Travailler en tant que mini-hiérarchie (3e partie)

L’évolution des groupes dans l’ère du Verseau

Partage international no 363novembre 2018

par Michiko Ishikawa

Cet article est la suite de l’entretien informel entre Benjamin Creme et des co-workers de Share International qui eut lieu à San Francisco en 1996, et dont les deux premières parties ont été publiées dans nos numéros de septembre et d’octobre 2018 sous le titre : Travailler en tant que mini-hiérarchie.

Echange avec Benjamin Creme 1996 (suite)

Travailler correctement dans un groupe ésotérique

Q. Vous avez dit que notre groupe est une Hiérarchie en miniature, mais nous n’en sommes pas conscients, et par conséquent nous ne travaillons pas efficacement en tant que groupe. Cela vient-il de la manière dont nous travaillons ? Nous accomplissons toujours les tâches de la même manière, et les mêmes personnes accomplissent toujours les mêmes tâches. Nous nous laissons endormir par la routine. Y a-t-il une autre façon de travailler qui favoriserait davantage notre progrès spirituel ?
BC. Je sais par expérience que dans les groupes, ce sont toujours les mêmes personnes qui font tout le travail, ou presque – quel que soit le travail. Plus les gens sont occupés dans la vie, plus ils assument de tâches. Si vous voulez être sûr qu’un travail soit fait, confiez-le à la personne la plus occupée. Certaines personnes ne font rien du tout. Leur relation à ce travail est entièrement de l’ordre du mirage. Elles sont dans le groupe mais n’en font pas parties : elles ne font rien pour le groupe et ne participent même pas aux méditations de transmission. Par conséquent, elles ne reçoivent pas les énergies, et sont de facto en dehors du groupe. Elles sont là à cause de leur relation avec moi – une relation qui relève du mirage. Ces personnes se rencontrent dans de nombreux groupes, peut-être dans tous. Et plus vite elles se reconnaîtront, plus vite elles feront quelques progrès dans leur évolution, et contribueront à la Réapparition.

Q. En ce qui concerne les personnes dont l’activité est incessante, vous avez dit que cette suractivité ne contribue pas nécessairement à leur évolution, à leur progrès spirituel. Pouvez-vous éclaircir ce point ?
BC. Chacun doit résoudre ce problème pour lui-même. Il ne s’agit pas d’être hyperactif, il s’agit d’une activité correcte. Un groupe fonctionne en relation avec le travail, et à travers les relations que ses membres entretiennent les uns avec les autres. Ils doivent agir avec bon sens, faire ce qu’ils peuvent, ce qui est dans la ligne de moindre résistance de leur groupe, tout en relevant les défis auxquels il peut être confronté. Mais lorsque vous sentez qu’une ligne d’action peut être suivie par le groupe, il faut accomplir le travail correspondant. Ces lignes d’action sont différentes d’un pays à l’autre.
Cependant, on trouve dans tous les groupes des gens dont le contact avec le groupe est d’ordre émotionnel au lieu d’être fonctionnel. C’est un autre problème : ces gens font peut-être partie du groupe ; ils ont peut-être été actifs à un certain moment. Mais ils ne sont plus unis à l’idée de la réapparition du Christ. Ils y croient vaguement, mais elle ne les galvanise pas, elle ne motive pas leur action comme c’était peut-être le cas au début, parce qu’il s’agissait alors d’une réaction purement émotionnelle qu’il leur a été impossible d’entretenir. Une telle personne perd alors ces liens cohésifs avec le groupe, ne participe plus régulièrement aux réunions, ni aux méditations de transmission. Cela se produit partout dans le monde. C’est le mirage d’être associé à ce travail et chaque personne concernée doit le reconnaître comme tel. Dès qu’elles verront Maitreya, elles reviendront.
Tout vient de ce que ces personnes ne sont plus galvanisées par l’idée magnétique du retour du Christ dans le monde. Elles ont perdu le contact avec cette idée galvanisante, magnétique, qui maintient la cohésion du groupe à travers le monde – dans de nombreux pays il y a des groupes qui sont galvanisés par cette idée. Elle est magnétique. C’est une force qui les rassemble et rend possible l’initiation de groupe.

