La Conscience 2/2

Séminaire de 1992 : Conférence d'ouverture

Partage international no 59juillet 1993

par Benjamin Creme

Le détachement

Il est difficile de devenir détaché, mais c’est absolument essentiel à l’évolution. Le détachement se produit par une expansion de conscience qui s’opère lorsque l’âme s’empare de ses véhicules, et par la réalisation que nous ne sommes pas ce corps physique, ces émotions, ces élucubrations de notre mental, mais que le véritable individu est ce qui se trouve à l’arrière plan et utilise ces véhicules pour s’exprimer. L’âme est le reflet de la monade démontrant la divinité de Dieu. Le sentier de l’évolution est une succession d’unifications : d’abord avec l’âme, puis avec la monade et la divinité elle-même, ce que Maitreya appelle le Soi, le Seigneur, l’Absolu. Ce processus consiste à abandonner progressivement notre identification au non-réel, qui n’est autre que ce que nous considérons comme réel : le monde du plan physique.

L’évolution des dévas se déroule dans la matière, et leur conscience croît grâce à leur expérience de cette matière, de ce qui est, à l’instant présent. Quant à nous, nous évoluons par notre renoncement à la matière. A la quatrième initiation, la Grande Renonciation, nous manifestons pleinement notre capacité à renoncer à tout, y compris à la vie elle-même, car nous réalisons, à ce moment là, que nous sommes la vie, que rien d’autre n’existe, que nous sommes cette Vie Une. En premier lieu, nous renonçons à nos appétits, aux besoins apparents du corps physique; puis aux réactions émotionnelles du corps astral; enfin aux élucubrations, aux croyances, aux idéologies et aux souvenirs du corps mental, à tout ce qui nous conditionne.

L’ancienne conception mécaniste stipule que l’âme, si vraiment elle existe, se trouve là-haut, et que le mental, c’est-à-dire nous, est ailleurs. Le cerveau étant le principe directeur qui sait tout, se souvient (ou croit se souvenir) de tout, exécutant entièrement le travail de liaison avec le mental. Ce concept présuppose des aspects séparés de la réalité, mais en fait il n’existe aucune scission. L’âme est intimement connectée au mental et le mental au cerveau. C’est un mécanisme unitaire à travers lequel l’âme peut finalement se manifester de la plus merveilleuse façon.

La plupart des gens considèrent que le cerveau est tout puissant. Beaucoup se demandent même si, un jour, nos ordinateurs parviendront à être supérieurs au cerveau humain. La majorité pense que ce qui caractérise l’homme, c’est son cerveau. Que c’est le cerveau qui pense, sait, se souvient de manière plus ou moins exacte; qu’il est un mécanisme tout puissant régissant toute notre expérience de la vie. Mais cela est faux. Le cerveau n’est qu’un ordinateur, un instrument complexe, merveilleux et superbement sensible, enregistrant d’une part toutes les expériences qui viennent de l’âme à travers le plan mental, et stockant d’autre part toutes les informations, toutes les réactions du système nerveux, du corps astral et du corps physique.

Lorsque le corps a épuisé son énergie, il ressent la faim et envoie un message au cerveau qui répond : « Va au McDonalds ». Le corps informe le cerveau et celui-ci nous suggère d’aller manger quelque chose. Si nous avons faim, soif, froid ou chaud, le cerveau le signale. Il nous avertit, par exemple, que le corps a froid et a besoin d’une couverture supplémentaire. Ce sont là toutes sortes de réactions instinctives qui ont permis l’évolution du règne animal. Le système nerveux envoie des signaux au cerveau qui enregistre ces informations en provenance de toute part. Le cerveau est donc un instrument extraordinaire, mais il n’est qu’un mécanisme physique. Il n’appartient qu’au plan physique, au corps physique et il meurt avec lui. Celui qui utilise le cerveau et le mental, c’est le penseur. Nous devons découvrir qui est ce penseur et nous identifier à lui. Plus nous nous identifierons au penseur, plus nous nous imprégnerons de sa conscience. Le penseur est l’homme supérieur, ou âme, le soi transpersonnel, l’ego, quel que soit le nom qu’il vous plaira de lui donner.

En nous identifiant à cet aspect supérieur, nous nous pénétrons de sa nature. Notre conscience croît et s’étend. L’accroissement de la conscience se produit précisément lorsque nous l’éveillons en nous identifiant avec cet aspect supérieur. Il est facile d’admettre que nous sommes des âmes incarnées, comme les livres nous le suggèrent. Mais c’est tout à fait autre chose d’en avoir conscience dans notre vie quotidienne et d’agir en conséquence. Il s’agit d’un processus conscient, auto-déclenché et qui, finalement, nous conduit à l’initiation. Le sentier passe donc par la prise de conscience du Soi, de l’identification avec le Soi.

