Partage international no 337 – septembre 2016
Nous présentons ci-dessous des extraits d’interventions récentes du pape et du dalaï-lama.
Le pape s’adresse à la jeunesse
Lors de sa dernière visite en Pologne, le pape François a appelé la jeunesse à travailler en faveur des moins favorisés. Le 30 juillet, aux Journées mondiales de la jeunesse, près de Cracovie, il a déclaré : « Nous ne sommes pas venus au monde pour végéter […]. Nous sommes venus pour laisser une trace. L’époque que nous traversons n’a pas besoin de jeunes mollusques des canapés… »
Le pape a affirmé que de regarder constamment la télévision, où se succèdent les reportages sur des événements horribles, insensibilise les jeunes à la souffrance des autres. « Beaucoup de familles trouvent préférable et plus facile d’avoir des enfants éteints et endormis, qui confondent le bonheur avec le canapé. »
Le pape a prié pour la Syrie et déclaré que le monde était en guerre. « Notre réponse à un monde en guerre a un nom : fraternité », a-t-il dit.
Précédemment, le 28 juillet, en s’adressant à des centaines de milliers de pèlerins à Cracovie, il a mis en garde les jeunes afin qu’ils cessent de gâcher leur vie, au lieu de chercher l’épanouissement.
« Cela me fait de la peine de rencontrer des jeunes gens qui semblent avoir choisi une retraite précoce. Je m’inquiète quand je vois des jeunes qui ont jeté l’éponge avant même que la partie ne commence, qui sont résignés avant même d’avoir commencé, qui marchent d’un air abattu, comme si la vie n’avait aucun sens. Au fond d’eux-mêmes, ces jeunes gens s’ennuient – et ils sont ennuyeux.
Mais il est également pénible, et troublant, de voir des jeunes gâcher leur vie en cherchant des sensations fortes ou en cherchant à se sentir vivants par de sombres moyens, et à la fin le payer, le payer très cher. Il est dérangeant de voir les jeunes gaspiller quelques-unes des meilleures années de leur vie, gaspillant leur énergie à courir après les marchands d’illusions […] qui vous volent le meilleur de vous-mêmes.
Alors je vous demande : cherchez-vous de vains frissons, ou voulez-vous ressentir ce pouvoir qui donne un sentiment durable de vie et d’épanouissement ? Les vains frissons ou le pouvoir de la grâce ? »
Les cœurs miséricordieux sont « prêts à embrasser tout le monde, a dit le pape. Un cœur clément peut représenter un refuge pour ceux qui n’ont pas de maison ou qui l’ont perdue ; il est capable de bâtir une maison et une famille pour ceux qui sont forcés d’émigrer ; il connaît la signification de la tendresse et de la compassion. Un cœur miséricordieux partage son pain avec le pauvre et accueille les réfugiés et les migrants. »
Sur la violence
Le pape François a répondu aux questions de journalistes pendant son voyage de retour à Rome, le 31 juillet 2016, après les journées passées à Cracovie :
« Je n’aime pas parler de violence islamique, car tous les jours, quand je consulte les journaux, je vois de la violence, ici en Italie. Un tel a tué sa compagne, tel autre a tué sa belle-mère, et ceux-là sont des catholiques baptisés ! […] Si je parle de violence islamique, je dois parler de violence catholique. […] et non, tous les musulmans ne sont pas violents, tous les catholiques ne sont pas violents.
Je crois que dans presque toutes les religions il y a toujours un petit groupe de fondamentalistes. […] Je ne crois pas qu’il soit juste d’associer l’islam et la violence. Cela n’est ni juste, ni vrai. […] Le nonce d’un pays africain m’a rapporté que dans la capitale où il se trouve, il y a toujours la queue devant la porte sainte [Ndlr : porte ouverte seulement lors du Jubilée]. Certains approchent des confessionnaux – des catholiques, d’autres s’approchent des bancs pour prier, mais la majorité avance tout droit, pour prier à l’autel de Notre Dame. […] Ce sont des musulmans, qui veulent faire le Jubilée. Ce sont des frères. […] Quand j’étais en Centrafrique, je suis allé à eux, et même l’imam est monté dans la papamobile. Nous pouvons coexister très bien.
Je demande […] combien de jeunes en Europe, avons-nous laissés sans idéal, sans travail […] ils prennent de la drogue, de l’alcool, ou vont se faire enrôler par des groupes fondamentalistes.
