Cameroun : les filles passent au vert

Partage international no 365février 2019

par Michael Tayles

Monique Ntumngia se souvient de son enfance au Cameroun, à quel point il était difficile d’accéder à l’eau potable et à l’électricité – sans toilettes modernes, avec seulement des bougies et une lanterne en guise d’éclairage.
Aujourd’hui encore, les pannes d’électricité restent un problème courant au Cameroun. Elles durent plusieurs jours, affectent l’économie et mettent souvent la nation à l’arrêt. Dans un pays où seulement 30 % de la population est raccordée au réseau électrique, il est clair que le potentiel de développement du secteur des énergies vertes est énorme.
Donc, quand Monique a grandi, elle a tenu la promesse qu’elle s’était faite à elle-même et aux autres filles camerounaises : aucune fillette n’aurait à subir les privations qu’elle avait vécues en grandissant. Elle a fondé Green Girls (les filles vertes) (GGO), une ONG panafricaine qui forme des femmes et des filles à amener les énergies renouvelables – issues du soleil et des déchets – aux communautés africaines. Ce faisant, Green Girls espère s’attaquer à deux problèmes majeurs au Cameroun : le manque d’électricité fiable et le manque de femmes à la tête du secteur de l’énergie verte.
Monique Ntumngia défend les droits humains et s’oppose aux violations des droits des femmes et des filles. Elle se passionne pour l’entrepreneuriat et la promotion du développement durable en Afrique grâce à l’utilisation des énergies renouvelables. Elle a été responsable du programme sur le genre et les droits de l’homme pour une ONG nigériane ; elle est présidente de Green Girls et PDG fondatrice de Monafrik Energy. Elle est titulaire d’un baccalauréat en droit de l’Université de Buéa au Cameroun et parle couramment l’anglais et le français. Michael Tayles l’a interviewée pour
Partage international.

Partage international : Vous utilisez des déchets comme source d’énergie ?
Monique Ntumngia : Oui. Pour générer du biogaz, nous utilisons les déchets et pour générer de l’énergie solaire, nous utilisons des panneaux solaires. Les déchets utilisés pour produire du biogaz proviennent des déchets humains (des fosses dans les villages), des déjections animales (des poulets, des bovins et des porcs) et des déchets de cuisine.
Le gaz est obtenu par le processus de fermentation « anaérobie » qui se produit lorsque ces déchets sont déversés dans un méthaniseur, qui est une sorte de fosse construite avec des tuyaux à travers lesquels le biogaz est acheminé. En fonction du type de déchets et de la taille du biodigesteur, le méthane est produit au bout de trois semaines minimum.
Il s’agit de biogaz local, propre et écologique, utilisé pour la cuisson et le chauffage des cabanes.

PI. D’où vous est venue l’inspiration de créer Green Girls ?
MN. « Mais Madame, nous n’avons pas de lumière… comment allons-nous utiliser ce matériel scolaire et étudier la nuit ? » C’est la question qui m’a lancée dans mon voyage vers les énergies renouvelables. C’était en septembre 2014 et j’étais agent de programme chargé de la problématique hommes-femmes et des droits humains. Avec mon équipe, j’étais dans l’Etat de Kano, au nord du Nigeria. Nous avions reçu des fonds et partagions du matériel pédagogique avec des filles musulmanes dans le cadre d’un projet visant à promouvoir l’éducation dans les Etats du nord du Nigeria.
Lorsque j’ai été confrontée à cette question, j’ai réalisé que le véritable problème n’avait pas été résolu. Sans électricité, ces filles ne pouvaient pas étudier la nuit. J’ai donc élaboré un énoncé de mission : promouvoir le développement durable en Afrique grâce à l’utilisation des énergies renouvelables. L’idée était simple : obtenir plus de fonds pour acheter des lampes de lecture solaires de qualité, à distribuer aux communautés africaines, pour la fille moyenne qui n’avait pas accès à l’électricité.
En trois mois, nous avons pu collecter 50 000 dollars. Cela nous a permis d’acheter plus de 3 500 lampes de lecture solaires de qualité que nous partagions dans les communautés nigérianes.
Après cela, en 2015, j’ai fondé l’Organisation des filles vertes au Cameroun (GGO), qui vise à promouvoir le développement durable dans les communautés africaines, mais également à former des femmes et des filles dans le processus. Ainsi, aujourd’hui, le GGO forme des femmes et des filles dans les communautés africaines sur la façon de générer de l’énergie à partir du soleil et des déchets en utilisant un modèle de notation unique. Nous sommes une équipe de dix personnes à temps plein et un bon nombre de bénévoles travaillent sur le terrain.

PI. En quoi consiste la formation des filles vertes ?
MN. Nous enseignons les aspects pratiques du biogaz, du solaire, et enseignons aux filles les objectifs de développement durable des Nations unies. Les filles sont également formées à l’élimination et à la gestion des déchets.

PI. Le GGO souhaite œuvrer pour l’égalité des genres au Cameroun.
MN. Le GGO a pour mission de combler le fossé entre les sexes dans les domaines des Stim (science, technologie, ingénierie et mathématiques), en particulier dans le domaine de l’énergie verte. Il y a du chemin à parcourir avant que les jeunes femmes deviennent ambassadrices du climat au Cameroun, car il s’agit d’un secteur à prédominance masculine.

PI. Quel a été votre impact jusqu’à présent ?
MN. Nous avons formé 672 filles et 100 femmes de 23 communautés au Cameroun. Nous avons fourni des installations de biogaz à plus de 3 000 ménages et réalisé plus de 100 installations solaires fournissant exclusivement de l’électricité aux maisons rurales. La formation GGO est également reproductible dans d’autres pays et, dans le cadre de notre mission de promotion du développement durable, nous sommes très ouvertes et disposées à travailler dans d’autres communautés africaines. Nos objectifs à long terme sont simplement de continuer à faire ce que nous faisons et d’avoir un impact sur plus de communautés. Nous espérons également disposer de davantage de fonds afin d’aider la cause de l’égalité des sexes. Le slogan de la GGO est : « Les filles passent au vert » (Great Girls Go Green : 4G). Nous sommes fermement convaincues qu’avec un financement suffisant, les femmes et les filles, qui sont les premières victimes de la crise énergétique à laquelle l’Afrique est confrontée, peuvent être formées et leurs communautés développées dans le respect de l’environnement.

Cameroun Auteur : Michael Tayles, collaborateur de Share International basé à Edmonton (Canada).
Thématiques : environnement, femmes
Rubrique : Divers ()