Les paires d’opposés – Questions et réponses (2/2)

Séminaire 2002

Partage international no 179juillet 2003

par Benjamin Creme

Transcription des questions posées à Benjamin Creme à l’occasion de la rencontre des groupes de transmission qui s’est déroulée à San Francisco, aux Etats-Unis, en juillet 2002

Q. Est-il exact de dire que seuls le karma et le mirage nous empêchent de parvenir à la réalisation du Soi ?
R. Pour répondre brièvement à votre question, je dirai non. Mis à part le karma et le mirage, qu’est-ce qui nous empêche de parvenir à la réalisation du Soi ? Nous-mêmes. Le fait que nous soyons immergés dans la matière crée le karma. C’est aussi ce qui engendre le mirage, les conflits, et crée ainsi le feu qui génère l’énergie nécessaire à l’évolution. En même temps, tant que nous sommes plongés dans ce conflit, nous produisons du mirage et du karma négatif.
Cependant le Maître Djwhal Khul a déclaré (par l’intermédiaire d’Alice Bailey) qu’il est créé davantage de bon karma que de mauvais karma. Pouvez-vous imaginer cela ? Ce vieux monde pourri, avec ses systèmes politiques corrompus, crée moins de mauvais karma que de bon karma. Ce qui empêche la réalisation du Soi, c’est l’inertie du disciple – tout d’abord, l’inertie de la matière dont nos corps sont constitués. Ces corps sont créés par de minuscules vies déviques. Chaque atome est une petite vie qui poursuit sa propre évolution en faisant partie du corps d’un homme qui lui-même évolue. Cette vie dévique se prépare petit à petit à devenir finalement un être humain.
Tout dans la vie, dans l’ensemble du cosmos, est en voie de devenir humain, est humain ou a dépassé ce stade. L’homme se situe à mi-chemin, au point de rencontre de l’esprit et de la matière. Tel est le problème, le défi, l’extraordinaire expérience qui est la nôtre, fournir le point exact de rencontre entre l’esprit et la matière, rendant ainsi l’évolution possible. Les conditions, empreintes de conflits et de violence, que nous créons sont les mirages résultant de la différence de vibration entre notre réalité spirituelle et la matière dont sont constitués notre corps physique, notre corps astral et notre corps mental. Chacun de ces corps est composé de minuscules vies déviques ou angéliques. Les mirages sont surmontés lorsque nous commençons à contrôler l’activité de ces vies dont le but est orienté vers elles-mêmes. Tant qu’elles sont aux commandes, la matière reste la matière. Lorsque la maîtrise est exercée par l’énergie de l’âme, nous transformons progressivement la matière atomique, et nous prenons le contrôle du sentier de l’évolution. C’est la raison pour laquelle il est si important de saisir la non-dualité des paires d’opposés, en foulant le sentier qui passe entre les deux, non pas dans le but d’éviter l’un ou l’autre, mais par détachement.
C’est le sentier de l’initiation. Les corps sont peu à peu transformés par l’âme. La réalisation du Soi se rapproche lorsqu’on passe progressivement d’une initiation à la suivante. Chaque initiation apporte une fréquence plus élevée aux vies déviques composant la structure atomique de nos corps physique, astral et mental. Cette structure atomique est progressivement modifiée et l’activité des vies déviques se transforme. Elles cessent d’être aux commandes. Leurs pulsions nourrissent notre corps, mais l’énergie de l’âme commence à assurer le contrôle. La personnalité maîtrise davantage le corps physique, qui commence à répondre aux instructions du plan mental. Le corps astral, lui aussi, commence à devenir plus calme. En fait, le corps astral devrait être comme un lac tranquille et il le deviendra au fur et à mesure de l’évolution. Il cessera progressivement d’être balayé par les émotions. Il agira alors comme un miroir reflétant le niveau de conscience bouddhique. Le niveau bouddhique est le second niveau de la Triade spirituelle, laquelle fait intervenir la volonté, l’amour-sagesse et l’intelligence de l’âme. La conscience bouddhique, reflétée sur ce lac tranquille, est ce que nous expérimentons sous forme d’intuition.
Les minuscules vies déviques du plan astral sont plus ou moins bien contrôlées jusqu’au niveau d’initiation 1,5-1,6, où commence la polarisation mentale. Ensuite, elles s’imposent de moins en moins dans la vie de l’individu. Cela ne signifie pas pour autant que nous n’ayons plus d’émotions, mais elles sont de moins en moins capables de nous envahir et de nous submerger. Nous apprenons à nous détacher de leur impact sur le corps astral.
L’énergie de l’âme est tellement plus élevée que celle du corps astral, composé de matière, que nous prenons progressivement le contrôle du plan astral. Ce contrôle est cependant loin d’être total avant le niveau 2,5-2,6, où commence la polarisation spirituelle.
De notre point de vue, la vie dévique est la vie de la matière. Du point de vue des dévas, c’est une vie totalement consciente. Elle est similaire à celle des cellules de notre corps qui ont leur propre existence en de-hors de notre conscience mentale et agissent en accord avec notre ADN et la quantité de vitamines, de minéraux et de nourriture que nous leur donnons à absorber. Si nous leur apportons suffisamment d’énergie de l’âme, nous commençons à les contrôler.
Tout autant que le karma, c’est notre capacité à changer la qualité de vie de nos véhicules qui détermine le moment où nous atteindrons la réalisation du Soi. Ou bien c’est nous qui avons le contrôle, ou bien ce sont les dévas. Mais l’action du grand aimant que nous appelons la Vie, et qui guide vers l’avant l’ensemble de l’évolution, devient, tôt ou tard, trop forte pour que n’importe quel groupe ou individu puisse y résister, et nous sommes poussés vers l’avant, bon gré mal gré. Nous ne sommes peut-être pas encore parvenus au stade de la réalisation du Soi, mais nous y parviendrons un jour.
Ce n’est pas seulement le mirage ou le karma qui empêche la réalisation du Soi ; mais le poids du karma et la densité du mirage dépendront du degré de maîtrise que les individus possèdent ou ne possèdent pas sur leurs véhicules.

