Le sort de l’humanité dépend de nos choix actuels

Partage international no 337septembre 2016

par David Suzuki

Nous vivons une période de records. En 2015, on a produit plus d’énergie renouvelable que jamais – 147 gigawatts, soit la capacité de production de l’ensemble de l’Afrique – et les investissements dans le secteur ont battu des records dans le monde entier. Les coûts de production des énergies solaire et éolienne ont battu des records à la baisse. Le Portugal a obtenu toute son électricité à partir de sources renouvelables pendant quatre jours consécutifs en mai 2016 – la plus longue durée atteinte par un pays – et l’Allemagne a été en mesure de répondre à 90 % de ses besoins en électricité avec de l’énergie renouvelable pour une brève période. Le secteur de l’énergie propre devance désormais de beaucoup l’industrie des combustibles fossiles pour l’emploi et la création d’emplois.

Ce n’est qu’une partie des bonnes nouvelles. Le prix du pétrole a tellement chuté que certaines activités parmi les plus dommageables ne deviennent plus rentables, un nombre record de sociétés produisant du charbon sont en faillite ou en dépôt de bilan, et aux États-Unis le nombre de houillères en fonctionnement est en baisse.

Mais les bons records peuvent-ils nous aider à faire face aux mauvais ? Chaque mois les températures moyennes mondiales battent des records : l’an dernier a vu la concentration dans l’atmosphère de gaz à effet de serre en hausse constante, à des niveaux jamais enregistrés. La banquise arctique est en train de disparaître à une vitesse sans précédent, le blanchiment massif des coraux tue la Grande Barrière de corail et des records de sécheresses et d’inondations, des vagues de chaleur et des conditions météorologiques extrêmes surviennent dans le monde entier.

Le professeur Stefan Rahmstorf, de l’Institut allemand de Potsdam pour la recherche sur le climat, a déclaré à The Guardian : « Ce sont des signes très inquiétants et je pense que cela montre que nous sommes sur une trajectoire de collision avec les objectifs de Paris à moins de changer très rapidement de cap. J’espère que les gens se rendent compte que le réchauffement climatique n’est pas un incident à venir, mais qu’il se produit maintenant et nous touche actuellement. »

L’Accord de Paris, approuvé en décembre 2015 par la plupart des pays, a donné l’espoir que les dirigeants du monde étaient conscients de ce problème sérieux, et qu’ils savent que si nous ne mettons pas en œuvre rapidement une série de solutions – des énergies renouvelables à la réduction de la consommation et à l’évolution des pratiques alimentaires et agricoles – l’humanité elle-même est en danger.

En dépit des preuves accablantes montrant que les changements climatiques sont provoqués par l’homme, l’industrie des combustibles fossiles continue d’employer des personnes et des organismes écrans pour duper des partisans craintifs et apparemment aveugles qui croient que le problème n’existe pas ou n’est pas suffisamment grave pour s’en inquiéter. Leur procédé suit ce scénario : répandre un mensonge simpliste jusqu’à ce qu’il devienne tellement discrédité que peu de gens continuent à y adhérer, puis passer à un autre mensonge simpliste.

Les derniers propagandistes de l’industrie canadienne comme Patrick Moore, Tom Harris (de la mal nommée, Coalition internationale scientifique pour le climat) et leurs alliés comme l’Institut américain Heartland, affirment que le CO2 n’est pas un polluant. Mais juste un gaz bénin ou bénéfique bon pour les plantes. Il est vrai que le CO2 est bon pour les plantes. L’azote aussi, mais quand le CO2 sature les cours d’eau et les océans, il devient une source de pollution. Des preuves scientifiques accablantes établissent que l’augmentation du CO2 dans l’atmosphère est une cause majeure du réchauffement climatique. Les conséquences de ce réchauffement se font déjà sentir, et de nouveaux aspects effrayants sont également mis en lumière, tels que l’épuisement de l’oxygène des océans.

Le récent dépôt de bilan de Peabody Energy a révélé que cette compagnie américaine de charbonnage doit de l’argent à nombre de « négationnistes » et à leurs organisations, comme les Amis de la science de Calgary, bien mal nommée également. Cette dernière prétend que c’est le soleil et non l’activité humaine qui induit les changements climatiques (et que la planète se refroidit, au lieu de se réchauffer), une affirmation ridicule, souvent répétée par les entreprises de charbonnage, que les vrais scientifiques ont soigneusement démystifiée. Des recherches approfondies montrent que les compagnies charbonnières, pétrolières et gazières ont injecté d’énormes sommes dans ces campagnes de déni, tout en connaissant parfaitement la réalité et le danger du changement climatique causé par l’homme.

Il est heureux que les voix de ceux qui nient les changements climatiques soient noyées sous les preuves et les arguments rationnels, et qu’apparaissent chaque jour des solutions plus adaptées, moins chères et plus faciles à mettre en œuvre.

Mais nous n’avons plus le temps de laisser les politiciens compromis, les industriels avides et les organisations malhonnêtes, retarder les progrès. Un nombre sans précédent de personnes doivent faire tout leur possible – développer des solutions, écrire des lettres, signer des pétitions, s’adresser à des hommes politiques, voter et manifester – pour exiger que les gouvernements, l’industrie et la société prennent les changements climatiques avec le sérieux qu’ils méritent.

Le sort de l’humanité dépend des choix que nous faisons aujourd’hui. Nous ne pouvons pas laisser une industrie en déclin et ses sbires polluer, bloquer les progrès vers un avenir plus propre et plus sain.

Article rédigé par David Suzuki avec la collaboration de Ian Hanington, rédacteur en chef de la fondation David Suzuki.
Pour plus d’informations sur la fondation David Suzuki : davidsuzuki.org. Reproduit avec permission.

Auteur : David Suzuki, généticien et vulgarisateur scientifique primé. Il a cofondé la Fondation David Suzuki en 1990.
Thématiques : environnement
Rubrique : S.O.P. — Sauvons notre planète (« Les changements climatiques montrent sans l’ombre d’un doute que la planète est malade... Le temps nous est compté pour mettre fin aux ravages que subit quotidiennement la planète Terre. Chaque homme, chaque femme, chaque enfant a son rôle à jouer dans sa restauration. Oui, le temps presse. Save Our Planet (S.O.P.), sauvons notre planète ! » Le Maître de B. Creme, S.O.P. Sauvons notre planète, 8 septembre 2012.)