L’ÉVOLUTION DES GROUPES DANS L’ÈRE DU VERSEAU
Partage international no 359 – juillet 2018
par Gerard Aartsen
« Nous vivons une époque où ce qui est ancien ne marche plus, mais où ce qui est neuf n’existe pas encore, » écrivait en septembre 2017 Rob de Wijk, chroniqueur au quotidien néerlandais Trouw. A peine une semaine plus tard, le journaliste Will Stong commentait, dans les colonnes de The Independent, un projet de Jeremy Corbyn, leader du parti travailliste britannique, dans lequel « les systèmes de propriété industrielle et de distribution des revenus sont repensés afin de réparer un modèle qui ne fonctionne plus. » Depuis lors, les références à de telles « structures qui ne fonctionnent plus » abondent dans les médias, nous pénétrant de l’espoir d’un nouveau monde à naître autant que d’un sentiment d’urgence.
Toutefois, l’un des premiers avertissements contre les conséquences négatives d’une liberté incontrôlée de l’économie mondiale et des pouvoirs financiers ‑ conséquences que nous reconnaissons enfin ‑ date de décembre 1921. Et il nous vient de Krishnamurti lui-même, lors de sa toute première conférence publique : « […] l’action nous est actuellement imposée à l’échelle internationale, mais elle est menée de façon erronée et dans un but immoral, qui est d’exploiter les pauvres, les nécessiteux, et ceux qui souffrent. Si elle perdure, elle mènera inéluctablement à une nouvelle guerre. » (Theosophy and world problems, non traduit)
Il y a un siècle, l’Ordre de l’Etoile faisait connaître au monde entier la mission de Krishnamurti grâce à l’action de ses dizaines de milliers de membres. Avec passion, ces derniers anticipaient déjà la déclaration publique de Maitreya, l’Instructeur mondial, par le biais de Krishnamurti, son véhicule, dans le monde de tous les jours.
L’écrivaine norvégienne Lilly Heber a capté le sentiment d’attente bien connu de nombreux lecteurs de Partage international, sentiment qu’éprouvaient déjà ceux qui à l’époque étaient touchés par le message de Krishnamurti : le sentiment de l’arrivée imminente d’un nouveau monde. Dans son ouvrage Krishnamurti : The man and his message (non traduit) (KHM), Lilly Heber écrit : « Il leur devint alors impossible de continuer à vivre en accord avec leurs conceptions anciennes, plus ou moins dogmatiques, car ils se rendirent compte qu’elles étaient étrangères à la vie […]. Ce monde de conceptions humaines étroites et de dogmes se dissolvait avec rapidité […] »
Même après la dissolution surprise de l’Ordre de l’Etoile en 1929, l’humeur d’alors était similaire à celle du printemps 1982, pour ceux qui se souviennent, ou celle qui prévaut depuis que nous avons entendu l’information donnée par Benjamin Creme de la présence de Maitreya dans le monde, préparant depuis 1977 l’humanité à son émergence publique.
Inégalités généralisées
Au début des années 1980, le chômage dans les pays industrialisés a commencé à croître régulièrement. L’inégalité entre les pays du Nord et du Sud a alors occupé le devant de l’actualité et les politiciens favorables à la liberté incontrôlée des marchés sont entrés en conflit avec ceux qui prônaient la coopération internationale afin de soulager les tensions nées de cette inégalité à l’échelle mondiale. C’est à cette époque que Maitreya a demandé : « Comment pouvez-vous vous satisfaire de votre manière de vivre actuelle, quand des millions d’êtres ont faim et meurent dans la misère ? » (Message n° 81) Tous ceux qui avaient des yeux pour voir ne pouvaient qu’être d’accord.
Instruits par la présence adombrante de Maitreya sur les questions du commerce international, Krishnamurti déclarait en 1921 : « Nous devons nous efforcer d’instituer un comité international pour contrôler le commerce mondial, qu’il ne soit pas au bénéfice d’une élite, mais au bénéfice du monde entier. » (KHM) Personne ne sera surpris d’apprendre que les mêmes idées furent réintroduites, vers 1965, par les Frères de l’espace à travers le contacté Stefan Denaerde. Ils lui montrèrent la nécessité d’instituer des organismes de gouvernance mondiale chargés de redistribuer les ressources mondiales selon les besoins de tous, ainsi que S. Denaerde l’a relaté dans son livre Operation Survival Earth (OST, Opération Survie de la Terre, non traduit).
