Partage international no 371 – juillet 2019
par William Allen
En décembre 2017, le New York Times et Politico.com avaient divulgué l’existence d’un programme secret du Pentagone baptisé Advanced Aerospace Threat Identification Program (AATIP) (Programme avancé d’identification des menaces aériennes1). Echelonné sur cinq ans de 2007 à 2012, il avait mobilisé des millions de dollars avec pour objectif d’analyser les incursions d’ovnis dans un espace aérien restreint. A cette occasion, beaucoup d’ufologues s’étaient demandé si cette première brèche dans le mur du silence imposé par le gouvernement allait entraîner d’autres révélations.
En effet, il est maintenant clair que les services de renseignement et les militaires américains prennent le phénomène ovni au sérieux, après des décennies de déni. Sommes-nous enfin sur la voie d’une révélation officielle par le gouvernement américain de tout ce qu’il sait sur les ovnis ? Et est-ce que les grands médias vont suivre le sujet et enquêter sérieusement ?
À l’époque, les informations révélées avaient été reprises par d’innombrables médias aux Etats-Unis et à l’étranger. Mais le buzz était vite retombé, et tout le monde avait remis le dossier ovnis au fond du tiroir.
Pendant ce temps, Luis Elizondo, l’ancien agent de renseignements qui dirigeait l’équipe de scientifiques et de techniciens de l’AATIP, était invité pour parler des ovnis à la radio, la télévision, par des sites web spécialisés et sur divers symposiums. Ses interventions nous ont permis d’en apprendre plus sur les objectifs du programme AATIP. Par exemple, on sait maintenant que de nombreuses informations faisant état de rencontres de militaires avec des Phénomènes aériens non identifiés -le nouveau nom officiel des ovnis – sont recueillies et analysées depuis des décennies, ainsi que de nombreuses photographies et vidéos.
Dans certains cas, les personnes impliquées ont été interrogées. « Je pense que les gens vont être surpris de la quantité de phénomènes observés par des militaires en service lors de missions de par le monde », a déclaré Luis Elizondo sur la chaîne de télévision Nevada. Il a en outre déclaré que, si officiellement l’AATIP n’a été financé que de 2007 à 2012, le Pentagone enquête toujours activement sur les incidents liés aux ovnis par le biais d’autres programmes.
Lorsque le New York Times et Politico avaient sorti le scoop sur l’AATIP, une vidéo circulait prise depuis le cockpit d’un avion de la US Navy montrant un objet de forme ovale et sans ailes, long de 10 mètres, rencontré sur la côte de San Diego en Californie en novembre 2004. Le commandant David Fravor, aujourd’hui à la retraite, pilotait l’un des avions qui ont vu l’objet. Il a eu le courage de témoigner et a donné des interviews tout au long de l’année 2018. Dans une interview sur ABC News, il avait déclaré : « Je peux vous dire que ça ne venait pas de ce monde2. »
Le Congrès s’intéresse au sujet
Au printemps 2018, on a appris que l’histoire de l’AATIP avait éveillé l’intérêt de plusieurs membres du Congrès américain. Le 12 avril, Politico avait organisé un événement spécial pour le lancement de son nouveau programme Space News Briefs (Brèves nouvelles de l’espace) avec un débat réunissant un panel composé d’un membre du « Conseil de l’espace » nouvellement formé par le président Trump et de deux membres de la commission parlementaire sur la science, l’espace et la technologie : les députés Randy Hultgren (républicain, Illinois) et Ami Bera (démocrate, Californie), ce dernier siégeant également à la sous-commission parlementaire sur l’espace et l’aéronautique.
A un moment donné, un journaliste de Politico a évoqué la question des ovnis. Sans la moindre gêne ni tentation de plaisanter, le député A. Bera a répondu que l’histoire de l’AATIP avait retenu son intérêt et celui d’autres membres du Congrès. « J’ai parlé au président de la sous-commission, ainsi qu’au président de la commission plénière », a-t-il déclaré, ajoutant : « J’ai dit que nous devrions nous intéresser à ce sujet … De toute évidence, il est suffisamment important pour qu’on y consacre des fonds et que l’on mette tout sur la table. »
J’ai lu cette déclaration à deux reprises pour m’assurer que j’avais bien compris. A notre connaissance, le Congrès n’a pas mis le sujet des ovnis à son agenda depuis les années 1950. Et à cette époque, les audiences n’étaient pas publiques. (Au moment d’écrire ces lignes, rien n’indique que des audiences publiques aient été programmées.)
