Partage international no 237 – mai 2008
Un effort sans précédent pour rallier toutes les énergies autour d’un nouveau projet de société applicable à l’ensemble de la planète a été annoncé au cours d’une rencontre en mars 2008 à Berlin. La Coalition pour les biens communs1 est constituée d’un groupe de personnalités de la société civile, du monde des affaires et de la politique, qui souhaitent organiser un débat de grande envergure sur un plan d’action dont tous les peuples du monde seraient les auteurs. Il s’agit de trouver des solutions aux problèmes mondiaux et de mettre en place des « freins et contrepoids » aux actions des gouvernements et des entreprises.
La stratégie de ce dialogue mondial a été exposée dans ses grandes lignes par le prince El Hassan ben Talal de Jordanie, qui préside un groupe de leaders internationaux qui supervisera le processus de consultation. « Si nous ne parvenons pas à instaurer ce dialogue et à mettre en pratique un nouveau cadre relationnel entre toutes les nations dans les années qui viennent, les tensions économiques et religieuses que nous voyons se créer aujourd’hui entraîneront en toute probabilité un conflit mondial, a déclaré le prince Hassan. Le temps est venu pour nous tous d’écouter, de nous parler et de demander à tous les peuples du monde de se mettre d’accord sur un plan d’action responsable. »
La Coalition recueillera l’opinion de tous, simples citoyens et experts, sur des questions qui transcendent les frontières nationales, et auxquelles ni les gouvernements ni les entreprises ne peuvent apporter de réponse. Les consultations aborderont aussi la question de la réforme de l’économie mondiale, la création de taxes sur les transactions internationales pour financer le développement durable, et la mise en place d’institutions multilatérales pour une gouvernance mondiale.
« La plupart du travail de coordination du projet se fera par Internet, a annoncé Frithjof Finkbeiner, l’un des organisateurs. Avec les outils de communication qui existent aujourd’hui, les réunions de planification et de stratégie peuvent avoir lieu n’importe où, ce qui économise beaucoup de voyages, et donc du temps et des ressources. Internet permettra de canaliser les retours des consultations dans les villages et les communautés autour du monde, les sondages électroniques, les forums, les réunions de quartier, les séminaires, les conseils de tribu, et d’être à l’écoute de tous les projets. »
Les informations et les idées qui seront collectées autour du monde seront mises en ligne sur un site Internet interactif, global-commons.org, afin d’être accessibles à tous et faire l’objet de débats.
L’étape initiale de cette consultation mondiale se poursuivra jusqu’en 2010, date à laquelle se tiendra la première Convention sur les biens communs. Des délégués représentant tous les peuples du monde s’y rencontreront pour déterminer la conduite à suivre.
« Certains de ces sujets ont déjà été abordés par des groupes un peu partout, mais jamais à cette échelle, a observé le prince Hassan. Pour la première fois, des représentants internationaux dans tous les secteurs – les gouvernements, les affaires et la société civile – sont invités à participer. Toutes les questions transfrontalières seront mises sur la table. »
Le prince Hassan a ajouté que les échanges pourront déboucher sur un referendum mondial – une « voix des peuples » – sur toutes les questions relevant de l’interdépendance des nations. Il a déclaré que les nouvelles technologies, associées aux réseaux informatiques en plein développement et à l’intérêt du public pour les questions d’ordre mondial, ont permis l’éclosion de ce projet unique visant à obtenir un consensus mondial sur les problèmes les plus urgents de la planète.
Le groupe du prince Hassan, le Conseil éminent, fera office de corps consultatif dans le cadre du processus de consultation internationale, coordonné par un secrétariat. Les retours émanant tant d’individus que de groupes de toutes sortes seront collectés sur le site Internet. En parallèle, au fur et à mesure de ces retours, des changements seront apportés au plan global qui sera l’objet d’un processus évolutif permanent grâce au travail de synthèse effectué par des rédacteurs.
Les discussions s’organiseront autour des thèmes suivants :
- Vivre selon les principes d’une spiritualité, d’une morale et de valeurs qui soient universelles.
- Atteindre les Objectifs de développement du millénaire.
- Protéger nos ressources mondiales communes.
- Restructurer les lois de l’économie et les institutions mondiales.
- Etablir de nouvelles formes de gouvernance.
- Générer des financements multilatéraux à travers la mise en place de normes internationales.
- Réaliser les potentiels humains et sociaux.
« Nous avons tenu cette conférence à Berlin pour démontrer les défis qui se présentent à nous, a déclaré James B. Quilligan, l’un des organisateurs de la rencontre. Quand le mur de Berlin est tombé, en une semaine, en 1989, personne n’avait pu prédire qu’un tel événement se produirait aussi vite. En moins d’un an, l’Allemagne a été réunifiée. Le processus de consultation sur les biens communs est aussi un véritable défi, mais Berlin a déjà été le témoin du retournement inopiné de choses apparemment impossibles. »
- Les biens communs sont ceux qui « n’appartiennent (ou ne devraient appartenir) à personne, dont nous partageons tous les bienfaits et qui sont essentiels à la vie. Cela va de l’air que l’on respire, à l’eau que l’on boit, jusqu’aux identités culturelles et à la paix.