Les recommandations de la Commission Brandt (lequel, selon Benjamin Creme, travaillait sous l’inspiration de Maitreya), dans son rapport de 1980 Nord-Sud : un programme de survie, reflètent essentiellement les mêmes idées. Une telle insistance souligne bien que la préparation de l’humanité et l’influence des Forces de la matérialité obligent la Hiérarchie à ajuster constamment ses plans. Toutefois, les énergies du Verseau sont aujourd’hui plus puissantes que celles des Poissons, et rien ne peut arrêter l’avancement spirituel de l’humanité1.
Aujourd’hui, l’Epée de clivage semble avoir presque atteint son but de polariser l’humanité, « opposant un homme à son père », et l’émergence de l’Instructeur mondial pour le nouvel âge est désormais palpable. En conséquence, notre appréciation des années écoulées depuis que ces informations nous ont été présentées par Benjamin Creme se caractérise par deux tendances opposées : pour certains, leurs nombreuses années d’implication ne paraissent soudain plus du tout aussi longues. D’autres, au contraire, ont été plus focalisés sur le temps écoulé à travailler, à espérer et à attendre la délivrance. A regarder l’histoire de ces idées qu’il faut mettre en œuvre et des idéaux qu’il faut concrétiser pour marquer notre entrée dans le nouvel âge, on nous excusera peut-être d’avoir pensé, dans nos pires moments, que la tant attendue réapparition de l’Instructeur a bien trop tardé.
Cependant, nous ferions bien de nous souvenir que cela fait au moins cinq cents ans que la Hiérarchie se prépare à cet événement. A cette époque, selon le Maître Djwhal Khul (transmis par A. Bailey), les Maîtres ont constaté l’intensification de la tendance à la séparativité chez les hommes. En conséquence, vers l’an 1500, en préparation de l’âge du Verseau, « avec ses remarquables énergies et ses merveilleuses opportunités, » les Frères aînés ont réuni en conclave spécial tous les départements de la Hiérarchie et conçu un plan destiné à « la production d’une synthèse subjective dans l’humanité et de rapports télépathiques qui annuleront l’élément temps […] Cet accomplissement a été l’objectif de tout l’entraînement donné au cours des quatre cents dernières années, ce qui permet de concevoir l’extrême patience de ceux qui connaissent la race des hommes. » (Traité sur la Magie blanche, p. 303) (TMB)
Cette dernière affirmation rappelle les paroles que les Frères de l’espace avaient adressées au contacté italien Giorgio Dibitonto à propos de leur manière de combattre les forces négatives : « Nos armes sont l’amour, la raison, la sagesse et la patience. Et pourtant, nous accomplissons bien davantage que ce que vous ne pourriez jamais imaginer […]. Bientôt, à son tour, votre planète comprendra cela, et pour vous aussi le jour tant attendu se lèvera. » (Anges en astronef)
Comme l’assure le Maître DK, les Maîtres « travaillent lentement, libérés de la hâte, vers leur objectif. […] Toutefois, ils sont limités dans le temps. » (TMB, p. 303)
Seul existe le présent
Il est vrai que, selon Benjamin Creme, les Maîtres appréhendent la réalité « totalement en-dehors du temps. » Ils voient les événements de ce que nous appelons le passé à côté des événements qui se produiront dans ce que nous nommons l’avenir. A propos d’une expérience que lui avait fait vivre Maitreya, Benjamin Creme a écrit : « Il n’y avait aucune notion de passé ou de futur. Il s’agissait simplement des événements que nous appelons le passé et de ceux que nous appelons le futur qui avaient lieu en même temps. » (La Mission de Maitreya, tome III, p. 537) (MM3)
