Pour un New Deal vert : soyons visionnaires.

Partage international no 365février 2019

par Norah Vawter

En octobre 2018, les Nations unies ont publié un rapport alertant, prédisant une crise climatique majeure dès 2040.

Fin novembre, l’administration du président Trump a tenté d’enterrer la publication de son propre rapport révélant les terribles effets du changement climatique déjà en cours aux Etats-Unis, et incluant de sombres prédictions pour l’avenir.

Rien qu’en décembre, nous avons appris que les émissions mondiales de carbone de 2018 avaient atteint un niveau record ; la Nasa a détecté de nouvelles fontes de glaciers en Antarctique ; des feux de forêt ont éclaté ; des récifs coralliens ont blanchi et des écosystèmes ont été bouleversés en Alaska avec la fonte des glaces arctiques.

Pendant ce temps, l’administration Trump a envoyé un conseiller au sommet sur le climat de l’Onu pour promouvoir le charbon et mettre en garde contre « l’alarmisme » climatique.

Mais tel est le problème du changement climatique : vous pouvez soit l’ignorer, soit vous sentir déprimé par les scénarios apocalyptiques, soit croire que, quels que soient les dégâts occasionnés par notre espèce, nous sommes malgré tout suffisamment intelligents et créatifs pour y remédier.

Si les alternatives sont l’ignorance et le désespoir, je choisirais l’espoir. A chaque fois. Alors, sur quoi focaliser notre espoir ? Que faire contre le changement climatique ?

Je suis enthousiasmée par le Green New Deal1, une idée lancée depuis 2007 mais qui a été popularisée cet automne par Alexandria Ocasio-Cortez2 et le mouvement Sunrise, dirigé par des jeunes. Trente sept membres du Congrès y ont déjà adhéré, ainsi que des dizaines d’organisations militantes. Il ne s’agit pas uniquement d’un plan visant à modifier les politiques environnementales, mais également d’un vaste programme d’emplois, en référence au New Deal du président Roosevelt. L’idée de base est de parvenir à 100 % d’énergie renouvelable d’ici 2035, en engageant les Américains à travailler à la construction d’une nouvelle infrastructure énergétique.

Il fusionne les préoccupations immédiates des Américains qui travaillent – l’emploi et l’économie – avec les préoccupations à long terme du changement climatique. Ainsi, n’avons-nous pas à choisir entre la durabilité économique et la durabilité environnementale.

 « Cela va être la Grande Société3, le coup de canon, le mouvement des droits civiques de notre génération. Telle est l’ampleur de l’ambition que ce mouvement va requérir », a déclaré A. Ocasio-Cortez lors d’une allocution publique avec Bernie Sanders.
Le plan ambitieux porte sur la construction d’un réseau électrique « intelligent » et de bâtiments éco-énergétiques, sur l’agriculture, l’industrie, les transports et les infrastructures durables, ainsi que sur l’exportation de technologies vertes pour faire des Etats-Unis « le leader international incontesté dans l’aide apportée aux autres pays dans leur transition vers des économies totalement neutres en carbone ». Pensez à l’ampleur de ce programme, puis à tous les emplois qui seraient créés. Ce serait énorme pour l’Amérique rurale en particulier.

Le New Deal vert sera-t-il cher ? Probablement. Mais il ne pèsera pas pour autant sur notre économie. Une étude récente de la Commission mondiale sur l’économie et le climat a révélé que nous économiserions 26 000 milliards de dollars, dans le monde, si nous passions au développement durable. Une autre étude récente montre que les énergies éolienne et solaire sont les sources d’électricité les moins chères dans le monde.

L’année dernière, Dale Ross, maire républicain de Georgetown (Texas), a fait passer sa ville à l’énergie renouvelable à 100 % en raison des économies induites à long terme. D’autre part, lors du sommet des Nations unies sur le climat en Pologne, certains des investisseurs parmi les plus puissants du monde ont mis en garde contre un krach financier majeur si nous ne résolvions pas la crise climatique.

Le New Deal vert est-il trop ambitieux ? Non, nous avons besoin d’ambition. La crise climatique imminente est le plus gros problème auquel la race humaine ait jamais été confrontée, et nous ne pouvons pas penser petit.

Soyons donc visionnaires. Rêvons grand. Battons-nous pour nos enfants, et investissons dans leur avenir.

1. Nouvelle donne verte.
2. Elue démocrate de New York à la Chambre des représentants des Etats-Unis.
3. Programme de politique intérieure du président Johnson.

Auteur : Norah Vawter, rédactrice indépendante. Elle vit dans le nord de la Virginie (Etats-Unis).
Sources : Common Dreams sous licence Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0
Thématiques : environnement
Rubrique : Divers ()