Travailler en tant que mini-hiérarchie (1re partie)

L’évolution des groupes dans l’ère du Verseau

Partage international no 361septembre 2018

par Michiko Ishikawa

Dans cette série d’articles nous examinons les conditions fondamentales qui gouvernent le travail des groupes ésotériques. Benjamin Creme (BC) et son Maître ont consacré plus de quarante ans à informer le public de l’extériorisation de l’ashram des Maîtres. Comme ce travail est en bonne voie, il semble utile de revisiter les conditions présidant au bon fonctionnement des groupes de disciples, dont la vocation est de refléter une réalité intérieure dans le monde extérieur. Les auteurs de ces articles n’ont aucune expertise particulière : en compagnie du lecteur, ils explorent et examinent un ensemble d’idées et de comportements.

La « Règle onze », donnée par le Maître Djwal Khul (DK) par l’entremise d’Alice Bailey, est la onzième d’une série de règles destinées aux disciples et aux aspirants. DK y présente les quatre conditions auxquelles les disciples appartenant au groupe d’un Maître doivent satisfaire pour parvenir à la fusion et à l’unité de groupe, préalablement à une initiation de groupe ultérieure. Ces conditions sont étudiées en détail par Benjamin Creme dans La mission de Maitreya, tome II (MM2).
Elles sont : a) l’établissement de relations non sentimentales ; b) l’utilisation constructive des forces de destruction ; c) la capacité à travailler en tant que hiérarchie miniature dans le respect du principe d’unité dans la diversité ; d) la culture de la puissance du silence occulte. (Les rayons et les initiations, [215])

La Hiérarchie spirituelle dévoile progressivement ses enseignements au monde à mesure que l’humanité s’avère capable de les comprendre et de les accepter. En Occident, La Doctrine secrète de H. P. Blavatsky (1888) fut la première publication à révéler l’existence des Maîtres et des enseignements de la Sagesse éternelle (et cette révélation marqua certains membres de l’intelligentsia de l’époque tels qu’Edison, Einstein, Yeats, TS Eliot, Joyce, Klee, Mondrian, Mahler…). L’étape suivante de la révélation des enseignements de la Hiérarchie spirituelle fut assurée par Alice Bailey de 1919 à 1949, et par Helena Roerich, avec les enseignements de l’Agni Yoga de 1924 à 1939.

Les quatorze règles de l’initiation de groupe furent transmises dans les années 1940 par le Maître Djwhal Khul (DK) par l’intermédiaire d’Alice Bailey, et ne furent publiées qu’en 1960. Dans la présente série d’articles, nous ne parlerons que de la Règle onze, le Maître Djwhal Khul ayant quelquefois affirmé que ces enseignements étaient en réalité destinés aux générations à venir. Ce que nous présentons ici, ce sont des réflexions au sujet de la nécessité pour un groupe travaillant avec un Maître de réaliser l’unité et la fusion de groupe.

Benjamin Creme (BC) a traité des conditions requises pour le fonctionnement correct des groupes au sein de son groupe d’étude, à Londres, en 1987, puis dans un exposé intitulé Vers l’initiation de groupe lors du séminaire de transmission de San Francisco de 1988. Toutefois, cet exposé et les questions-réponses qui suivirent n’ont pas été rendus publiques dans notre revue, mais seulement dans le tome II de la Mission de Maitreya, en 1993, suite à la suggestion du Maître de BC. Dans une introduction parue dans cet ouvrage, BC explique : « Cette transcription n’a pas été publiée à ce jour en raison du caractère « privé » de la plupart des informations contenues. Toutefois, lors de la préparation du présent volume, mon Maître a recommandé que ce texte soit rendu public afin de stimuler et encourager d’autres groupes à vocation authentiquement occulte. »

L’initiation de groupe est incroyablement difficile à mener à bien. Pendant des millénaires, les Maîtres ont envisagé la possibilité qu’un jour lointain, un groupe sur le plan extérieur parvienne par son travail en unité à opérer la fusion avec un ashram intérieur.