Bien qu’exprimée en termes beaucoup plus « mécaniques », une notion similaire de la réalité du temps nous vient des Frères de l’espace, telle qu’ils l’ont expliquée au contacté Stefan Denaerde en soulignant la différence entre notre conception ordinaire du temps et ce qu’ils appellent le temps infini. S. Denaerde la transcrit en ces termes : « Notre temps est la vitesse et la direction reliant le passé et l’avenir, et par lesquelles les occurrences semblables se succèdent. Ce temps ne peut jamais être infini. Il faudrait pour cela que le temps infini (c’est-à-dire le Présent) se déroule à une vitesse infinie et dans un nombre infini de directions. La vitesse temporelle infinie signifie que tous les événements se succèdent à une telle vitesse qu’ils se produisent tous au même moment. » (OST)
Aussi Benjamin Creme peut-il affirmer : « Tout événement lié à l’Emergence de Maitreya est déjà en train de se dérouler. Le krach boursier a déjà eu lieu. Il se produit maintenant parce que seul l’instant présent existe. Il n’attend pas une date ultérieure. Nous sommes les seuls à attendre que ce moment précipite sur le plan physique sous la forme de l’événement que nous appelons krach boursier […]. Et pourtant, pour les Maîtres, il est en train de se produire. » (MM3, p 543)
Dans son tout premier article pour Partage international en 1982, le Maître de Benjamin Creme explique également que les Maîtres ne voient pas le temps « comme un processus continu qui relie les événements », mais comme « un état de conscience ». Lorsque nous parvenons à réaliser une certaine mesure d’unité en nous alignant avec le Soi supérieur, le Maître assure qu’une compréhension correcte du temps est « indissociable de l’établissement de relations justes avec nos semblables, car c’est seulement quand tout sens de séparation aura disparu, qu’une compréhension véritable de l’activité cyclique pourra survenir. L’instauration d’un nouvel ordre mondial dans les domaines politique et économique est une condition sine qua non de cette vision plus juste, car nous ne pourrons parvenir au sentiment d’unité nécessaire que lorsque règneront l’harmonie et la justice. […]. De ces nouvelles relations émergeront les conditions dont dépend une nouvelle expérience du temps. » (Un Maître parle, p. 9-10)
Comme ce n’est pas encore le cas, peut-être l’expérience du temps en tant qu’état d’esprit se trouve-t-elle réduite, pour la plupart d’entre nous, aux moments où nous sommes correctement alignés au cours de nos méditations, de sorte que, disons, trente minutes passent, alors que nous avons l’impression qu’il ne s’est écoulé que quelques minutes.
« Beaucoup de gens ont l’impression que malgré la présence de Maitreya parmi nous, ce monde devient plus menaçant et instable que jamais auparavant. Ils se demandent ce que fait la Hiérarchie pour soulager les hommes de tous les problèmes qui les plongent dans la peur et le désarroi en cette époque de tensions exacerbées.
En réalité, la Hiérarchie est bel et bien à l’œuvre pour préparer le monde. Dans les périodes de fortes tensions et de changements importants, les gens ont, c’est inévitable, une perspective limitée sur l’état réel de la société. Ils s’imaginent que tous les événements auront le même impact sur l’avenir, alors qu’en vérité il en va tout autrement – mais cela, seuls les Maîtres peuvent le voir. Les Maîtres voient tout ce qui se passe dans le monde comme un ensemble de potentialités survenant sur un même plan. Ils savent que certaines se concrétiseront, affectant l’évolution du monde, tandis que d’autres se dissoudront simplement, sans produire aucun effet. De son point de vue limité, l’humanité voit tous les événements comme s’ils avaient une incidence sur son futur, alors qu’en fait il n’en est rien. Du point de vue des Maîtres, jamais l’humanité n’a été aussi prête à faire son entrée dans le monde nouveau qui l’attend. Elle n’a jamais été aussi proche d’une ère d’inspiration où les hommes travailleront de bon gré pour le bien commun. »
Le Maître de Benjamin Creme, extrait de l’Epée de clivage (Partage international, octobre 2014)
Pour voir à long terme