Qu’est ce qui nous freine dans l’évolution ?

Q. Ce qui me trouble, c’est qu’il y a actuellement dans le groupe des gens qui travaillent intelligemment et très activement, et j’entends dire que cela n’est bon ni pour eux-mêmes, ni pour le groupe.
BC. Bon, n’en faites pas une affaire personnelle ! Ne vous inquiétez pas de cela.

Q. Je pensais que le service altruiste et la méditation étaient de bonnes bases pour nous maintenir dans la bonne direction.
BC. C’est tout à fait le cas.

Q. Pourtant, vous avez évoqué le cas d’une personne qui remplissait ces deux conditions et n’évoluait pas pour autant. Comment comprendre cela ?
BC. Tout dépend de ce qui pousse les gens à agir. Certaines personnes travaillent dans un groupe, sont très actives – ou croient l’être –, s’efforcent d’être actives, ou font semblant de l’être, et pourtant elles n’évoluent pas. Elles croient en la Réapparition, travaillent – à leur manière – avec le groupe. Elles viennent à la méditation de transmission, ruminent pendant deux ou trois heures, puis rentrent chez elles. Elles ne font rien car tout ceci n’est que mirage. Elles agissent parce qu’elles se croient le centre de l’univers. Contrairement à ce qu’elles croient, elles ne travaillent pas pour le travail lui-même, ni pour servir le monde. Elles sont incapables d’être altruistes. Elles sont égotistes, travaillent pour elles-mêmes (c’est d’ailleurs le cas de beaucoup de gens), au lieu de travailler sans préoccupations personnelles, de façon totalement altruiste, ce qui est une qualité de l’âme.
Les personnes qui ne s’impliquent pas réellement répondent à une impulsion de leur âme, mais ne répondent pas en tant qu’âmes. Elles répondent entièrement à partir de leur personnalité. Tout ce qu’elles font est conditionné par la notion que ce sont elles qui y contribuent. Elles font ceci. Elles vivent cela. Leur sens du « moi » est au centre de tout ce qu’elles font, et cela empêche toute évolution. C’est en fait le principal obstacle à notre évolution. De telles personnes ne perdent jamais le sentiment de leur égo séparé. Donc, elles n’évoluent pas malgré leur travail et leurs multiples activités. Si l’on ne perd pas ce « moi », on n’évolue pas. C’est aussi simple que cela.

Q. Vous faites ce travail parce que vous savez qu’il doit être fait et que vous voulez participer, mais votre vrai but est ce que vous désirez, c’est cela ? Je m’interroge sur la notion du mobile. On ne fait pas toujours ce travail parce qu’on est poussé par cette grande idée du service, mais seulement pour éviter que la tâche de certains co-workers ne soit trop lourde.
BC. C’est subtil. Il faut considérer chaque cas individuellement. Je ne peux pas vous donner la formule qui dit : « Ça c’est du service, ça non ». Enfin, je vais quand même essayer. Chacun sait en lui-même si ce qu’il fait est impersonnel ou pas. Dans quelle mesure êtes-vous impliqué en tant que personnalité séparée dans ce que vous faites ? Dans quelle mesure faites-vous quelque chose pour vous sentir plus important, plus magistral, plus efficace, plus respecté ? Pour que les gens parlent de vous en ces termes : « Il avait bien raison ! Il n’a cessé de dire que le Christ était dans le monde. »
Ces attitudes utilisent l’idée de la Réapparition et la reflète à travers le soi personnel, et pour le bénéfice de ce dernier. C’est là que la personnalité anéantit l’intention, la motivation première du service. Le vrai service digne est totalement altruiste. S’il sert la personnalité, ce n’est pas du service, et il ne favorise pas l’évolution spirituelle.