« [Toutefois, le problème avait toujours été] de réunir un vaste groupe mondial et de lui présenter un champ de service et des techniques de développement personnel qui assureront la fusion du groupe sur le plan extérieur avec l’ashram intérieur, établi autour du Maître1. »

Ce n’est qu’aujourd’hui, grâce au travail de l’émergence de Maitreya et de la méditation de transmission, qu’un groupe de disciples se trouvant plus ou moins au même niveau d’évolution commence à créer la tension spirituelle intérieure nécessaire, de par la concentration, la focalisation dont il fait preuve dans ses activités. Aux yeux des Maîtres, ceci est le signe que dans un proche avenir, « il sera peut-être possible que l’initiation de groupe devienne une réalité2 ». Les quatre conditions fondamentales exigées des groupes doivent être remplies par chacun de ses membres afin de créer l’unité dans les groupes extérieurs. « Ces conditions fondamentales sont nécessaires afin de réaliser la fusion extérieure qui rend possible la fusion intérieure3. »

La première condition, l’établissement de relations de groupe non sentimentales, et la seconde, l’utilisation constructive des forces de destruction, ont été examinées et traitées dans les quatre derniers numéros de notre revue. Dans le présent numéro et dans le suivant, nous traiterons de la troisième condition fondamentale, la capacité de travailler en tant que mini-hiérarchie et, en tant que groupe, de démontrer l’unité dans la diversité.

La diversité au sein du groupe

La capacité de travailler en tant que mini-hiérarchie implique que ce groupe ésotérique soit composé de personnes de divers niveaux d’évolution, et disposant de qualités et de capacités diverses : « Un groupe, dit le Maître DK, n’est pas composé de disciples qui seraient tous préparés à la même initiation. Cette affirmation est souvent difficile à accepter par les membres du groupe. Ce que j’ai dit plus haut, à savoir qu’un groupe est composé d’hommes et de femmes se trouvant tous au même point d’évolution, n’est qu’une généralisation et veut seulement dire que tous ont atteint le point où ils sont engagés et irrévocablement consacrés au travail de l’Ashram, sous les ordres de tel Maître particulier.

Le travail, néanmoins, exige une diversité de qualités et de pouvoirs afin d’être efficace dans la manifestation sur le plan extérieur. Sont nécessaires ceux qui sont en contact étroit avec le Maître, donc des initiés d’un certain grade ; sont également nécessaires ceux qui ont une facilité de relation avec l’Ashram intérieur, donc des disciples anciens, mais pas forcément de hauts initiés ; sont nécessaires aussi ceux qui ne sont pas aussi avancés sur le sentier du disciple, car ils ont, ou peuvent établir, des rapports étroits avec l’humanité ordinaire dans la vie de tous les jours. En conséquence, un tel groupe de disciples est une hiérarchie en miniature, et une hiérarchie existe avec ses divers degrés afin de permettre un vaste éventail de relations efficaces. Réfléchissez à cette affirmation.

Vous voyez maintenant pourquoi il est nécessaire d’éliminer les réactions de la personnalité, car c’est seulement ainsi que les groupes pourront fonctionner en tant qu’unités coordonnées, les divers membres du groupe reconnaissant réciproquement leur rang, sans toutefois en ressentir jalousie ou manque de considération. Le travail est alors exécuté sur la base de l’inspiration, de la coordination et de l’application pratique4. »

A son tour, Benjamin Creme insiste sur le fait que « plus la diversité est grande, plus le travail du groupe sera riche et efficace. De même, plus il y a de rayons dans un groupe, plus le travail qu’il accomplira sera riche et efficace – si ses membres travaillent correctement dans un véritable esprit de groupe. Si, par contre, ils ne travaillent pas correctement, les différences de rayons et de niveaux d’évolution généreront des problèmes5. »

Travailler en tant que mini-hiérarchie

Le groupe travaillant pour l’émergence à l’échelle mondiale fonctionne comme une mini-hiérarchie, Maitreya venant accomplir pour le groupe la fonction normalement remplie par un initié du quatrième degré, et Benjamin Creme servant en tant que disciple en contact étroit avec son Maître et transmettant l’inspiration et l’orientation de la Hiérarchie. Un vaste groupe de disciples « consacrés » et disséminés dans le monde entier a pris en charge le travail de préparer l’émergence de Maitreya et des Maîtres, tout en étant engagé dans le travail de la méditation de transmission. Ainsi se trouve réalisé « un lien entre les Maîtres, la Hiérarchie et les groupes dans le monde6. » Comme l’indique le Maître DK, tous les disciples engagés dans le travail n’ont pas nécessairement atteint exactement le même point d’évolution, bien qu’ils soient plus ou moins au même niveau. Benjamin Creme précise : « Le Maître DK veut dire qu’automatiquement, dans tout groupe (engagé dans le travail de l’émergence), il se trouve des gens ayant atteint un niveau différent. Peut-être le niveau de l’un d’entre eux se situe-t-il autour de 0,95, tandis que d’autres viennent de prendre la première initiation, de 1,0 à 1,2 par exemple. D’autres encore sont peut-être un peu plus avancés, de 1,3 à 1,5. Ensuite, il peut y avoir une ou deux personnes entre 1,5 et 1,7. Et puis, rarement, quelqu’un au-dessus de 1,77. »

