Conférence post-croissance
Partage international no 363 – novembre 2018
Les politiques nationales et européennes ne devraient plus viser la croissance économique mais l’amélioration de la qualité de vie, la réduction des inégalités et la restauration de l’environnement. C’est ce que demande une lettre ouverte publiée dans les principaux journaux européens avant la conférence historique (Bruxelles, 18-19 septembre) organisée par des membres du Parlement européen, des syndicats et des ONG, afin d’explorer les possibilités d’une « économie post-croissance ».
« Au cours des sept dernières décennies, la croissance du PIB a été le principal objectif économique des pays européens. Mais alors que nos économies se développaient, notre impact négatif sur l’environnement augmentait aussi. Les activités humaines dépassent maintenant les capacités de la planète et rien n’indique que l’activité économique soit découplée de l’utilisation des ressources ou de la pollution à une échelle comparable à celle requise. Aujourd’hui, la résolution des problèmes sociaux au sein des nations européennes ne nécessite pas plus de croissance mais une répartition plus équitable des revenus et de la richesse que nous avons déjà. »
La lettre poursuit : « La croissance devient également difficile à atteindre en raison de gains de productivité en baisse, de la saturation du marché et de la dégradation de l’environnement. Si les tendances actuelles se maintiennent, l’Europe ne verra peut-être aucune croissance en une décennie. A l’heure actuelle, la solution consiste à stimuler la croissance en créant davantage de dette, en supprimant les réglementations environnementales, en allongeant la durée du travail et en réduisant les protections sociales. Cette poursuite agressive de la croissance à tout prix divise la société, crée une instabilité économique et sape la démocratie. »
En dépit de ces inconvénients majeurs, malgré « la contradiction fondamentale entre croissance et durabilité », les auteurs font remarquer que la poursuite de la croissance économique, toujours incluse dans la liste « des nouveaux objectifs de développement durable des Nations unies, reste un objectif politique pour tous les pays.
La bonne nouvelle est qu’un mouvement post-croissance est en train de naître au sein de la société civile et du monde universitaire. […] Une nouvelle initiative mondiale, la Wellbeing Economies Alliance (ou WE-All), connecte ces mouvements, tandis qu’un réseau de recherche européen développe de nouveaux « modèles macroéconomiques écologiques ». De tels travaux suggèrent qu’il est possible d’améliorer la qualité de vie, de restaurer le monde vivant, de réduire les inégalités et de créer des emplois porteurs de sens, le tout sans besoin de croissance économique, pourvu que nous adoptions des mesures pour surmonter notre dépendance actuelle à la croissance. »
La lettre ouverte à l’UE et à ses Etats membres a été signée par 238 universitaires et publiée dans les journaux Die Zeit (Allemagne), Libération (France), De Morgen (Belgique) et The Guardian (Royaume-Uni).
Sources : www.postgrowth2018.eu ; platformdse.org ; liberation.fr
Thématiques : politique
Rubrique : Tendances (Dans le monde actuel s’affirme une tendance de plus en plus prononcée à la synthèse, au partage, à la coopération, à de nouvelles approches et avancées technologiques pour la sauvegarde de la planète et le bien-être de l’humanité. Cette rubrique présente des événements et courants de pensée révélateurs d’une telle évolution.)
