Ecologie et spiritualité

Partage international no 377février 2020

par Dominique Abdelnour

La spiritualité est souvent associée aux choses de l’esprit détachées de la réalité matérielle, tandis que l’écologie est associée à l’étude scientifique des relations entre l’homme et la nature. Etymologiquement, spiritualité provient de « spiritus », « pneuma » (le Souffle divin créateur de l’univers) et écologie provient de « oïkos » (la maison ou l’environnement) et « logos » (la science).

Cet article tend à montrer que l’écologie est une discipline spirituelle et que la spiritualité implique une démarche écologique.

Le Maître Djwal Khul a écrit deux phrases relatives à la spiritualité par l’entremise d’Alice Bailey : « Toute activité qui fait aller l’être humain de l’avant, vers quelque forme de développement – physique, émotionnel, intuitif, social – si elle est plus avancée que son état présent, est essentiellement de nature spirituelle1»

« Est spirituel tout ce qui tend à la compréhension, à la bonté, à ce qui engendre la beauté et peut conduire l’homme à une expression plus complète de ses potentialités divines2. »

Cela suggère que la spiritualité se rapporte à tous les domaines de la vie, dont l’écologie, les sciences, la politique et l’économie.

Photo : Anna BenczurCC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons
Capitules de tournesol
Les écailles des pommes de pin et de l’ananas, les capitules de marguerite et de tournesol s’organisent en double spirale en suivant une suite de Fibonacci.

Matière morte ou vivante ?

L’approche scientifique traditionnelle suggère qu’il y a 13 milliards d’années, une soupe originelle de protons, neutrons et photons se sont agglomérés en étoiles pour former des atomes d’hydrogène, d’oxygène, de carbone. Ensuite, certaines étoiles explosant en supernovae ont formé les atomes plus lourds tels le cuivre, zinc, or, plomb – tout cela par hasard. Ensuite par le jeu du hasard et la loi de la sélection naturelle, le vivant et l’intelligence seraient apparus. La pensée serait donc le produit du cerveau.

Cependant, des scientifiques de plus en plus nombreux remettent en cause ce modèle et évoquent la conscience comme source de la matière, se rapprochant ainsi de la doctrine des ésotéristes pour qui « la Vie Une crée, vitalise, anime l’univers ». Pour l’ésotériste, l’Esprit amène la conscience à la matière et un des buts du plan divin est l’évolution de la conscience et l’élévation des vibrations de la matière.

L’ésotériste russe H. Blavatsky a formulé ces principes de façon synthétique : « La Nature n’est pas un concours fortuit d’atomes » : « la Vie précède la Forme et survit au dernier atome. »

« Le « Souffle du Ciel » ou plutôt le souffle de Vie […] est dans chaque animal, dans chaque particule animée, dans chaque atome minéral : l’Esprit et la Matière ne faisant qu’Un […] l’Esprit, c’est la Matière sur le septième plan : la Matière, c’est l’Esprit au point le plus bas de son activité cyclique…3 ».

Il n’y aurait donc qu’une différence vibratoire entre l’Esprit et la matière.

La conception matérialiste d’une Terre en matière morte amène un sentiment de séparation et la surexploitation des ressources par des hommes qui se comportent en parasite en négligeant les conséquences de leurs actes.

Dévas, anges et leur rôle

Les ésotéristes modernes (Alice Bailey et Benjamin Creme) ont réaffirmé l’existence d’une évolution parallèle à l’évolution humaine, l’évolution des dévas. Ils sont en charge de l’aspect forme et travaillent par l’intermédiaire de la sensibilité. « Les dévas évoluent au travers du ressenti, de leur conscience sensorielle. Nous évoluons au travers du développement de notre mental. Nous sommes les Fils de l’esprit, les dévas sont les Filles du sentiment. Leur évolution progresse au travers d’une prise de conscience progressive de ce qui est, ici et maintenant, de ce qui existe dans la vie, dans la matière, en vibration, dans toute la création. C’est leur expérience : instant après instant, ils sentent la vie et la matière et grandissent en expérience de qui ils sont. Nous faisons la même chose au travers de notre appareil sensoriel, mais nous allons plus loin que cela. Jusqu’au niveau humain, les dévas ne pensent pas, ils ne mentalisent pas. La mentalisation ne fait pas partie de leur activité. Mais au fur et à mesure de leur évolution, ils deviennent extrêmement sensibles au moindre changement de vibration. Au fur et à mesure, ils évoluent vers une perception suprasensible de ce qui est à l’instant présent. » [BC, PI jan-fév. 1993]

L’existence d’une ligne parallèle d’évolution est reconnue par la plupart des traditions y compris le chamanisme. Nous pouvons citer l’expérience qui a eu lieu dans les Jardins de Findhorn, en Ecosse : comment le travail avec les intelligences subtiles de la nature (dévas) a permis de rendre fertile une terre stérile et l’a amenée à produire en abondance fleurs, légumes et fruits magnifiques. De nombreux jardiniers dialoguent aussi avec leurs plantes. On considère un effet positif comme allant de soi, c’est ce qu’on appelle avoir la main verte. Cela montre qu’un échange énergétique avec le monde végétal permet aux plantes de croître et de s’embellir. Benjamin Creme va plus loin en évoquant le rôle négatif des déséquilibres humains sur le travail des dévas, par exemple sur le climat terrestre.