A l’automne 2018, les médias n’avaient toujours pas donné suite. Pourtant, des informations filtraient selon lesquelles le Congrès continuait d’exprimer son intérêt. Le 15 octobre, Nick Pope, qui a dirigé pendant trois ans le « Bureau des ovnis » du ministère britannique de la Défense dans les années 1990, signe un article dans lequel il affirme tenir de « sources fiables » que des commissions du Sénat et de la Chambre des représentants ont reçu des informations sur l’AATIP provenant de responsables de l’Agence de renseignement du ministère de la Défense, et d’au moins deux pilotes militaires et d’un opérateur de radar impliqués dans des incidents impliquant des ovnis en 2004.
Si N. Pope avait pu connaître ces infos, qu’en est-il de la presse ? « Je suis surpris, et déçu …, a-t-il écrit dans un échange de courrier électronique en novembre avec un blogueur américain spécialisé sur les ovnis, … qu’en dépit de preuves tangibles de l’intérêt du Congrès, les médias américains n’aient pas daigné aborder le sujet. »
Et puis le 15 janvier 2019, le New York Times a de nouveau pesé de tout son poids dans ce dossier en publiant un article relatant les débuts de la gestion par l’armée et par la CIA du phénomène ovni, notamment avec des mémos datant des années 1940 et 1950. Des officiers supérieurs de l’armée de l’air avaient alors déclaré que, compte tenu des capacités extraordinaires des aéronefs observés, il était plausible que ceux-ci soient d’origine « interplanétaire ».
Une des déclarations les plus explosives faites par les journalistes du Times concerne le projet Blue Book, le programme de l’US Air Force qui a enquêté sur des milliers d’observations d’ovnis dans les années 1950 et 1960 : « lorsque Blue Book a fermé ses portes fin 1969, l’Armée de l’air a menti au peuple américain, en publiant une fiche d’information affirmant qu’aucun ovni n’avait jamais été une menace pour la sécurité nationale ; que les ovnis ne présentent pas « de développements technologiques se situant au-delà des connaissances scientifiques actuelles ; et qu’il n’existait aucune preuve qu’il pourrait s’agir de véhicules extraterrestres. »
En résumé, l’article présente des preuves convaincantes que l’armée et les services de renseignement américains sont vivement intéressés par les ovnis depuis des décennies mais affichent officiellement une sorte d’indifférence et de déni. Peut-on suspecter ici une tentative de dissimulation sans être accusé d’être adepte de la « théorie du complot » ?
Ce nouvel article du Times a néanmoins suscité beaucoup moins d’écho dans d’autres organes de presse que le précédent avec le scoop sur l’AATIP. Mais cela pourrait être dû au fait que, lors de sa publication, le gouvernement américain était partiellement à l’arrêt pour raisons de crise budgétaire, une situation qui faisait chaque jour la une des journaux avec ses nombreuses implications sociales et économiques.
Mais il pourrait aussi y avoir une autre raison, plus subtile. L’article du Times peut être considéré non seulement comme une mise en accusation de certains membres du gouvernement américain, mais également comme un coup de projecteur involontaire sur un échec majeur des médias, y compris le Times. Malgré le nombre et la qualité des enquêtes sur le phénomène ovni menées par des groupes privés de chercheurs utilisant des méthodologies scientifiques reconnues, et malgré les témoignages de militaires à la retraite parlant clairement de dissimulation de la part des autorités gouvernementales, les principaux médias s’en étaient tenus à la version officielle depuis les années 1960 en ignorant totalement le sujet, si ce n’est même, en le discréditant par la raillerie.
Par ailleurs, en janvier 2019, le principal soutien de l’AATIP au Congrès, Harry Reid, ancien chef de la majorité au Sénat a donné une série d’interviews à des journalistes de télévision et de la radio, dans lesquelles il a déclaré qu’il allait contacter des collègues haut placés au gouvernement pour leur de mander non seulement d’étudier davantage sur les ovnis, mais également de donner aux militaires les moyens de témoigner de leurs expériences sans crainte de nuire à leur carrière. (Une règle du Sénat interdisant à H. Reid de faire pression sur ses collègues pendant deux ans après la fin de son mandat.)
