Partage international no 370 – juin 2019
Lundi 15 avril 2019 à 19 h, le gigantesque incendie de Notre Dame de Paris a surpris le monde entier. Notre Dame est le cœur de Paris, et donc le cœur de la France. Son incendie a touché le cœur de beaucoup de gens en dehors de toute appartenance religieuse. Notre Dame, chef d’œuvre de l’art gothique, dont la construction a commencé en 1163, est bâtie sur un ancien temple d’Isis1 sur l’île de la Cité, le centre historique de Paris. Son incendie a touché les gens, leur a fait réaliser qu’une chose qu’ils croyaient éternelle risquait de s’effondrer. Une vague de tristesse s’est répandue sur Paris, en France et dans le monde entier.
Les chaînes d’information en continu CNN, BBC, etc., ont diffusé les images de l’incendie en direct, et aussitôt les amis étrangers ont exprimé leur solidarité avec les Français. Pendant l’incendie, de nombreux Parisiens se sont rassemblés devant la cathédrale en flamme pour prier.
Certaines personnes se sont senties encouragées dans leur foi par la photographie montrant la croix, blanche et lumineuse, bien droite, dominant un tas de gravats et de poutres brûlées, comme un symbole que le Christ demeure toujours avec les hommes. D’autres ont cru voir une silhouette ressemblant au Christ dans les flammes.
Après l’appel du président de la république E. Macron à une souscription d’aide internationale, l’argent a immédiatement afflué, et les grandes fortunes françaises se sont portées volontaires pour donner des centaines de millions. Le montant d’un milliard d’euros a très vite été atteint montrant ainsi l’attachement du monde à la cathédrale.
Deux mondes ?
Prenant du recul par rapport aux événements, quelques députés, syndicalistes ou Gilets jaunes ont exprimé leur indignation : « Comment peut-on laisser des personnes sans-abris, fermer des hôpitaux faute de moyens alors que des particuliers peuvent donner 100 ou 200 millions d’euros en un instant ? »
Le samedi suivant, des manifestants Gilets jaunes ont allumé des petits feux sur le parcours d’une manifestation à Paris, comme pour attirer l’attention du gouvernement : « Regardez-nous, nous aussi avons besoin d’aide ! »
La différence entre les deux mondes, les politiques et les classes aisées d’une part, les pauvres d’autre part, est parfaitement montrée dans le film du député Insoumis François Ruffin J’veux du soleil. On y voit un contraste saisissant entre la réalité de gens simples exprimant avec le cœur ce qu’est leur vie, travailler et avoir un réfrigérateur vide dès le 20 du mois, à 40 ans demander de la nourriture aux parents, avoir du retard dans le paiement de la cantine des enfants, du loyer… et le discours froid des politiques qui parlent en des termes convenus de défense de l’ordre public, de démocratie, de fermeté.
Le mouvement des gilets jaunes est pacifique, mais il est gâché par des extrémistes violents – les black blocs (des groupes violents habillés de noir) qui se battent avec la police, brûlent des voitures, et pillent les magasins.
On compte de nombreux blessés graves parmi les manifestants, 5 000 personnes ont été placées en garde à vue, et 721 signalements (plaintes contre la police) ont été déposés. Un collectif s’est constitué pour demander l’abandon des armes LBD (lanceur de balles de défense). Le Conseil de l’Europe comme l’Onu se sont exprimés dans ce contexte contre l’usage excessif de la force et le recours à ces armes.
Maintenant au sixième mois de manifestations, et malgré les interventions parfois brutales de la police, le mouvement continue, montrant sa résilience.
Désobéissance civile à la Défense
Pendant ce mois d’avril 2019 fertiles en événements, le blocage partiel du site de la Défense le vendredi 19 avril mérite d’être cité. L’opération s’inscrivait dans le cadre d’une semaine de mobilisation mondiale pour le climat. Organisé par Greenpeace, les Amis de la Terre et ANV-COP21 (Action Non Violente), ce blocage a réuni plus de 2 000 personnes qui dénonçaient l’alliance toxique entre le gouvernement français et les industriels gros pollueurs.
Ils bloquèrent l’entrée de Total (géant français du pétrole), EDF (producteur d’électricité à 75 % nucléaire, dont les investissements massifs dans le nucléaire bloquent les investissements dans les énergies renouvelables), Société Générale (banque qui investit dans des activités polluantes), et le ministère de l’Environnement.
Tout était parfaitement organisé – certains groupes bloquaient les entrées, d’autres décoraient les bâtiments avec des pancartes : « République des pollueurs » ou « Scène de crime climatique ». Le chanteur HK était là avec la chanson des Saltimbanks On lâche rien.
Lorsque les policiers arrivèrent, les militants les entourèrent en scandant : « Police doucement, on fait ça pour vos enfants. » Lorsque les policiers évacuèrent les militants, ceux-ci se laissaient traîner sans réagir, tel des poids morts.
Les ONG considèrent cet événement comme une des plus importantes actions de désobéissance civile menée en France.
1. Voir Alice A. Bailey De Bethléem au calvaire [22@62]
France
Sources : Mediapart, Common Dreams
Thématiques : peuples et traditions
Rubrique : Divers ()
