Partage international no 358 – juin 2018
par Graham Peebles
Le changement climatique dû à l’homme et, plus largement, la catastrophe environnementale globale constitue la crise la plus urgente à laquelle l’humanité est confrontée. Elle est le résultat d’un certain mode de vie, d’une approche matérialiste de la vie où l’égoïsme, l’avidité et la consommation excessive ont été promus.
Le consumérisme vorace et les valeurs basées sur le succès matériel individuel, la concurrence et la division sont au cœur même de la crise, et si l’on veut arrêter et inverser le réchauffement climatique, la désertification, la pollution et la destruction des systèmes écologiques, un changement fondamental des attitudes et des comportements est nécessaire. Sans cela, très peu pourra être réalisé ; les progrès technologiques, bien qu’ils soient cruciaux pour briser la dépendance aux combustibles fossiles, ne sont pas suffisants. C’est notre mode de vie ‑ principalement le style de vie du monde développé ‑ qui doit changer radicalement, comme l’affirme la Fondation Cloudburst (groupe qui travaille en vue d’une collaboration mondiale dans la lutte pour « restaurer la santé et le bien-être de la planète ») : « Equilibrer le cycle du carbone nécessite beaucoup plus que des solutions technologiques. Cela exige un changement de paradigme dans la façon dont nous abordons la croissance économique et le développement. » A savoir, le passage de l’inégalité extrême, de l’injustice socio-économique et du vandalisme environnemental à la durabilité, à la responsabilité socio-environnementale et au partage.
Une nouvelle approche
Avec la déforestation, l’utilisation de combustibles fossiles (charbon, pétrole et gaz) pour satisfaire l’appétit insatiable de l’humanité en énergie (destinée principalement à l’industrie) est la principale source d’émissions de gaz à effet de serre qui sont à l’origine du changement climatique. Bien que la production de ces éléments nocifs varie d’un pays à l’autre, la bonne nouvelle est que les émissions mondiales dans leur ensemble diminuent et que, malgré l’augmentation de la production de certains pays en développement, les niveaux d’émission semblent avoir finalement atteint un sommet. La tâche qui nous attend maintenant est de les réduire considérablement. Au centre de ce travail se trouve la nécessité d’inculquer une nouvelle approche de la façon dont nous vivons : changer les valeurs qui déterminent nos actions et modifier la relation que nous entretenons les uns avec les autres et avec l’environnement naturel.
Les gaz à effet de serre les plus nocifs sont le dioxyde de carbone (CO2), le méthane (CH4) et le protoxyde d’azote (N2O). Parmi ceux-ci, le CO2 est le plus grand coupable, représentant près de 70 % des émissions de gaz à effet de serre. Il se répand dans l’atmosphère principalement lorsque les combustibles fossiles sont brûlés, et il en est extrait ou séquestré lorsqu’il est absorbé par les plantes. Sur la quantité totale de CO2 rejetée dans l’atmosphère terrestre à partir de combustibles fossiles en 2015, Carbon Brief note que « 41 % provenaient du charbon, 34 % du pétrole, 19 % du gaz, 5,6 % de la production de ciment et 0,7 % des torches de gaz ». Près de la moitié de toutes les émissions de CO2 sont restées dans l’atmosphère ; un tiers a été absorbé par les plantes et 26 % par les océans. La combustion du charbon, du gaz naturel et du pétrole pour répondre à la demande d’électricité et de chaleur est le secteur responsable de la plus grande partie des émissions mondiales de gaz à effet de serre, soit 25 %. Viennent ensuite l’agriculture (cultures et élevage) et la déforestation. En troisième vient l’industrie avec 21 % de toutes les émissions de gaz à effet de serre, puis, ce qui est peut-être surprenant, le transport avec 14 %.
La Chine émet près d’un tiers de toutes les émissions de gaz à effet de serre et est le plus grand pollueur du monde, suivie des États-Unis avec environ 15 %, puis de l’Union européenne (28 pays) avec 11 %. L’Europe a réduit considérablement ses émissions et, en 2015, celles-ci ont diminué de 22 % par rapport à 1990. L’Inde, avec un cinquième de la population mondiale (1,3 milliard d’habitants et en croissance) et des ambitions commerciales mondiales, émet des gaz à effet de serre à un rythme alarmant ; en 2015, les émissions ont augmenté de 5,2 % par rapport à l’année précédente, pour atteindre 6,3 % du total mondial.