Le Christ naît de l’union du père/esprit et de la mère/matière. C’est la naissance de l’homme, de l’humanité, car nous sommes, réellement, le Christ. La divinité et le monde matériel s’unissent dans l’espèce humaine. C’est pourquoi, dans l’ensemble du cosmos, tout évolue vers le stade humain, se trouve à ce stade ou l’a dépassé. Nous sommes l’état intermédiaire à travers lequel toute la création doit passer. C’est la situation particulière qu’occupe l’humanité. C’est pour cela que le principe christique est si étroitement lié à l’humanité. Grâce à une expansion de conscience progressive, nous évoluons vers la super-conscience, la conscience cosmique et au-delà; nous ne pouvons même pas imaginer ce qui se trouve au-delà de la conscience de l’être le plus évolué de notre système solaire. Et il est probable que lui-même ne peut connaître que les prémisses de ce qui se situe au-delà de lui.

Le système nerveux est un mécanisme de réponse permettant au cerveau de déterminer les signaux à envoyer aux pieds, à l’estomac, aux sucs gastriques, à l’ensemble des composants chimiques du corps. Laissé à lui-même, il s’acquitte merveilleusement de cette tâche, mais s’il s’y mêle la moindre influence d’identification névrotique avec nos émotions, tout ce parfait mécanisme peut s’en trouver inhibé, provoquant indigestions ou autres maladies. Ces maladies sont le résultat des troubles émotionnels qui viennent perturber l’action naturelle, parfaitement organisée, du cerveau dont la fonction est de prendre soin du corps physique.

Le corps physique est un principe inerte qui se meut et agit sous la seule directive de principes supérieurs. Cela explique la réalité du « pouvoir du mental sur la matière ». Vous avez peut-être vu des gens marcher sur des braises sans se brûler les pieds. Vous avez certainement vu des films ou des photographies de fakirs indiens (pas évolués du tout) se transpercer les bras avec des clous de 15 cm de long, sans aucun écoulement de sang, ou bien s’allonger sur un lit de pointes sans aucun dommage. Cela n’est pas de la fiction. C’est possible. J’ai vu un homme allongé sur des clous et un autre lui poser un bloc de béton apparemment très lourd sur l’estomac, et sauter dessus ! On s’attendrait à ce qu’il soit transpercé, eh bien pas du tout, il s’est relevé sans aide et ne portait aucune blessure, ni aucune trace de sang. C’est cela le pouvoir du mental sur la matière. Le corps physique peut, grâce à un certain entraînement, faire face à de telles agressions.

« Je pense donc je suis. » Il faudrait plutôt dire : « Je suis donc je pense. » Nous pensons car nous sommes des êtres pensants et possédons un instrument appelé mental. C’est le penseur qui pense, mais nous n’en avons pas conscience. Nous ne percevons que le résultat du processus de la pensée, son expression orale à travers le larynx, rendue possible par l’action de ces deux véhicules que sont le mental et le cerveau. C’est un ensemble interconnecté de manière très complexe. Il n’existe aucune scission entre ces deux aspects de notre être qui pourtant nous semblent séparés. C’est le système nerveux qui assume leur liaison.

On connaît depuis fort longtemps l’existence des systèmes nerveux sympathique et parasympathique, et on les a étudiés. De nos jours, les neurologues ont une telle connaissance qu’ils peuvent pratiquer des interventions chirurgicales extrêmement délicates sur diverses parties du système nerveux, ce qui paraît effrayant aux profanes. Ces neurochirurgiens accomplissent ce travail avec une parfaite assurance pour ne pas dire sans nervosité et sans aucune appréhension. Ils ont été bien formés et connaissent leur métier. Ils considèrent le système nerveux comme un organe comme un autre, ce qui est exact. Ils pensent qu’il s’agit d’un élément du monde matériel ce qui, dans un certain sens, est également vrai. Mais ce n’est pas que cela.