« Quand nous faisons preuve de cupidité, d’égoïsme et d’esprit de compétition, en essayant de passer devant tout le monde, nous créons inévitablement un déséquilibre. En conséquence, les dévas qui gouvernent le climat, les océans, la pluie, etc., perdent aussi leur équilibre, et nous assistons à un dérèglement du climat sur la planète toute entière, comme c’est le cas actuellement. C’est dans une certaine mesure le résultat de notre propre déséquilibre4.»

L’intelligence dans la nature

De nombreux scientifiques montrent l’intelligence de la nature. On peut citer l’anthropologue Jeremy Narby auteur du livre Intelligence dans la Nature : « De minuscules êtres unicellulaires (les myxomycètes) savent résoudre des labyrinthes complexes : les abeilles dont le cerveau a la taille d’une tête d’épingle sont capables de comprendre des concepts abstraits : certaines plantes parasite comme les cuscutes se déplacent et évaluent le contenu nutritionnel de leurs hôtes avant de décider de s’y installer. Les plantes apprennent, mémorisent et décident bien qu’elles n’aient pas de cerveau. »

Stefano Mancuso, fondateur de la neurobiologie végétale, a montré que les plantes ont cinq sens : goût, odorat, toucher, vue, ouïe. Elles mémorisent des informations, décident, communiquent et développent une forme de vie sociale basée sur la coopération et l’échange.

La nature et les mathématiques

Des chercheurs ont remarqué que certaines plantes sont construites selon des formules mathématiques. De nombreux objets de la nature (chou romanesco, cristaux de neige, fougères, nervures des feuilles, branches des arbres, ruisseaux et rivières, etc.) se développent suivant des fractales (objets décrits par une formule mathématique, tel une courbe ou une surface, dont la structure est invariable quelle que soit l’échelle à laquelle on la regarde).

Les écailles des pommes de pin et de l’ananas, les capitules des marguerites et du tournesol s’organisent en double spirale en suivant une suite de Fibonacci. Chaque nombre est égal à la somme des deux précédents (1, 2, 3, 5, 8, 13, 21, 34, 55, 89, etc.) et le rapport entre deux nombres consécutifs converge vers le nombre d’or. Cette disposition assure le maximum d’exposition au soleil pour le feuillage. Le nombre d’or apparaît plus directement dans la géométrie des hélices ou des spirales (par exemple dans la coquille du Nautile).

Les scientifiques confirment ainsi les écrits de l’ésotériste anglaise A. Bailey évoquant l’aspect intelligence créatrice de l’univers : « Le troisième aspect agit par des formules mathématiques5. »

La technologie la plus efficace est dans la nature

Outre le haut niveau de chimie utilisé par les végétaux, dont nombre de molécules naturelles sont utilisées pour soigner et guérir, nous pouvons évoquer des exemples où les animaux mettent en œuvre des technologies plus performantes que les meilleures machines humaines sans polluer et à moindre coût.

Vantant le biomimétisme, Idriss Aberkane écrit : « La nature est une bibliothèque, lisez-la au lieu de la brûler ». Il cite de nombreux exemples : les écailles de la peau du requin forment le meilleur revêtement anti-turbulence au monde et les constructeurs d’avion s’en inspirent. Un des matériaux les plus résistants aux fissures est la nacre, constituée de milliers de feuillets empilés, soudés par des protéines. Elle est fabriquée avec du plancton et du soleil. Les filaments des moules adhèrent au rocher grâce à la meilleure colle mondiale, non polluante et qui fonctionne sous l’eau. La crevette-mante casse des coquilles très dures avec ses marteaux qui accélèrent comme une balle de revolver. La soie de l’araignée est plus solide que l’acier et que toute fibre synthétique.

La diatomée (phytoplancton) produit des structures à l’échelle du centième de micromètre. Une usine travaillant à a même échelle pour produire des semi-conducteurs coûte un milliard de dollars.

Ces nombreux exemples montrent que la nature utilise des technologies bien plus avancées et efficaces que la technologie humaine et cela sans polluer.

Compétition vs coopération

Il est souvent dit que le monde naturel pratique la loi de la jungle où les plus forts mangent les plus faibles. Pourtant à y regarder de plus près, la nature est friande de symbioses, où deux espèces s’entraident : les requins et les poissons pilote, les arbres qui abritent des bactéries captant l’azote atmosphérique pour le rendre assimilable aux racines de l’arbre, tandis que l’arbre procure sa sève issue de la photosynthèse aux bactéries.

Certains champignons prédigèrent le tanin des feuilles tombées permettant ainsi aux acariens de se nourrir des restes. Quatre-vingt-dix pour cent des plantes s’associent au mycélium pour extraire les éléments nutritifs du sol.