A présent, une question se pose : les groupes locaux du réseau Partage international ont-ils la possibilité de travailler en tant que mini-hiérarchie dans leurs activités liées à la Réapparition, alors que leurs membres sont tous plus ou moins au même niveau, et que les différences entre eux sont minimes ?

En 1996, à San Francisco, lors de la session de travail des groupes d’étude, Benjamin Creme, répondant aux questions, expliqua et commenta en détail l’importance de travailler en tant que mini-hiérarchie – même au niveau des groupes locaux. Ce document n’a jamais été publié, car BC s’adressait à un groupe particulier. Nous avons maintenant décidé de présenter ces informations, à l’intention des groupes qui s’efforcent consciemment et sérieusement de mettre en œuvre ces quatre exigences dans leur travail, car nous croyons qu’ils peuvent fournir des éclaircissements utiles sur la manière dont les groupes ésotériques doivent travailler.

Benjamin Creme a traité le même sujet lors des séminaires de transmission de 2010, aux Etats-Unis et aux Pays-Bas, au cours desquels il a de nouveau souligné l’importance de travailler consciemment à la mise en œuvre de ces quatre règles8.

Echange avec Benjamin Creme, 1996

Q. [Dans notre groupe,] nous avons pris, me semble-t-il, l’habitude de suivre la ligne de moindre résistance dans nos activités, et nous n’essayons pas d’étendre nos capacités en suivant les lignes qui sont plus difficiles pour nous. De ce fait, la question « Qu’est-ce qu’un travail significatif ? » se pose avec encore plus d’acuité.
BC. C’est un point crucial. Tous les co-workers font preuve de bonne volonté et d’aspiration, sinon ils n’entreprendraient même pas ce travail. Mais tout le monde est conditionné par ses propres mirages.
En d’autres termes, ils ne font pas ce travail objectivement et de façon impersonnelle parce qu’il doit être fait. Ils accomplissent seulement les tâches sur le plan physique, tout en se référant sans cesse à eux-mêmes : « Dois-je vraiment faire cela ? Est-ce que j’ai peur de le faire ? Suis-je à l’aise en le faisant ? Est-ce que je fais vraiment un travail juste ? Si c’était vraiment le cas, je ne devrais pas avoir peur. Cette peur est-elle réelle ? Vient-elle d’une cause réelle, ou de mes mirages, de mes conditionnements ? » Toutes ces pensées obscurcissent notre approche du travail.
La plupart des membres des groupes sont polarisés astralement. Tous ceux qui se trouvent entre 0 et 1,5 sont nécessairement polarisés astralement. Il leur est difficile d’aborder le travail de façon impersonnelle : ils le voient à travers les brumes de leurs mirages, qui sont leurs illusions du plan astral, où se trouve le siège de leur conscience.
A aucun moment vous ne pouvez dépasser le siège de votre conscience. Si votre conscience se trouve sur le plan astral, c’est là que vous êtes polarisé. Si elle est sur le plan mental, c’est là que vous êtes polarisé. Votre conscience est limitée à cela. Si elle se trouve sur le plan spirituel, vous n’êtes pas limité au plan mental, ni au plan astral. Mais si vous êtes polarisé sur le plan astral, c’est ce qui va déterminer l’étendue de vos capacités, et vous devez l’accepter. C’est à ce point qu’intervient la notion de travail en tant que mini-hiérarchie.
Jusqu’à ce jour, la plupart des groupes ne travaillent pas de cette manière. Toutefois, dans une certaine mesure, nous travaillons de cette manière dans le grand groupe (le groupe mondial, rassemblant tous les groupes), puisque je lui apporte certaines informations, et qu’ensuite, dans chaque groupe particulier, il y a des gens qui travaillent sur ces informations et s’appuient dessus. Ces groupes de gens font en sorte que des magazines, des bulletins et d’autres outils de communication puissent les faire pénétrer dans le monde de tous les jours.
Il vous faut admettre l’existence d’une mini-hiérarchie. Vous devez l’accepter, et travailler dans ce cadre. Il y a ceux qui sont faits pour travailler dans le domaine de la communication de masse. Il y a ceux qui amènent les informations au niveau où elles peuvent avoir un impact par l’intermédiaire des différents médias – ils les simplifient, mais elles demeurent articulées et signifiantes. Et puis il y a quelqu’un comme moi, en contact avec un Maître, mais pas très bon s’il s’agit d’avoir un impact direct sur les masses parce que ce n’est pas pour moi une ligne de moindre résistance. Pour d’autres, au contraire, ça l’est. Ainsi, chacun a le niveau qui lui est propre. Vous devez l’accepter et travailler à votre propre niveau. De cette manière, vous économisez une énorme quantité de temps et d’énergie, puisque chacun fait ce qu’il accomplit le mieux.