Q. Comment agit le karma ?
R. Le karma est la principale loi gouvernant la vie dans notre système solaire. En raison de cette loi, chaque pensée, chaque action, met en mouvement une ou plusieurs causes. Les effets découlant de ces causes font que nos vies sont ce qu’elles sont, en bien ou en mal. C’est une loi toute puissante et parfaitement juste.
La loi du karma cherche à parvenir à un point d’équilibre. C’est essentiellement cela le karma, la réalisation de l’équilibre. Si nous mettons en mouvement des causes dont les effets engendrent le conflit, la violence, la discorde, la peine, la souffrance et le mal, inévitablement pour créer l’équilibre, les causes doivent être résorbées. Elles le sont par nous-mêmes qui les avons créées. Nous en recevons les effets, le choc en retour. Et nous nous étonnons, nous disons : « J’ai eu une période très difficile, quelle année de malchance. » Tout cela est la résolution du karma passé. Cela peut ne pas être le passé immédiat, mais celui de vies antérieures.
Le Maître Djwhal Khul a également affirmé que personne ne reçoit davantage de karma négatif qu’il n’est capable d’en supporter. Tout le monde ne peut partager cette conception des choses, notamment les personnes qui décident de se suicider, parce qu’elles n’ont pas la force de faire face au karma de leurs actions, ou d’affronter la vie pour diverses raisons. Elles se disent : « Non, la vie est tout simplement impossible. Je ne peux continuer à vivre ainsi », oubliant qu’elles ignorent ce qui arrivera demain. Le suicide n’est jamais une sortie intelligente car nous ne savons pas ce qui nous attend. Nous n’imaginons pas que tout pourrait changer et que nous pourrions connaître au cours des vingt prochaines années un bonheur dépassant toutes nos attentes. De la résolution du karma que nous trouvons si lourd à porter aujourd’hui peut naître le bonheur, le bien-être, la facilité, le « bon karma », comme nous l’appelons, des années à venir. Le karma n’est pas l’accomplissement du commandement de Dieu, « œil pour œil, dent pour dent ». Cette vision très négative de la loi du karma appartient au passé. Dieu, ou celui que nous appelons Dieu – que ce soit le Dieu de cette planète, l’Homme céleste, ou le Dieu de notre système solaire, le Logos solaire – est essentiellement bon. Cette bonté imprègne chaque aspect du karma, même si nous le ressentons comme négatif et douloureux à l’extrême. Il tend à établir l’harmonie et l’équilibre – avant tout l’équilibre – un équilibre parfait entre les énergies et les causes qui les mettent en mouvement.

Q. Nos actions passées rendent-elles inévitables nos expériences futures ?
R. Nos expériences futures sont inévitables en ce sens qu’elles rétablissent l’équilibre si nous avons enfreint la loi d’innocuité.

