vivant « dans des conditions inhumaines » et que nous devrions nous occuper des questions environnementales au lieu de gaspiller nos richesses dans la course aux armements. Il nous a fait prendre conscience une fois de plus que « personne ne peut être indifférent à la douleur de millions d’hommes et de femmes dont les souffrances perturbent nos consciences aujourd’hui. Personne ne peut faire la sourde oreille à l’appel de nos frères et sœurs dans le besoin. »
Le dimanche soir, le pape François s’est rendu à Hiroshima. Dans cette ville, où au moins 140 000 personnes ont été tuées par l’attaque nucléaire de 1945, il a rencontré plusieurs survivants. Yoshiko Kajimoto avait 14 ans lors du bombardement. « Quand je suis sortie, tous les bâtiments environnants étaient détruits. Il faisait noir comme en pleine nuit et ça sentait le poisson pourri », a-t-elle affirmé au pape assis près d’elle au parc du Mémorial de la Paix. Elle a décrit des gens « marchant côte à côte comme des fantômes, des gens dont le corps entier était tellement brûlé que je ne pouvais pas faire la différence entre les hommes et les femmes ». Elle a ajouté que personne en ce monde ne pouvait imaginer une telle scène d’horreur.
Dans son discours, le pape a rendu hommage à toutes les victimes et aux survivants qui ont vécu avec « force et dignité ». Il a exprimé son « humble désir d’être la voix des sans-voix, qui assiste avec inquiétude et angoisse à la montée des tensions à notre propre époque ». Il a souligné la criminalité et l’immoralité des armes nucléaires : « Avec une profonde conviction, je souhaite une fois de plus déclarer que l’utilisation de l’énergie atomique à des fins de guerre est aujourd’hui, plus que jamais, un crime non seulement contre la dignité humaine, mais contre tout avenir possible pour notre maison commune. L’utilisation de l’énergie atomique à des fins de guerre est immorale. »
Vers la fin de son discours, il nous a exhorté à reprendre en cœur : « Plus jamais la guerre, plus jamais le choc des armes, plus jamais autant de souffrance ! » Il a conclu son discours par un appel au Christ : « Viens, Seigneur, Prince de la Paix ! Fais de nous des instruments et des reflets de ta paix ! »
Le pape François a également rencontré les survivants du tremblement de terre et du tsunami de 2011, qui ont provoqué l’accident nucléaire de la centrale de Fukushima. Environ 42 000 habitants de la préfecture de Fukushima sont toujours déplacés de leurs villes. Le pape n’a pas directement appelé à l’abolition des centrales nucléaires, mais il a noté que les évêques japonais ont appelé à leur « abolition immédiate » depuis la catastrophe. Dans l’avion qui le ramenait au Vatican, il aurait dit que, selon lui, les centrales nucléaires devraient être arrêtées jusqu’à ce qu’elles soient complètement sécurisées.
Avec tant de missiles nucléaires dans le monde, nous sommes toujours confrontés au danger de la destruction totale. Selon les mots de Maitreya, ce serait une mort qui « serait honteuse et amère, sans aucune mesure avec vos craintes les plus sombres » (message n° 33). En se rendant à Hiroshima et Nagasaki, le pape François a souligné la nécessité d’éviter une catastrophe nucléaire et d’établir la paix dans le monde, grâce à la confiance mutuelle, la solidarité et la coopération. Il est temps pour nous, politicien inclus, de faire nôtres ses déclarations dans ces deux villes et d’agir en conséquence pour un monde sans menace de destruction nucléaire, un monde où règnerait une authentique paix mondiale.
Même si la population catholique n’est pas très importante au Japon (environ 440 000 personnes, soit 0,35 % de la population totale), le pape François a suscité un intérêt considérable chez les Japonais. Chaque jour, pendant son séjour de quatre jours, ses paroles et ses actions ont été largement relayées par les journaux et la télévision. C’est probablement parce qu’il est d’un grand charisme et d’une grande dignité, mais aussi parce que son appel sincère à l’abolition des armes nucléaires a touché une corde sensible dans le cœur de nombreux Japonais.
Lieu : Hiroshima et Nagasaki, Japon
Date des faits : 23 novembre 2019
Auteur : Naoto Ozutsumi, collaborateur de Share International. Il habite à Akita (Japon).
Sources : Kyodo ; www.japantimes.co.jp ; mainichi.jp ; christiantoday.co.jp
Thématiques : religions
Rubrique : De nos correspondants ()