Plus nous réaliserons que les événements que les Maîtres préparent depuis des siècles se réaliseront parce qu’ils se produisent déjà, dit Benjamin Creme, « plus notre impatience diminuera. Nous pourrons alors être tout simplement présents et attentifs à ce qui se passe sur le plan physique extérieur » (MM3, p. 544). Mieux : dans sa conférence capitale de 1996, l’Art de l’attente (MM3, p. 533), Benjamin Creme présente le temps qui s’est écoulé depuis le printemps 1982 comme un cadeau par la grâce duquel nous avons changé, découvert en nous des talents, des opportunités et des qualités. « Dans tous les groupes de par le monde les gens accomplissent des tâches qu’ils n’avaient jamais accomplies auparavant […]. Inspirés par l’idée de l’Emergence, nous avons appris à agir et à servir d’une façon que vous ne pensiez pas possible en 1982, j’en suis certain. » (MM3, p. 602)
Il semble bien que les Maîtres nous connaissent mieux que nous-mêmes. Dans Surterrestre, tome I de l’Agni Yoga, le Maître Koot Hoomi écrit : « Nous connaissons les limites de la capacité humaine, et nous savons ce que l’on peut attendre d’un être humain, dans la construction d’un futur réaliste. Nous attendons simplement, de nos messagers, le plus haut degré de l’effort. Lorsque s’exerce cette intensité, notre Aimant est actif et sert de puissant bouclier. Cependant, pour le long voyage, la timidité ne convient pas. Chacun sait, au tréfonds de son cœur, s’il est guidé par le haut degré de l’effort ou si c’est juste la peur qui l’entraîne. […] Ceux qui sont emplis de gratitude sont forts car leurs ailes grandissent ! Ils n’auront pas peur de nos commandements. Ils savent que nous sommes lourdement chargés, et pourtant se réjouissent sur le chemin du Jardin de Beauté ! » (Surterrestre, tome I, § 140)
En réalité, comme l’écrit le Maître de Benjamin Creme au sujet de la date de la Déclaration de Maitreya : « Maitreya doit prendre d’importantes décisions en se fondant sur des données limitées et changeantes. A vrai dire, mince est la frontière qui sépare le nécessaire du possible. Accordez donc votre confiance au Seigneur de l’Amour et au discernement qui guide ses actions. Ne perdez pas patience face aux retards apparents ‑ dans l’éternel présent, le retard n’existe pas. » (Un choix sans cesse renouvelé, Partage international, juillet/août 1996) (Un Maître parle, p. 306)
Grâce aux écrits de Krishnamurti, A. Bailey et B. Creme, nous avons le privilège de bénéficier d’une perspective plus large et à long terme qui nous permet de remplir notre tâche en tant qu’avant-gardes des ashrams des Maîtres dans le monde extérieur, en tant que vecteurs d’espérance et de patience pour l’humanité. Cette vision élargie devrait nous permettre d’élever notre attention par delà les frontières de notre conditionnement temporel, de voir qu’en dépit des problèmes journaliers, l’Instructeur mondial et les Maîtres ont déjà pris leur place parmi nous, et que leur Emergence au grand jour est si proche qu’elle en est presque tangible. Lorsque nous prendrons conscience de cela, lorsque nous verrons, sinon le Jour de Déclaration, du moins le voile qui jusqu’à présent le dissimule aux yeux de l’humanité, cela revivifiera notre raison d’être de rassurer ce monde inquiet pour qui, selon les termes de Maitreya « tout ira bien. Tout se passera bien. » (Message n° 2)
1. Voir aussi la rubrique Benjamin Creme répond aux questions, Partage international, mars 2014 : « Nous sommes aujourd’hui depuis cinq ans dans l’âge du Verseau […] » Références : Agni Yoga, Surterrestre, tome I (2003). Alice A. Bailey, Traité sur la magie blanche (1980). Annie Besant, Theosophy and World Problems (1922) (Non traduit.). Commission Brandt (Onu), Nord-Sud, un programme de Survie (1980). Benjamin Creme, La Mission de Maitreya, tome III, Un Maître parle (2007). Stefan Denaerde, Operation Survival Earth (1977) (Non traduit). Giorgio Dibitonto, Anges en astronef (1995). Lilly Heber, Krishnamurti : The Man and his Message (1931) (Non traduit)