Service et discipline

Q. Par exemple, lorsque nous allons à la méditation de transmission, notre motivation n’est pas nécessairement de servir. Nous le faisons parfois parce que nous nous sommes imposé l’obligation de le faire. Cela rend-il la méditation moins efficace ?
BC. Vous ne le faites pas réellement pour servir le monde. Le service doit être volontairement impersonnel.

Q. Doit-on toujours avoir à l’esprit que nous faisons la méditation de transmission pour servir ?
BC. C’est pourtant bien ce qui vous y conduit. C’est ce qui rend possible, acceptable, supportable, cette ennuyante méditation, heure après heure, alors qu’apparemment rien ne se passe, si ce n’est que vous vous sentez de plus en plus mal à l’aise sur votre chaise. C’est seulement le service qui vous permet de faire cela. Si c’est uniquement pour vous-mêmes, vous faites comme certains : vous partez au bout d’une heure, allez discuter, fumez une cigarette…
Etre disciple, c’est savoir se discipliner. Tel est le sens du mot disciple. Vous devez vous discipliner jusqu’à ne plus vous poser de question, cela devient instinctif. Vous êtes dans un groupe de méditation de transmission, donc vous restez assis jusqu’à ce que les énergies s’arrêtent – au bout d’une heure, deux heures, six heures, sept heures, selon le cas. C’est cela, la discipline. Vous répondez alors simplement en tant qu’âme, et non en tant qu’individu qui aime ou n’aime pas. Vous n’éprouvez aucune préférence ou aversion au sujet de la qualité des énergies ou de la longueur des méditations. Vous devez seulement être capables de vous adapter à tout ce qui est pourvu.
C’est une sorte d’adaptabilité humble et désintéressée à ce qui vous est apporté sur un plateau. Je ne vais pas demander à Maitreya : « Combien d’heures cette méditation va-t-elle encore durer ? Ne pourriez-vous pas en finir au plus vite ? » J’éprouve moi-même parfois ce genre d’impatience. Mais il faut l’accepter. Un disciple ne s’appartient plus, il appartient au monde. Tel est le service : prendre conscience que l’on ne s’appartient pas. Un disciple répond aux besoins du monde, aux besoins de la Hiérarchie en tant qu’agence de transformation du monde, et au don de service qu’elle fournit. Car il s’agit bien d’un don. C’est ainsi que vous devez considérer le service, instinctivement, et non en le ruminant sans jamais oublier votre égo. N’en doutez jamais, de sorte que ça ne vous semble même pas du service. C’est juste ce que vous faites ; c’est juste la routine de la vie du disciple.

Q. Comment travailler correctement en groupe, à la place que nous devons occuper, sans engendrer des sentiments négatifs de compétition chez les autres membres du groupe ?
BC. La Hiérarchie existe à travers le cosmos entier, et, naturellement, dans chaque groupe. Cela ne signifie pas que les différences d’évolution entre les membres soient considérables, mais elles existent et doivent être reconnues au lieu de se dire : « Il ou elle s’en prend toujours à moi, ils ne m’aiment pas, ils essayent de me rabaisser. » Il ne s’agit là que d’une réaction émotionnelle de la personnalité induite par le mirage, et qui ne fait de bien à personne. Au contraire, il faut reconnaître qu’il doit bien y avoir une raison pour laquelle « chaque fois que je parle, un tel n’a pas l’air d’accord. » Demandez-vous pourquoi d’autres écoutent cette personne. « Je crois qu’il ou elle a tort. Mais d’autres ont l’air de l’approuver. Il y a peut-être une raison à cela. »
Faites marcher votre intuition, devenez sensible à la dynamique du groupe, et rendez-vous compte que certains sont davantage polarisés mentalement, tandis que d’autres le sont davantage astralement. Il faut commencer par-là : vous acceptez votre place. Vous l’acceptez sans ressentiment, sans réaction émotionnelle : « Je ne vois pas pourquoi ils seraient plus importants que moi. Pourquoi faudrait-il toujours que j’écoute ce que dit un tel ? » C’est une question de degrés. Ces degrés sont une réalité. Il ne vous vient pas à l’esprit de dire : « Je ne sais pas pourquoi je ne suis pas un Maître. » Vous écoutez parce que ce qu’un tel dit vous paraît toujours sensé. Vous reconnaissez que cela provient d’un niveau que vous ne pouvez atteindre ordinairement. C’est ainsi que vous devez vous comporter.
Nous sommes conditionnés par notre niveau d’évolution, par notre polarisation, mais dans ces limites, nous devrions nous efforcer d’être le plus objectif possible sans laisser la personnalité intervenir. Le petit soi n’a pas d’importance dans un groupe ésotérique, et pourtant chaque membre y attache beaucoup d’importance. Dans tous les groupes, les personnes les plus efficaces sont celles qui ne pensent jamais à elles-mêmes, qui se contentent de s’acquitter du travail, de le faire objectivement, de façon impersonnelle, juste parce qu’il faut le faire. Elles ne se demandent même pas qui le fait, ni pourquoi elles le font. Elles le font parce que c’est cela le travail. Telle est l’attitude que l’on devrait développer graduellement, ou le plus vite possible, à l’égard du travail.

