Eduquer pour combattre la désinformation

Partage international no 377février 2020

Les tensions de la dernière décennie ont mis en évidence les faiblesses de nos systèmes et de nos comportements. La désintégration des structures anciennes a mis en lumière notre vision dominante de la vie et nos idées culturelles. L’une des failles les plus flagrantes a trait aux relations entre la société et les médias et, par extension, à ce qui relève des faits et de la vérité. A l’orée de cette nouvelle décennie, nous constatons que les opinions se substituent aux faits, que la vérité est manipulée ; la perception du public est facilement influencée par les fausses nouvelles et les multiples soi-disant réseaux d’information, avec des résultats souvent calamiteux, voire mortels.

La Finlande dispose d’une arme efficace pour lutter contre les fausses nouvelles : l’éducation.

Cette nation nordique figure en tête de liste des pays européens les plus résistants à la désinformation, selon l’indice de littératie1 médiatique mesuré, compilé par l’Open Society Institute (OSI) de Sofia, en Bulgarie. Il n’est probablement pas surprenant que les pays d’Europe du Nord soient les plus avertis en matière de médias : le Danemark, puis les Pays-Bas, la Suède et l’Estonie suivent la Finlande. La Macédoine, la Turquie et l’Albanie arrivent en bas du tableau.

La question des moyens à utiliser pour lutter contre la désinformation devient urgente et les décideurs du monde entier ont exprimé la nécessité de combattre les fausses nouvelles. En 2013, le rapport sur les risques mondiaux du Forum économique mondial a averti que les « incendies de forêt numériques » pouvaient diffuser rapidement de fausses informations.

Un facteur à prendre en compte est la question de la démocratie et de la liberté d’expression. Alors que certains pays, dont l’Allemagne et la France, testent une législation pour lutter contre les fausses informations, d’autres affirment que cela pourrait compromettre la liberté d’expression et soutiennent que l’éducation et la sensibilisation sont de meilleures solutions. Le rapport de l’OSI partage cet avis : « Une éducation de haute qualité et le fait d’avoir de plus en plus de personnes instruites sont des conditions préalables pour lutter contre les effets négatifs des fausses nouvelles et de la post-vérité. Même si une réglementation est nécessaire, l’éducation semble être la meilleure solution globale. »

« Nous devons former une nouvelle génération d’esprits critiques, a déclaré Jean-Pierre Bourguignon, président du Conseil européen de la recherche lors de la réunion annuelle des nouveaux champions du Forum économique mondial (septembre 2019). Nous devons nous attaquer à ce problème en améliorant la maîtrise de l’information, et c’est la tâche de nos éducateurs et de la société dans son ensemble d’enseigner aux enfants comment utiliser le doute, de questionner intelligemment et de comprendre que l’incertitude peut être quantifiée et mesurée. »

L’évaluation montre une corrélation entre le niveau d’éducation et le discernement nécessaire pour repérer les fausses nouvelles. Développer les connaissances et la pensée critique des gens les aide à se prémunir contre les informations fabriquées. La Finlande, la Suède et les Pays-Bas font partie des pays qui enseignent aux écoliers la culture numérique et la réflexion critique sur la désinformation.

L’organisation finlandaise de vérification des faits, Faktabaari (FactBar), adapte les méthodes professionnelles de vérification des faits pour les utiliser dans les écoles finlandaises et affirme que de bonnes connaissances des outils de recherche et une pensée critique sont essentielles. Elle identifie trois domaines de risque : la mésinformation (informations erronées) ; la désinformation, tels que les canulars ; et la mal-information : histoires destinées à créer un préjudice.

« Le gouvernement finlandais considère qu’un système d’éducation publique fort est un outil essentiel pour résister à la guerre de l’information contre le pays », explique Marin Lessenski, directeur de programme pour les politiques européennes à l’OSI-Sofia. Des compétences étendues en matière de pensée critique et une réponse cohérente du gouvernement sont essentielles pour résister aux campagnes de fausses nouvelles.

La Finlande a exhorté les électeurs à réfléchir aux fausses informations lors des récentes élections nationales ; le gouvernement a lancé une campagne publicitaire encourageant l’électorat à choisir de manière indépendante.

Fait intéressant, en lien avec les élections américaines de 2016 et l’impact des fausses informations sur leur résultat, il semble que la proportion d’Américains exposés à de faux sites d’information soit en baisse, selon l’étude de l’OSI : « Cependant, la tendance est moins claire en ce qui concerne la part de fausses informations consultées sur la consommation totale. Nos données indiquent que la consultation de ces sites continue d’être principalement le fait d’un petit sous-ensemble d’Américains ayant de fortes préférences pour les médias idéologiques, en particulier ceux qui consultent les média les plus conservateurs. »

l. Aptitude à comprendre et à utiliser l’information.

Finlande
Sources : www.weforum.org
Thématiques : éducation
Rubrique : Divers ()