Q. Mais si, dans notre groupe local, nous sommes tous au même niveau d’évolution, comment savoir s’il s’y trouve réellement une mini-hiérarchie ?
BC. Dans un groupe comme celui-ci vous pensez, comme en démocratie, que tout le monde est au même niveau. C’est à la fois vrai et faux. Les deux fonctionnent simultanément. Vous avez raison sur les plans philosophiques, politiques, économiques, etc., mais en termes ésotériques, vous êtes légèrement différents. Certains sont polarisés mentalement, d’autres astralement. Vous devez accepter cette différence, car elle détermine les domaines d’activité qui conviennent le mieux à chacun. De cette manière, chacun cessera de vouloir tout faire.
Dans ce groupe comme dans tous les groupes, tout le monde veut tout faire. Dans tous les pays où nous avons des groupes, il y a des personnes qui font ce que je ne sais pas faire, à savoir simplifier les informations et les faire connaître. Ils ont du bon sens. Ils sont entraînés à manier et formuler les idées de telle sorte qu’elles trouvent un écho chez un grand nombre de gens : là se trouve leur travail. D’autres ont pour tâche de contacter les gens qui sont les récepteurs de ces informations. Ce sont trois catégories de tâches distinctes, mais pas séparées. En pratique, probablement, nous touchons tous aussi un peu à chacun de ces trois domaines, mais ils sont différents en essence. C’est pourquoi vous devez agir dans les domaines où vous êtes efficaces, et c’est difficile d’être assez objectifs pour le comprendre. C’est cela l’impersonnalité.
Les gens ont du mal à se dire : « J’ai des limitations. » Ils pensent : « Untel n’a pas l’air d’avoir de limitations. Je ne vois pas pourquoi moi, j’en aurais. Je suis sûr que je pourrais faire ce qu’il fait. » Rien n’est plus faux. chacun a des qualités ou des talents dans une certaine ligne. Mais son niveau d’évolution détermine le domaine dans lequel il va les exercer : le contact avec la Hiérarchie, ou la mise en forme des informations sur le plan mental afin qu’elles soient assimilables au plus grand nombre, ou la communication directe avec le monde extérieur.

[La suite de cet échange sera publiée dans le prochain numéro. Benjamin Creme continue à expliquer comment reconnaître un groupe fonctionnant en tant que mini-hiérarchie et comment apprendre à travailler correctement au sein d’un groupe.]

1. Benjamin Creme, La Mission de Maitreya, tome II, « Vers l’initiation de groupe ».
2. Partage international, janvier/février 2011
3. Ibid
4. Alice Bailey (Maître DK), Les Rayons et les Initiations, Lucis Trust
5. La Mission de Maitreya, tome II, ibid
6. Partage international, mars 2017.
7. Benjamin Creme, L’Art de la Coopération « Le problème du mirage ».
8. L’exposé et les Questions/Réponses ont été publiées dans nos numéros de janvier à avril 2011.

Auteur : Michiko Ishikawa, collaboratrice de Share International demeurant à Berkeley (Etats-Unis).
Thématiques : émergence
Rubrique : Dossier ()