Une nouvelle crédibilité
Trois mois plus tard, fin avril, la question des ovnis a accédé à un nouveau niveau de crédibilité. Politico a annoncé que, selon un porte-parole de la US Navy, à la suite d’« intrusions d ‘aéronefs inconnus et particulièrement avancés » lors de manœuvres et au-dessus de sites militaires sensibles ces dernières années, la Marine était en train de rédiger un nouveau protocole pour ses pilotes et son personnel, afin qu’ils puissent témoigner de leurs observations ou rencontres d’ovnis sans crainte d’être stigmatisés. Le porte-parole a également révélé que de « hauts responsables du renseignement de la Marine » et un nombre non spécifié de pilotes avaient organisé des réunions avec des membres du Congrès pour les informer de ces rencontres.
Peut-on considérer cette révélation comme une avancée significative vers plus de transparence de la part du gouvernement, ou comme une étape vers la divulgation officielle ? L’enthousiasme suscité par ces perspectives a été freiné lorsque le Washington Post a publié le 1er mai une déclaration d’un porte-parole de la Marine indiquant que, pour des raisons de sécurité, les rapports d’enquêtes sur les ovnis resteraient secrets.
Mais le 29 mai, le New York Times publie un nouvel article : des entretiens avec plusieurs pilotes de la marine américaine décrivant leurs rencontres presque quotidiennes avec des ovnis au large de la côte Est des Etats-Unis de l’été 2014 à mars 2015. L’un d’eux a par exemple raconté avoir vu « une sphère contenant un cube » passer si près de son avion qu’en termes aéronautiques on pourrait parler de « collision évitée de justesse ».
Une fois de plus, le reportage du Times a fait sensation et a été repris par de nombreux médias, suscitant encore plus de débats en particulier parmi les ufologues qui jugeaient que quelque chose d’important était en train de se produire. Il convient toutefois de noter que dans toutes les déclarations et les rapports cités, aucun fonctionnaire n’utilise jamais le terme « extraterrestre », pas même comme hypothèse. Au lieu de cela, le phénomène ovni est présenté comme une « menace » potentielle à la sécurité nationale qui doit être prise au sérieux.
On pourrait aussi être face à un cas de « gestion de la perception3 ». Le génie est sorti de la bouteille ; il est impossible de réfuter l’existence des ovnis, mais il est possible d’influencer la perception qu’a le public de ce phénomène. Cela ne veut pas dire que les responsables militaires et les membres du Congrès impliqués dans ces nouveaux développements connaissent la vérité et sont engagés dans une sorte de programme de désinformation. Mais Benjamin Creme (BC) et son Maître nous ont appris que certains d’entre eux connaissent parfaitement la vérité sur les ovnis et gèrent avec la plus grande prudence la sortie d’informations, y compris vers d’autres secteurs du gouvernement.
Et surtout, comme l’a déclaré le Maître de BC : l’innocuité des ovnis n’est jamais reconnue, même lorsqu’elle est évidente. Au contraire, tout ce qui les concerne est enveloppé dans un voile de mystère, et présenté comme une menace.
« Les gens qui détiennent le pouvoir et contrôlent les populations savent que si ces dernières connaissaient la véritable nature du phénomène ovni et comprenaient que les vaisseaux spatiaux viennent de civilisations beaucoup plus avancées que la nôtre, elles cesseraient d’accepter dans un silence passif les conditions qui prévalent sur Terre. Elles exigeraient que leurs leaders invitent les visiteurs de l’espace à atterrir au grand jour pour nous enseigner un art de vivre qui nous mènerait à un accomplissement semblable au leur. Le moment où cela se produira n’est pas si éloigné. » [Le sentier du Soleil, Partage international, mai 2004]
Dans une synchronicité intéressante, le jour où le New York Times a publié ses interviews avec les pilotes, un autre éditorial de Nick Pope, intitulé Les ovnis – de l’ombre à la lumière, est paru dans le New York Post. Il conclut : « Le rythme des événements s’accélère… Il se passe quelque chose. Quelque chose de nouveau. Quelque chose d’énorme. »
Les lecteurs de notre revue savent que N. Pope a raison, même s’il ne connaît pas encore tous les détails de cette merveilleuse histoire.
1 – Voir l’article de William Allen Ovnis : une brèche s’ouvre aux Etats-Unis dans notre numéro de janvier/février 2018.
2 – Plusieurs interviews de David Fravor sont visibles sur YouTube. Celle-ci est sous-titrée en français : https://www.youtube.com/watch?v= E69zTtiXqfg.
3 – La gestion de la perception est selon le ministère de la Défense des Etats-Unis, une technique qui « recouvre /es actions consistant à fournir et/ou à camoufler une information sélectionnée el des indices à des audiences étrangères de façon à influencer leurs émotions, leurs motivations et leurs raisonnements objectifs ». Wikipedia.
