De l’importance d’avoir un bon gouvernement

Partage international no 373septembre 2019

Extraits du discours de la première ministre néo-zélandaise Jacinda Ardern à la mairie de Melbourne, Australie, le 18 juillet 2019.

Un bon gouvernement est important, parce que la gouvernance se répercute partout. En soi, c’est quelque chose qu’on tient peut-être pour acquis. […]

On a un impact sur la vie des gens. Pour le meilleur ou pour le pire. On prend des décisions qui ont un impact sur leur environnement, leur travail, leur salaire et leurs services de santé. C’est pourquoi un bon gouvernement a toujours été important, mais dans un environnement où l’indifférence peut très facilement se transformer en méfiance, c’est encore plus important.

De plus en plus d’électeurs considèrent que leurs gouvernements ne connaissent pas les intérêts de leurs citoyens, ou pire, vont à l’encontre de ceux-ci, même dans les démocraties établies de longue date.

Ce n’est peut-être pas un phénomène nouveau. Les politiciens ont longtemps été le principal sujet de dérision. Mais ce qui est nouveau, c’est l’environnement de plus en plus bruyant dans lequel nous évoluons tous : fausses informations, groupes d’intérêts fragmentés et sources multiples d’information, informations dont les gens se méfient de plus en plus. C’est un environnement fait pour la politique de choc où l’on ne perçoit que le tumulte et la provocation. […]

Le sentiment nationaliste qui empêche les pays de travailler ensemble est en pleine recrudescence. Les mouvements et les régimes autoritaires ont le vent en poupe.

Les normes que nous, en Nouvelle-Zélande et en Australie, tenons pour acquises – la primauté du droit, le transfert pacifique du pouvoir, la liberté d’expression – sont remises en question d’une façon plus explicite. Ces tendances ne sont possibles que parce qu’un grand nombre de personnes croient, à tort ou à raison, que leurs dirigeants les laissent tomber. […]

Nous pouvons améliorer les institutions qui ont contribué à maintenir cette longue période de paix mondiale dans laquelle nous vivons. Au lieu de mesures d’austérité qui ne font que creuser le fossé entre riches et pauvres, nous pouvons offrir un soutien significatif – et pas seulement financier – à ceux au bas de l’échelle. Au lieu de démolir ce qui fonctionne dans nos sociétés, nous pouvons reconstruire le système. Nous pouvons reconnaître les domaines où les politiques publiques n’ont pas relevé les défis du changement économique, et faire mieux.

L’une des façons d’y parvenir est de reconsidérer notre idée de la prospérité. Parce que si un pays connaît une croissance économique depuis 30 ans et qu’un grand nombre de ses citoyens n’en ont pas ressenti les bienfaits, on peut se demander s’il va vraiment de l’avant.

Si un pays a un taux de croissance du PIB relativement élevé, mais qu’il néglige les choses auxquelles nous devrions tous être attachés – comme la santé de nos enfants, un foyer chaud et à l’abri des intempéries pour tous, des services de santé mentale, ou des rivières et des lacs où nous pouvons nager – peut-on encore affirmer que cela s’améliore ?

En tant que gouvernants, partout dans le monde, nous faisons face à une vague croissante de méfiance du public, au sentiment que nous avons laissé les différences matérielles entre nous dépasser l’équité. Et par conséquent, les vieilles idéologies reprennent vie.

Mais si on commence chez soi, si on élargit son idée d’un bon gouvernement et si on agit avec un sens de l’équité, de la tutelle – et même de la bonté, alors je crois fermement qu’on progressera sur ces défis. […]

Les temps sont peut-être difficiles, mais je crois fermement que la politique peut être un lieu de changement, de rupture et une force du bien. Un bon gouvernement n’est pas nécessairement un oxymore.

Lieu : Melbourne, Australie
Date des faits : 18 juillet 2019
Sources : anzsog.edu.au
Thématiques : politique
Rubrique : Divers ()