Q. Peut-on éliminer du karma par le service et des changements de conscience ?
R. Oui. Le karma peut s’effacer si nous apprenons à vivre selon le Plan. Nous ne créons pas de mauvais karma si nous n’accomplissons pas de mauvaises actions. Si nous ne volons pas et si nous ne bombardons pas les pays pauvres et d’autres choses de ce genre, nous ne créons pas de karma négatif. D’où la nécessité de l’innocuité dans toutes nos actions, que ce soit au niveau individuel, national ou international.
Si, par exemple, nous savons que le Plan d’évolution exige que nous vivions en paix et en harmonie tous ensemble, en partageant les ressources de la planète qui sont destinées à tous, et si nous parvenons ainsi à faire régner partout l’harmonie, la justice et la liberté, nous pouvons être assurés que la vie de chacun progressera selon la loi. Nos vies seront bonnes, fructueuses, créatrices, et resplendissantes dans tous les sens du terme.
Lorsque nous engendrons le conflit, la violence, la haine, l’injustice et l’oppression, nous créons du karma négatif. Nous n’agissons plus selon le Plan de Dieu. Le Plan de Dieu est une réalité. En termes bibliques, c’est quelque chose de vague et de mystique, mais en termes ésotériques il s’agit d’une réalité concrète. L’ésotérisme est la plus concrète des sciences ou des philosophies. Grâce au service et aux changements de conscience qui s’ensuivent, nous brûlons du karma.
En changeant nous-mêmes, nous changeons la nature du karma que nous créons, et nous pouvons résoudre plus facilement le karma du passé.

Q. Vous avez dit que l’âme était parfaite à son propre niveau. Dans ce cas, pour quelle raison a-t-elle besoin de traverser le processus d’évolution ?
R. L’âme à son propre niveau est la réflexion parfaite de l’Homme céleste, le Dieu de notre planète. Elle n’a pas besoin d’une évolution plus élevée sur cette planète. C’est l’âme en incarnation qui a besoin de perfection. Elle vient en incarnation par sacrifice, c’est sa propre volonté de sacrifice qui la pousse à s’incarner pour mener à bien le Plan du Logos.

Q. Comment spiritualisons-nous la matière ?
R. Tout d’abord en spiritualisant la matière de nos propres corps. En tant que race humaine nous spiritualisons les règnes animal, végétal et minéral par la radiation de l’énergie de notre âme. Le secret de la transformation de l’inférieur en supérieur passe par la radiation. C’est la raison pour laquelle à l’extrémité du premier règne, le règne minéral, existe la matière radioactive. La radioactivité est la limite entre le règne minéral et le règne végétal. La radiation est le lien qui rend la végétation possible.
Lorsque le règne végétal évolue, il crée, par la radiation, un lien avec le règne animal. La radioactivité du règne végétal se situe dans le parfum et les couleurs des fleurs, par exemple. Toutes ces magnifiques couleurs et ces merveilleux parfums sont des radiations d’énergie. A l’extrémité du règne végétal certaines plantes mangent des insectes, et ainsi débouchent dans le règne animal.
Le règne animal évolue, et finalement forme un corps pour le règne suivant, le règne humain. Nous devons notre corps physique au règne animal, mais nous ne sommes pas des animaux. Nous sommes le règne suivant qui se développe par la radiation du mental.
Le mental est une faculté de radiation, et il rend possible l’évolution de l’humanité. En émettant de plus en plus de radiations, nous traversons le processus de l’initiation. A chaque initiation nous recevons une vibration d’énergie plus élevée, devenant ainsi plus magnétiques et attirant davantage de matière subatomique dans nos corps, qui se transforment progressivement pour devenir le corps de lumière d’un Maître. Lorsque nous passons la cinquième initiation, nous sommes un Maître, nos corps sont entièrement composés de lumière.
Nous avons toujours été cette lumière, nous y retournons, mais en pleine conscience. Tel est le travail de l’âme en tant que Divin intermédiaire entre le niveau spirituel et le niveau physique. L’âme rend possible la spiritualisation de la matière. Cette spiritualisation se poursuit à travers tous les règnes jusqu’à ce que la planète ait atteint la perfection voulue par le Plan qui réside dans le mental du Logos planétaire. A chaque initiation, une partie du Plan nous est dévoilée. Nous avons ainsi une vision plus profonde de ce Plan et du rôle que nous devons y jouer. C’est ce en quoi consiste réellement l’initiation. Elle stabilise le degré de radiation atteint et, par conséquent, la quantité de lumière qui se trouve dans les corps de l’initié à chaque initiation.

