Lutter contre le changement climatique

Partage international no 308avril 2014

par Kofi Annan

Lorsque Nelson Mandela a fondé le groupe des Elders1 en 2007, dans le but de promouvoir la paix et les droits humains dans le monde, il nous a exhortés à faire preuve d’audace et à prêter notre voix à ceux qui en sont privés. Courage et force de conviction sont d’autant plus nécessaires pour s’attaquer au problème du changement climatique que la communauté internationale a échoué jusqu’ici à le régler.

Le changement climatique constitue le plus grand défi de notre temps. Il est une menace pour le bien-être de millions d’individus aujourd’hui, et pour celui de milliards d’autres, demain. Il compromet les chances d’accès à l’eau, à la nourriture, à la santé et au logement – des droits humains pour lesquels nous nous sommes battus toute notre vie.

Aucun individu, aucun pays n’échappera à l’impact du changement climatique. Mais ceux qui n’ont pas la possibilité de se faire entendre – parce qu’ils sont déjà marginalisés ou parce qu’ils ne sont pas encore nés – sont ceux qui courent le plus grand risque. Nous, les Elders, avons un devoir moral urgent de parler en leur nom.

Face aux preuves qui s’amoncellent, on peine à comprendre pourquoi les uns ou les autres traînent les pieds pour mettre en place le plan d’action concerté qu’exige la réduction des émissions des gaz à effet de serre. Le dernier en date des rapports du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) indique clairement que « la tendance au réchauffement de notre système climatique est sans équivoque » et que l’activité humaine en est très probablement la cause principale.

Au cours des derniers mois, les typhons aux Philippines, le vortex polaire en Amérique du Nord ou les inondations multiples en Europe, ont constitué autant d’exemples de l’accumulation d’événements météorologiques extrêmes. Evénements, qui, pour reprendre les termes d’une mise en garde des experts, sont la conséquence inévitable du changement climatique. Les coûts sont déjà colossaux. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle la Banque mondiale, le FMI et l’Agence internationale de l’énergie se sont joints à la communauté scientifique pour nous mettre en garde contre les risques que nous encourons. Les environnementalistes ne sont plus seuls à tirer la sonnette d’alarme.

Chaque année d’inaction qui s’écoule nous voit nous rapprocher du point de basculement – moment où les scientifiques craignent que le changement climatique ne devienne irréversible. Ne pas agir, c’est faire un pari terrible sur l’avenir de la planète et sur la vie elle-même.

Nous savons ce qu’il faut faire pour empêcher cette catastrophe. Il nous faut limiter la hausse des températures globales à moins de 2° Celsius au-dessus des niveaux de l’ère préindustrielle. Cela implique de tourner le dos aux énergies fossiles et d’accélérer le déploiement d’énergies renouvelables abordables, en concluant, par exemple, un accord global sur le prix du carbone. La voie à suivre passe par le respect du calendrier fixé pour la conclusion, l’an prochain, d’un nouvel accord sur le changement climatique qui soit solide, international et juridiquement contraignant, en vertu duquel chaque pays s’engage à réduire progressivement ses émissions de gaz à effet de serre.

Une année décisive

2014 est une année décisive. Le secrétaire général des Nations unies a appelé à la tenue d’un sommet sur le climat à New York en septembre. Il faut impérativement que les gouvernements et les chefs d’entreprise se rendent à ce sommet, porteurs de mesures ambitieuses pour le climat, si nous voulons avoir une chance de parvenir, en 2015, à un accord à la hauteur du défi.

Nous sommes nombreux, au sein des Elders, à avoir assumé des responsabilités gouvernementales. Nous ne commettons pas l’erreur de penser qu’il est facile de s’attaquer au problème du changement climatique. Mais nous savons que dans certains cas, quelles que soient les difficultés du contexte immédiat, les dirigeants doivent faire preuve de courage et d’audace. C’est le cas actuellement.

Nous savons également par expérience que si les leaders prennent les bonnes décisions pour les bonnes raisons, leurs électeurs les soutiendront. En choisissant d’avoir une vision à long terme et en s’affranchissant des contraintes imposées par les intérêts particuliers et les considérations politiques à court terme, ils peuvent également insuffler l’espoir, rétablir la confiance et mobiliser la société dans l’action.

La justice climatique exige, par ailleurs, que les pays les plus riches, qui ont la plus grosse part de responsabilité dans l’accumulation des gaz à effet de serre dans l’atmosphère et qui en ont tiré les bénéfices, aident les nations plus pauvres à s’adapter au changement climatique déjà en marche.

La communauté internationale est à la croisée des chemins. Au cours des prochains mois, les Elders appelleront les gouvernements, les entreprises et l’ensemble des citoyens à exercer un leadership audacieux pour parvenir à un monde neutre en carbone d’ici 2050. Jeunes ou vieux, riches ou pauvres, s’il y a une cause qui doit tous nous unir, c’est celle du changement climatique.

[Cet article a été publié à l’origine par www.theElders.org.]

1. Les Aînés, les Anciens.

Auteur : Kofi Annan, secrétaire général des Nations unies de 1997 à 2006
Sources : www.theElders.org
Thématiques : environnement
Rubrique : Point de vue ()