De même un merveilleux écosystème se développe entre les vers lombrics qui aèrent le sol et transportent les nutriments des feuilles décomposées vers le bas.

L’arbuste Barteria produit un suc qui nourrit les fourmis, en échange celles-ci le défendent des insectes mangeurs de feuilles. Nous observons l’organisation formidable des abeilles, fourmis, troupeaux avec des milliers d’individus qui s’entraident, sacrifiant parfois leur vie pour le groupe.

La nature a ainsi trouvé un équilibre dynamique largement basé sur la coopération. A part l’humanité, chaque espèce laisse toujours de l’espace aux autres pour exister, ce qui est un des fondements de la spiritualité.

Cet équilibre fait de coopération dynamique est ce qui est demandé aujourd’hui à l’homme.

Evolution, travail des dévas, intelligence, mathématiques, coopération, tout semble indiquer que la nature est un être vivant doué d’une conscience et ayant un dessein.

Le rôle de l’humain

Pour l’ésotériste, le rôle de l’humain est de spiritualiser la matière, c’est-à-dire d’élever la vibration de la matière et des millions de vies élémentales qui constituent ses corps. En échange de sa nourriture, l’humain transmet les énergies élevées aux règnes inférieurs, élevant leurs vibrations. L’homme est aussi le gardien de la maison Terre.

Aujourd’hui, l’humain se comporte plutôt comme un parasite exploitant les autres règnes et mettant en péril le travail accompli pendant des millions d’années pour perfectionner ces règnes. Cependant, une voix puissante s’élève de l’humanité pour mettre en place des relations plus justes avec la nature, et nous commençons à prendre conscience de notre responsabilité envers les autres règnes.

On peut citer B. Creme : « Dans le monde entier, l’environnement deviendra la priorité numéro un. Il y a seulement quelques années, aucun homme politique ne prenait l’écologie au sérieux. Maintenant, tout le monde se sent concerné. Cette préoccupation grandissante pour notre environnement est le résultat d’un accroissement de la conscience du Soi. Un lien existe, affirme Maitreya, entre l’espace intérieur et l’environnement extérieur. A partir du moment où l’on devient conscient de soi-même, l’espace qui se trouve au sein de notre mental, de notre esprit et de notre corps peut alors être maîtrisé. Cette prise de conscience nous conduit alors à nous préoccuper de l’environnement extérieur6. »

Unité dans l’univers

Le principe de Vie Une animant la Terre et ses habitants amène la notion d’Unicité fondamentale, de fraternité entre humains, et de respect de la nature. Cette notion s’exprime de plus en plus dans cette ère de synthèse du Verseau par la notion de village planétaire.

Benjamin Creme a écrit : « Nous avons l’illusion d’être séparés, mais dans le cosmos il n’existe pas de séparation. Chaque particule atomique est reliée à toutes les autres, partout dans le cosmos, si bien qu’il n’est rien de ce que nous faisons qui n’ait un effet en bien ou en mal quelque part dans le monde et dans notre propre vie7

Nous avons compris que les déchets plastiques que nous produisons finissent dans notre assiette, que les polluants des usines finissent dans nos poumons et notre sang. De plus en plus de personnes ont compris que le CO2 ou le méthane que nos industries ou notre consommation de viande produisent, fait fondre les banquises, reculer les glaciers et que si nous n’agissons pas assez vite, cela amènera des centaines de millions de réfugiés climatiques qui auront un impact sur la stabilité de nos pays.

Des personnes telles que l’activiste écologiste Vandana Shiva ont largement propagé l’idée de la connexion entre la justice et l’écologie : « La Nature nous a fait cadeau d’une riche diversité biologique. Nous ne permettrons pas qu’elle devienne le monopole d’une poignée d’entreprises. Nous la garderons comme le fondement de notre richesse et notre subsistance. »

Les humains prennent conscience que la maison Terre est notre seule maison, qu’elle est en danger et qu’il est temps d’agir pour la sauvegarder. Ils expriment leur spiritualité en demandant des relations plus justes entre les humains et les autres règnes.

Benjamin Creme a confirmé une théorie des neuroscientifiques à propos de l’interface entre l’esprit et le cerveau. La transformation « magique » de l’esprit dans la matière s’opère dans le diencéphale. Au plus profond du cerveau, l’Immatériel rencontre le matériel.

1. A. Bailey, Education dans le nouvel âge, page anglaise 22.
2. A. Bailey, Extériorisation de la hiérarchie page anglaise 187
3. H. Blavatsky, La Doctrine secrète4. B. Creme, Le Grand retour
4. A. Bailey, Traité sur le feu cosmique, page anglaise 771
5. B. Creme, La Mission de Maitreya, tome II
6. B. Creme, La Réapparition du Christ et des Maîtres de Sagesse
7. B. Creme, La Réapparition du Christ et des Maîtres de Sagesse

Auteur : Dominique Abdelnour, collaboratrice de Share International résidant en France.
Thématiques : environnement, spiritualité
Rubrique : De nos correspondants ()