Un appel au monde !

Partage international no 365février 2019

Depuis octobre 20181, tous ceux qui travaillent à prévenir les changements climatiques catastrophiques ont intensifié leurs efforts pour inciter l’humanité à agir afin de sauver notre planète.
Christiana Figueres2 a prononcé un discours remarqué au Parlement des religions du monde à Toronto, la première semaine de novembre 2018. Elle y a encouragé l’adoption d’une vision commune sans frontières par ceux qui veulent protéger notre planète dans cette conjoncture urgente. Son discours a commencé sur le mode émotionnel, les larmes aux yeux, alors qu’elle mentionnait le récent rapport du Giec et ses conclusions désastreuses. Mais sa voix a gagné en force lorsqu’elle a partagé ses convictions, nous exhortant tous
« …à faire preuve d’amour et à attendre résolument de chacun, qu’il fasse ce qui est juste, qu’il fasse les bons choix et prenne les bonnes décisions ». Au moment même où elle terminait de parler, un énorme « bang » se fit entendre à travers le système de sonorisation, alors que l’ampoule du projecteur du grand écran explosait. La conclusion de son puissant discours se voyait renforcée par le bruit assourdissant et son timing.

Christiana Figueres : discours à la plénière du Parlement des religions du monde 2018

« C’est fantastique d’être ici tous ensemble. Vous avez déjà entendu parler ce matin du nouveau rapport du Giec, dont la conclusion a surpris certains, mais qui n’est qu’une confirmation pour ceux d’entre nous qui écoutons la Terre Mère. Et cette confirmation est très simple : nous manquons de temps pour faire ce qu’il faut. Nous manquons de temps pour faire ce qui est non seulement moralement responsable, mais peut-être plus important encore, la seule chose moralement acceptable à faire pour notre génération, c’est-à-dire veiller à ce que les générations à venir disposent des moyens de subsistance et du bien-être dont nous avons pu jouir.

Maintenant que nous sommes confrontés au défi de suivre la voie d’une augmentation du réchauffement climatique de seulement 1,5 degré – c’est un défi majeur – et alors que nous poursuivons cela, je dirais que parce que nous sommes tous des êtres humains, nous succombons tous à au moins trois tentations. Et aujourd’hui, je voulais vous exposer ces tentations pour que nous soyons attentifs à ne PAS y succomber.

La première tentation : il est très tentant de regarder le passé, avec nos yeux d’aujourd’hui, et de pointer du doigt, en particulier ceux dont nous jugeons qu’ils n’agissent pas avec responsabilité. Mes chers frères et sœurs, c’est en fait en exclure certains de notre espace d’amour. Devant cette tentation, nous sommes appelés à élargir le champ de notre amour. En effet, il faut absolument faire preuve d’une solidarité indéfectible envers les plus vulnérables, mais aussi, et c’est peut-être plus difficile, garder l’attente bienveillante que chacun fera ce qu’il doit, fera les bons choix, prendra les bonnes décisions. Pas facile, mais fondamental pour nous.

La deuxième tentation à laquelle la plupart vont succomber est de prendre la mauvaise habitude de croire qu’il y aurait une contradiction entre ce que nous voulons et ce dont la planète a besoin : entre ce que nous voulons, en tant qu’habitants sur la Terre Mère, et ce dont elle a besoin. Je dirais que si nous savons vraiment que ce que nous voulons, la planète en a aussi besoin. Nous voulons vivre en harmonie avec la nature… Ce dont la planète a besoin, c’est d’une meilleure protection de tous les habitats naturels : c’est la même chose. Ce que nous voulons, c’est plus de sécurité alimentaire, moins d’insécurité hydrique, et ce dont la planète a besoin, c’est de la restauration des terres dégradées : c’est la même chose. Ce que nous voulons, dans ces villes… c’est moins de pollution, un air plus pur… Et ce dont la planète a besoin, c’est moins de charbon et moins de combustibles fossiles : c’est la même chose. Ce que nous voulons, c’est de l’électricité pour tous ; 1,3 milliard de personnes n’ont toujours pas l’électricité. Ce dont la planète a besoin, c’est d’une énergie renouvelable qui peut fournir cette énergie à chaque être humain sur cette Terre.

Ainsi, mes amis, alors que nous considérons les vraies aspirations de l’humanité, nous réalisons que ce que nous voulons, c’est ce dont la planète a besoin.

Et la troisième tentation dont je voudrais juste nous mettre en garde, c’est celle de se sentir frustré, de se mettre en colère, d’abandonner, de dire : on n’y arrive pas. C’est trop difficile, trop complexe, trop coûteux et en plus, c’est trop tard. Non ! Je suis désolée : devant cette tentation, nous sommes appelés à affermir notre conviction, à visualiser ce que nous voulons réaliser. Comment voulons-nous changer le monde ? Quel monde voulons-nous vraiment léguer aux générations futures ? Et puis, quels que soient les obstacles, quels que soient les défis qui vont surgir parce que c’est inévitable  quels que soient les obstacles, les défis, faisons preuve d’une fermeté résolue parce que nous savons que nous sommes du bon côté de l’Histoire, que nous faisons ce qui est juste pour les générations futures.

Alors, mes chers frères et sœurs, travaillons ensemble, dans ce que j’appellerais une « collaboration radicale » mutuelle et sans frontières, entre pays, entre peuples, entre secteurs, entre économies – pas de frontières, une collaboration totale.

En bandant l’arc de l’amour, l’arc de la cohérence et l’arc de la conviction, assurons-nous ensemble de guérir la Terre et, ce faisant, de nous guérir nous-mêmes et les uns les autres. »

Pour plus d’informations : www.mission2020.global

1. Date à laquelle le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat  (Giec) de l’Onu a publié un rapport historique appelant à une action immédiate et à grande échelle pour limiter le réchauffement climatique à 1,5°C.
2. Leader internationalement reconnue en matière de changement climatique et ancienne secrétaire exécutive de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, responsable de l’Accord de Paris sur le climat de 2015.


Thématiques : environnement
Rubrique : Point de vue ()