Réagir aux critiques

Q. J’ai du mal à gérer les critiques au sein du groupe. Comment puis-je les accepter ?
BC. Dans les groupes, les critiques sont destructives. Certaines personnes sont très critiques, d’autres croient que tout le monde l’est. Ces dernières se critiquent tellement elles-mêmes et sont si susceptibles au niveau de leur personnalité qu’elles imaginent que tout le monde passe son temps à les critiquer. Tout ceci n’est que névrose, qu’il faudrait abandonner le plus vite possible. Laissez tomber tous les mirages, car mirages et névroses sont synonymes. Les ésotéristes appellent mirage ce que les psychologues nomment névrose. Plus vite vous vous en libérerez, plus vite vous vous considèrerez davantage de façon impersonnelle, mieux cela vaudra. Quelle importance si l’on vous critique ? Oubliez cela ! Ils n’en savent pas plus que vous. Quand bien même, laissez passer. Ne réagissez pas, ne vous identifiez pas avec le résultat de cette critique, car elle ne vous est probablement pas adressée. Elle s’adresse probablement à une attitude dans le groupe qui n’a rien à voir avec vous, sauf si vous vous identifiez à elle.
Lorsque vous vous identifiez à une critique, vous la reconnaissez en vous-même. C’est en fait de l’autocritique, mais cela peut vous apprendre beaucoup sur vous. Vous pouvez découvrir en vous des mirages que vous n’aviez jamais identifiés comme tels. Ainsi vous reconnaissez que les critiques ne font qu’appuyer sur des fautes, des défauts ou des faiblesses que vous reconnaissez en vous-même, et que vous-même critiquez. C’est quelque chose que tout le monde pourrait faire. Personne n’aime être critiqué, mais lorsque vous réagissez à une critique, c’est seulement parce que vous vous l’êtes déjà adressée. Bien sûr, si vous savez que la critique est totalement injustifiée, il vous suffit de vous dire : « C’est faux. Je ne suis pas comme cela. » Mais lorsque vous savez qu’elle est juste, c’est que vous aviez déjà reconnu en vous ce défaut ou cette faiblesse, et que vous vous critiquez depuis des années à cause de cela. Si vous réagissez aux critiques, c’est parce qu’elles sont justes, et non le contraire. C’est important de reconnaître cela.

Les deux derniers articles de cette série traiteront de la quatrième exigence : Cultiver la puissance du silence occulte. Ils seront écrits par Carmen Font.

Auteur : Michiko Ishikawa, collaboratrice de Share International demeurant à Berkeley (Etats-Unis).
Thématiques : spiritualité, émergence
Rubrique : Dossier ()