Nous serons amenés à découvrir que le système nerveux et les ganglions constituent un mécanisme des plus complexes grâce auquel l’âme fait sentir sa présence dans tous ses véhicules. Des substances de nature « gazeuse », émises par l’âme, circulent dans de minuscules filets nerveux appelés nadis. Ces gaz sont de nature si subtile que les méthodes scientifiques actuelles ne peuvent les déceler. Ils forment un flux qui se répand dans l’ensemble du système nerveux et c’est ainsi que les impulsions, l’énergie, le dessein, la volonté et l’amour venant de l’âme pénètrent dans son véhicule. Bien sûr, plus l’individu est évolué, plus ce processus est accentué. C’est de cette manière que l’âme prend possession de son véhicule et déverse son énergie sur le plan physique.

Comment l’âme opère-t-elle, par quelle méthode ?

C’est à travers l’antahkarana, le pont de lumière, que l’âme déverse son énergie dans son reflet, l’individu sur le plan physique. L’âme construit l’antahkarana vers le bas, lorsque l’individu commence à méditer. Grâce à la méditation et à l’aspiration, l’individu le construit également en direction de l’âme. C’est un double processus. L’antahkarana est une colonne de lumière composée de trois courants de force : Volonté, Amour-Sagesse et Intelligence, qui pénètrent dans le véhicule par le chakra coronal, au sommet de la tête. De là, le flot de lumière se répand dans tout le système nerveux par l’intermédiaire des nadis. C’est là le rôle fondamental du système nerveux.

Si nous considérons l’évolution d’un point de vue purement matériel, nous constatons que c’est un processus au cours duquel apparaissent des espèces pourvues d’un système nerveux de plus en plus complexe. La complexité du système nerveux est fonction du stade d’évolution de l’espèce. Plus l’espèce est primitive, plus son système nerveux est rudimentaire, car il n’a que des réactions limitées face à la vie. Lorsque l’ensemble des réactions à la vie devient les réactions à la vie de l’âme, cela signifie que nous évoluons dans la conscience. La vie génère la conscience, sans elle, la conscience n’existerait pas. La réaction à la vie de l’âme est donc une réaction à l’aspect conscience. L’âme dispose d’un système nerveux extrêmement complexe afin de répandre dans l’être humain son influx de nature gazeuse, à des températures, des débits et des puissances variés. Cela entraîne nos prises de conscience sur les plans physique, astral/émotionnel et mental, nous conduisant finalement à la troisième initiation. A ce moment là, les trois corps vibrent de façon synchrone et l’âme peut pleinement habiter son véhicule. Avant cela, elle ne fait que le préparer, l’entraîner. A la troisième initiation, l’âme prend véritablement le contrôle de ses véhicules dans le sens le plus complet, les nadis étant entièrement ouverts et constituant de purs canaux pour le passage du flux gazeux en provenance de l’âme. Ce gaz constitue la vie et la nature même de l’âme et se déverse à flot dans son véhicule sous forme d’énergie. Il n’existe rien d’autre. Finalement, nous élaborons un véhicule vibrant de manière tellement synchrone sur les trois plans que l’âme peut véritablement l’habiter. C’est ainsi que naît l’Être divin. La troisième initiation, l’initiation de la Transfiguration, peut alors avoir lieu.

Le sentier du renoncement commence alors sérieusement. Manifestant pleinement Volonté, Amour et Intelligence, l’individu se consacre alors totalement au rôle que le Logos a prévu pour l’âme humaine : s’affranchir de la matière. Notre évolution, en tant qu’être humain, consiste à nous libérer de tout ce qui empêche la lumière de se répandre. Nous évoluons grâce à l’absorption de la lumière : la conscience est lumière. La conscience ou principe christique, en se répandant dans les corps de l’initié, les sature de lumière. A la quatrième initiation, les trois-quarts du corps sont devenus lumière. Le processus s’achève à la cinquième initiation et le Maître est affranchi pour toujours de l’attraction de la matière. Il a totalement spiritualisé la matière, au niveau individuel. Lorsque chaque individu aura accompli ce processus, la planète sera totalement spiritualisée. L’énergie du rayon de notre Logos sera alors transmuée en lumière pure vibrant sur la fréquence la plus élevée possible, brillant de tout son éclat à travers tous les règnes. Le plan d’évolution de notre Logos sera alors achevé et nous aurons accompli notre part dans ce processus.

Auteur : Benjamin Creme, (1922-2016) : artiste et ésotériste britannique, ancien rédacteur en chef de Share International. Son contact télépathique avec un Maître de Sagesse lui permettait de recevoir les informations les plus récentes concernant l’émergence du Christ et de s’exprimer sur les enseignements de la Sagesse éternelle.
Thématiques : sagesse éternelle, spiritualité
Rubrique : Divers ()