Si nous voulons stopper le changement climatique et commencer à rétablir l’environnement naturel, nous devons cesser de brûler des combustibles fossiles et nous tourner vers des sources d’énergie alternatives (solaire et éolienne par exemple) pour la majorité de nos besoins énergétiques. Ce processus est bien engagé dans certains pays : selon le Climate Reality Project, l’Allemagne, qui produit 21 % des gaz à effet de serre de l’UE, satisfait un peu plus des deux tiers de sa demande d’électricité à partir de sources renouvelables ; en 2015, la Suède a proposé un plan pour éliminer toute utilisation de combustibles fossiles dans le pays et a immédiatement augmenté ses investissements dans le solaire, l’éolien, le stockage de l’énergie, les transports et les réseaux intelligents ; le Costa Rica a satisfait 99 % de ses besoins en électricité à partir d’énergies renouvelables en 2015. Le Danemark a tiré 42 % de son énergie des éoliennes au cours de la même année et vise à éliminer les combustibles fossiles d’ici 2050 ; le Nicaragua a fourni 54 % de toute la production d’électricité à partir d’énergies renouvelables en 2015 et vise 90 % d’ici 2020. Les États-Unis, qui possèdent la deuxième plus grande capacité d’énergie éolienne au monde (après la Chine), ne produisent que 13 % de leur électricité à partir d’énergies renouvelables. Cependant, une étude optimiste menée par la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA) indique que le pays « pourrait réduire les émissions de près de 80 % en 15 ans ».
Si ces exemples et d’autres sont encourageants, les énergies renouvelables ne représentent actuellement que 2,4 % de la consommation mondiale d’énergie et 4,7 % de la production d’électricité. S’il y a quelqu’espoir de respecter l’Accord de Paris (en vigueur depuis novembre 2016), qui engage les 195 pays à limiter l’augmentation des températures mondiales à 2°C, ou 1,5°C (au-dessus des niveaux préindustriels), une augmentation massive des énergies renouvelables est nécessaire, couplée à une réduction de la demande énergétique globale. Une étude de l’Institut international pour l’analyse des systèmes appliqués montre que pour que les émissions nettes atteignent leur maximum d’ici 2022 ‑ dans quatre ans seulement ‑ les sources d’énergie renouvelables devraient augmenter d’environ 5 % par an. Pour atteindre cet objectif, il est essentiel de s’éloigner des modes de vie et des économies fondées sur la consommation et l’excès. Cela nécessite un changement d’attitude pour passer de l’égoïsme, de la cupidité, de l’abondance et de la consommation sans fin, vers un mode de vie plus simple dans lequel la sobriété, le partage et la responsabilité environnementale deviennent les marques distinctives. Il faut également un système économique radicalement différent, durable et juste. Comme le dit la Fondation Cloudburs : « Pour vraiment inverser le réchauffement de la planète, nous devons renverser les systèmes économiques et de développement et créer des alternatives qui ne profitent pas seulement à certains mais à tous. »
Assumer ses responsabilités
Le partage, la coopération et un sens profond de la responsabilité collective doivent être au cœur de ces alternatives. De tels principes découlent tout naturellement de la prise de conscience que l’humanité est une, un fait qui se renforce lorsque de telles qualités s’expriment. Comme il a été répété à maintes reprises au cours des âges, nous sommes frères et sœurs d’une seule humanité, et nous avons le devoir de prendre soin les uns des autres et de la Terre elle-même. C’est extrêmement difficile dans le cadre des contraintes du système économique actuel, qui domine pratiquement tous les aspects de la vie contemporaine et promeut sans relâche un mode de vie qui alimente une épidémie mondiale de problèmes de santé mentale et empoisonne la planète.
Le système économique actuel ainsi que le changement climatique sont nourris par un consumérisme sans fin. C’est notre demande constante de choses, dont une grande partie est fabriquée dans les usines des pays en développement ‑ où les travailleurs, y compris de nombreux enfants, sont traités de manière épouvantable, n’ont pas ou peu de droits et sont mal payés ‑ qui perpétue la demande industrielle d’énergie, elle-même satisfaite en brûlant des combustibles fossiles.
