Partage international no 341 – février 2017
par Robert Dodge
Les armes nucléaires représentent une menace permanente sur la santé publique et la survie de l’humanité. Les États-Unis et les pays nucléarisés continuent de violer le Traité de non prolifération des armes nucléaires de 1968 leur demandant d’œuvrer de bonne foi pour mettre fin à la course aux armements et démanteler leur arsenal nucléaire. Quarante-huit ans plus tard, les efforts de ces nations pour atteindre cet objectif ne sont pas perceptibles et le monde reste tout aussi menacé qu’à l’apogée de la Guerre froide, et sans doute davantage par les effets catastrophiques, scientifiquement prouvés, qu’aurait une guerre nucléaire régionale même limitée.
La campagne présidentielle américaine de 2016 n’a pas du tout mis l’accent sur les dangers des armes nucléaires, mais plutôt sur la capacité des candidats à tenir le doigt sur le bouton, sans s’occuper de savoir s’ils sont conscients des conséquences pour l’humanité de l’utilisation des ces armes, même à une très petite échelle. Outre les tensions entre la Russie et les États-Unis dues à l’Ukraine et à la Syrie, il y a un réel danger de guerre nucléaire en Asie du Sud où l’utilisation de bombes ayant 100 fois la capacité de celle d’Hiroshima pourrait provoquer la mort de deux milliards de personnes.
Mais le reste du monde commence à résister à cette menace pour sa survie et celle de la planète. Des nations prennent les choses en main et refusent d’être prises en otage par les pays nucléarisés. Elles ne se laisseront plus intimider en attendant sans rien faire que les États qui ont la force de frappe tiennent des promesses vides de sens. Le 14 octobre 2016, aux Nations unies, 123 États ont voté pour entamer en 2017 des négociations en vue d’un nouveau traité visant à interdire la possession d’armes nucléaires.
Hélas, malgré l’engagement du président Obama de 2009 de tout faire pour que chacun puisse vivre en sécurité dans un monde dénucléarisé, les États-Unis, ont voté contre, et ont été porte-parole de l’opposition à ce traité.
Plutôt que de satisfaire leurs obligations conformément au droit international, les États-Unis, en toute contradiction, ont proposé de se lancer dans une nouvelle course aux armes nucléaires, avec un budget de 1 000 milliards de dollars sur les trente prochaines années pour moderniser et relancer tous les domaines de leur arsenal nucléaire. Un programme pour éliminer l’humanité ! On s’attend à ce que tous les pays nucléarisés suivent et relancent leurs programmes nucléaires, perpétuant la course aux armements pour les générations futures.
Le mythe de la dissuasion sert de justification à cette orientation alors qu’en réalité la dissuasion constitue le principal moteur de la course aux armements. Pour chaque arme supplémentaire de mon adversaire, il m’en faut le double et ainsi de suite pour atteindre un arsenal mondial de 15 500 armes.
Exaspérés de cette inaction et des doubles discours, les pays non nucléarisés ont rejoint les ONG mondiales, les communautés religieuses et médicales, qui exigent qu’il soit mis un terme à cette folie. La Campagne internationale pour l’abolition des armes nucléaires (Ican) est un partenariat mondial regroupant 440 membres de 98 pays, dont la Croix-rouge internationale, des associations mondiales pour la santé représentant plus 17 millions de professionnels de santé du monde entier ainsi que des communautés religieuses, dont l’Église catholique et le Conseil œcuménique des Églises (COE). L’Ican exige que ce traité interdise et élimine les armes nucléaires.
Cet effort pour interdire les armes nucléaires comporte plusieurs parallèles avec la Campagne internationale pour l’interdiction des mines antipersonnel dirigée par Jody William, qui a reçu le prix Nobel de la Paix en 1997. Cette initiative avait été rejetée et déclarée utopiste par la plupart des gouvernements et armées du monde lorsqu’elle avait été initiée par des ONG en 1992. Mais elle fut couronnée de succès en 1997, grâce à des partenariats, des initiatives populaires, et la pression politique aboutissant à la volonté politique suprême. De même, le mouvement d’interdiction nucléaire a été vigoureusement combattu par les nations nucléarisées qui tentaient désespérément de conserver leurs armes et faisaient pression sur leurs alliés de s’en tenir à cette position.
Malheureusement, ces armes et leurs systèmes de contrôle sont imparfaits. Pendant la Guerre froide, à plusieurs reprises le monde a dangereusement frôlé la catastrophe nucléaire. Ce n’est que par pure chance que ce scénario n’ait pas été déclenché, intentionnellement ou par accident. La chance ne sera pas éternelle. La chance n’est pas une politique de sécurité. D’un point de vue médical et de santé publique, selon les données probantes montrant ce qu’engendrent les armes nucléaires, tout argument pour continuer à détenir de telles armes est insoutenable et défie la logique. Il n’existe absolument aucune thérapeutique appropriée face à la guerre nucléaire.
La prévention est donc le but, comme avec toute menace sur la santé publique, du Zika, à l’Ébola, la polio, le sida. La menace mondiale que font courir les armes nucléaires n’est pas différente. La seule façon d’empêcher l’utilisation des armes nucléaires est de les interdire et de les éliminer. Notre avenir en dépend.
Le président Kennedy, s’exprimant sur les armes nucléaires devant le Conseil de sécurité des Nations unies en septembre 1961, a déclaré : « Les armes de guerre doivent être éliminées avant qu’elles ne nous éliminent. » Les enfants de nos enfants nous demanderont, à juste titre, pourquoi la seule nation à avoir jamais utilisé les armes nucléaires est restée du mauvais côté de l’histoire, lorsqu’il s’est agi de les abolir.
Auteur : Robert Dodge, physicien à Ventura (Californie), siège au conseil d’administration de la Nuclear Age Peace Foundation et de Citizens for Peaceful Resolutions. Il écrit des articles pour PeaceVoice.
Thématiques : Sciences et santé, politique
Rubrique : Divers ()