Le terrorisme apparaît quand il n’y a pas d’autres options ; et quand l’objet central de l’économie est le dieu argent, et non la personne – les hommes et les femmes : voilà le premier terrorisme ! L’homme et la femme ont été chassés des merveilles de la création et l’argent a été mis à leur place. C’est fondamentalement du terrorisme contre toute l’humanité ! Pensez-y ! »
[Sources : catholicnewsagency.com ; guardian.com]
Le dalaï-lama
Le 27 juillet 2016, sa sainteté le dalaï-lama a célébré son anniversaire par le message suivant : « Mes chers frères et sœurs, j’aimerais vous remercier pour vos salutations et vos vœux à l’occasion de mon 81e anniversaire. Ce qui me rendrait encore plus heureux, c’est que ces bons vœux soient transformés en un sentiment plus large de chaleureuse bonté ; que les gens agissent par vrai souci du bien-être des autres. Autrement dit : aidez les autres si vous pouvez. Si vous ne le pouvez pas au moins évitez de nuire aux autres. »
La visite du dalaï-lama au Ladakh : l’interdépendance1
« Il ne faut pas considérer le bouddhisme seulement comme une religion, mais aussi comme source de savoir et d’éducation. En tant que science de l’esprit, il peut nous enseigner comment gérer les émotions telles que la colère, la jalousie et l’avarice. Cela peut amener la paix de l’esprit, ce qui est bénéfique pour l’individu, sa famille ou sa communauté, et le monde en général. Si l’idée de pratitya-samutpada, l’interdépendance, était plus largement comprise, il n’y aurait pas de place pour la violence parmi nos frères et sœurs humains. »
(causerie au monastère Zangdok Palri, 7 août 2016)
L’harmonie religieuse
Pendant sa visite au Ladakh, le dalaï-lama s’est adressé aux dévots, au temple bouddhiste Jokhang. Il les a incités à se servir des temples non seulement comme lieux de dévotion mais aussi comme lieux d’apprentissage. Il a ensuite visité la mosquée sunnite où il a été reçu par le président de la communauté sunnite, ainsi que par d’autres dirigeants. Poursuivant vers la mosquée chiite, il a été reçu par le président et le clergé chiite. Des représentants sunnites et bouddhistes se sont joints au rassemblement chiite, dans la salle de prière. Expliquant le besoin de diversité dans les religions, le dalaï-lama a déclaré : « Différentes philosophies sont nécessaires. Depuis plus de deux mille ans, plusieurs façons de vivre se sont développées. De grands instructeurs sont apparus et ont enseigné le message de l’amour. Mais en raison de contextes différents, les manières de vivre ne sont pas les mêmes. Il existe donc différentes attitudes mentales. C’est pourquoi les différents points de vue philosophiques sont nécessaires. »
Les diverses philosophies ne sont que différentes méthodes pour convaincre de l’importance de l’amour. Chacune présente des façons de pratiquer l’amour avec force.
Sa sainteté a expliqué avoir appris de ses amis musulmans que la vraie pratique de l’islam est la pratique de l’amour. Un vrai musulman doit étendre son amour à toutes les créatures d’Allah. De la même manière, un vrai bouddhiste doit étendre son amour à tous les êtres conscients. En dépit de leurs différences, les deux philosophies ont le même but et le même objet.
Sa sainteté a fait remarquer comme il était fâcheux qu’en cette période nombre d’attaques terroristes soient attribuées à la communauté musulmane. Il a insisté sur le besoin pour chacun de changer cette attitude. « Il y aura toujours des personnes malveillantes dans toutes les communautés, qu’elles soient bouddhistes, juives, chrétiennes ou musulmanes. »
[source : dalailama.com]
1. Le bouddhisme stipule que seul l’état du nirvana est indépendant. Tout ce qui existe en dehors de cet état est dépendant, directement ou indirectement d’une ou plusieurs causes et chaque phénomène est lui-même générateur d’effets : c’est l’interdépendance ou pratitya-samutpada. Cela peut être traduit littéralement comme la « genèse interdépendante ». Le concept explique l’origine des phénomènes dans tout l’univers et comment ces phénomènes viennent en manifestation. Il sert notamment à expliquer la souffrance et l’insatisfaction de la condition humaine et les connaissant, à s’en libérer et atteindre le nirvana. Il y a un lien étroit avec la loi du karma. (NdT)
Thématiques : religions, spiritualité
Rubrique : Point de vue ()