Si nous voulons stopper le réchauffement climatique, inverser ses effets destructeurs et permettre à la planète de guérir, notre approche de la consommation ‑ quoi et comment ‑ doit changer fondamentalement et le système de valeurs matérialiste, qui promeut la concurrence, l’égoïsme et la cupidité, doit être totalement rejeté. La simplicité, la sobriété et la consommation responsable doivent être inculquées et encouragées, au lieu de l’opportunisme, du gaspillage et de l’ignorance.
Un changement systémique permettant de modifier les conditions socio-économiques dans lesquelles nous vivons tous est désespérément nécessaire, mais plus important encore, un changement de pensée et de conscience est impératif. Chez un grand nombre de personnes, en particulier les jeunes qui, dans de nombreux domaines, mènent la charge, des signes montrent qu’un tel changement se produit, mais les forces réactionnaires dans le monde, qui ont profité du modèle existant et qui, dans de nombreux pays, détiennent des positions de pouvoir politique et culturel, résistent farouchement et utilisent toutes les armes à leur disposition pour réprimer le changement.
Les gouvernements ont le devoir d’écouter et d’agir, mais le manque de principes et de courage mènent à une politique largement réactive plutôt que visionnaire. Ils doivent être constamment harcelés pour introduire des politiques basées sur des considérations environnementales ; pour produire de l’électricité à partir de sources propres (pas des combustibles fossiles et certainement pas le nucléaire) ; pour fournir des systèmes de transport public efficaces et bon marché fonctionnant à l’énergie renouvelable ; pour promouvoir des campagnes de sensibilisation environnementale pour éduquer et informer le public ; pour encourager l’utilisation de sources d’énergie renouvelable et pour réduire l’empreinte carbone de la nation. Et les individus, vous et moi, avons la responsabilité d’élire des politiciens qui donnent la priorité aux questions environnementales, d’agir d’une manière positive pour l’environnement, de consommer de façon responsable et, surtout, de réduire la consommation. Après le krach économique de 2008-2009, la production de gaz à effet de serre en Europe a fortement chuté en raison de la réduction de l’activité industrielle ‑ les gens doutaient et achetaient moins de choses, ce qui est justement nécessaire.
L’impact sur l’environnement devrait être la première considération dans toutes les décisions d’achat, y compris les aliments, les services et les services publics : trouver un fournisseur d’électricité/gaz alimenté à partir de sources renouvelables, une banque éthique qui investit dans des entreprises et des projets sensibles à l’écologie ; être sérieux et responsable. Faites des recherches sur les choix disponibles, examinez l’éthique de l’entreprise qui fabrique le produit que vous envisagez d’acheter, découvrez comment l’article est fabriqué, les produits cultivés et l’impact environnemental (et humain) de la production, combien de temps l’article durera ‑ le plus longtemps sera le mieux ‑ quelles ressources il utilise et ont été employées dans sa fabrication et son développement, sa culture, etc. Achetez d’occasion, réutilisez et recyclez chaque fois que possible, devenez un consommateur conscient.
Le transport est responsable de 14 % de tous les gaz à effet de serre ; il s’agit des voyages en avion, en train, en voiture, en camionnette, en camion, etc. Si vous achetez un véhicule, passez à l’électrique. Si vous avez une voiture ou un utilitaire diesel ‑ le type de véhicule le plus polluant ‑ changez-la immédiatement et remplacez-la par un modèle hybride ou entièrement électrique ; en fait, n’achetez pas de véhicule à moins qu’il n’y ait vraiment aucune autre option. Si vous voyagez ‑ vacances ou travail ‑ prenez le train ou l’autobus, ne prenez pas l’avion, sauf si c’est absolument essentiel ; autant que possible, allez en transports en commun, à pied ou à vélo.
La responsabilité d’enrayer le changement climatique incombe à chacun d’entre nous. Nos actions individuelles peuvent soit enflammer la crise, soit renforcer la lutte collective pour rétablir l’environnement naturel dans lequel nous vivons et inaugurer un nouveau jour où l’humanité vivra en harmonie avec la planète.
Auteur : Graham Peebles, écrivain indépendant britannique et travailleur caritatif, il a créé l’ONG The Create Trust en 2005 et a mené des projets éducatifs en Inde, au Sri Lanka, en Palestine et en Ethiopie.
Thématiques : environnement
Rubrique : Divers ()