Q. Quelle est la différence entre l’aspiration et l’instinct chez les animaux ?
R. L’aspiration et l’instinct ne sont pas tout à fait identiques. Ils sont liés, naturellement. Les oiseaux en vol sont guidés par l’instinct et l’utilisation de certains facteurs comme la position du soleil, dont ils se souviennent par instinct. Les plus âgés éduquent les plus jeunes, ceux-ci suivent par instinct et deviennent finalement capables de survoler toute la planète. C’est cela l’instinct, mais ce n’est pas la même chose que l’aspiration. Les animaux évoluent grâce à leur instinct, qui se situe au-dessous du seuil de la conscience. Mais ce qui pousse un poisson à sortir de la mer et à devenir un mammifère, c’est l’aspiration, bien qu’à ce niveau elle fonctionne comme une sorte d’instinct. Le poisson aspire alors à une fonction plus élevée, à une plus grande mobilité. Voler est l’un des rêves de l’humanité car nous savons qu’en réalité nous sommes immatériels. Nous sommes enfermés dans un corps matériel, mais en essence nous n’avons pas de poids. C’est l’aspiration vers la légèreté, vers la qualité de la lumière elle-même, la qualité de la vie en dehors de la forme. C’est reconnaître que la véritable nature de la vie se trouve en dehors de la forme.
La forme rend la vie visible ; nous reconnaissons la vie par son impact sur nos propres vies à travers la forme. Mais chacun a rêvé d’une vie en dehors de la forme, une vie où la conscience existerait sans la forme. Il existe des vies colossales dans notre système solaire qui accomplissent des actes d’une valeur et d’une créativité extraordinaires et qui, cependant, sont dépourvues de toute forme. Nous-mêmes reconnaissons seulement ce qui possède une forme car notre vision est limitée.
Dans la première race, la race lémurienne, l’humanité dut développer le corps physique. Maintenant nous bougeons, nous agissons, nous courons sans y penser. Tous ces gestes se situent au-dessous du seuil de l’action consciente. Nous travaillons désormais sur le plan mental, nous formulons des idées, nous utilisons le raisonnement. Notre science s’est construite sur la compréhension des lois qui gouvernent ce niveau de pensée. Nous savons que nous sommes capables de réfléchir, de construire des ordinateurs, des navettes spatiales, et que, si nous faisons exactement ce qu’il faut, la navette spatiale tournera autour de la Lune ou autour de Mars, et pourra être ramenée sur la Terre. Nous connaissons nos capacités. Il s’agit d’utiliser le mental concret pour créer des outils, qui accompliront avec succès le travail nécessaire.
Il existe un niveau de conscience qui n’utilise ni le raisonnement ni le calcul, mais une qualité beaucoup plus abstraite, l’intuition, qui vient de l’âme. La prochaine race humaine ne pensera pas comme nous le faisons, elle utilisera l’intuition. Les personnes les plus avancées de la race actuelle utilisent déjà l’intuition dans une certaine mesure. Nous employons le terme « intuition » de manière très approximative. Nous la con-sidérons comme une fonction du mental, alors qu’elle vient du niveau de la conscience bouddhique, celle de l’âme.
L’intuition se réfléchit sur le plan astral, lorsqu’il est tranquille comme un lac. On sait sans savoir, sans même penser. On sait parce que l’on sait, tout simplement. Actuellement nous devons utiliser à la fois le mental rationnel et ce que l’on pourrait appeler un mental intuitif. Finalement, la pensée, le mental rationnel, l’ordinateur, descendra au-dessous du seuil de conscience, nous saisirons les choses immédiatement par intuition et connaîtrons la réponse sans avoir besoin d’y réfléchir.

Q. Nous avons constaté qu’en cas de conflit, il suffisait de prendre les choses avec détachement pour que les paires d’opposés se résorbent. Pourquoi le détachement est-il si difficile ?
R. Le détachement est difficile parce que nous sommes immergés dans la matière. Si l’âme s’exprimait totalement à travers la matière, le pôle opposé, nous n’aurions aucune difficulté à nous détacher. Ce serait automatique car l’âme est totalement détachée. Elle est remplie de l’amour de Dieu. Elle vient en incarnation pour mener à bien le Plan de l’évolution. Mais elle n’est attachée à rien. L’âme n’a pas la notion du temps. Elle n’est pas pressée, elle ne nous bouscule pas.
Il existe cependant différents moyens pour l’âme de nous pousser et elle le fait parfois. Elle peut par exemple donner à son véhicule une vie de sévère inhibition, que ce soit dans le domaine physique, émotionnel ou mental, ou les trois. Pourquoi le fait-elle ? En mettant à part le fait d’accidents qui se produisent parfois au moment de la naissance, l’âme peut agir ainsi lorsque la personne, au cours de plusieurs vies successives, n’a progressé que très peu, ou même pas du tout. L’âme inhibe alors tout progrès jusqu’à ce que la personne ait brûlé son karma. Elle peut ensuite revenir dans une vie où elle avance de manière considérable. Une vie extrêmement limitée sur le plan physique, en raison d’une maladie ou d’un dysfonctionnement, peut être le prélude à une grande avancée.
Pourquoi est-ce si difficile d’être détaché ? C’est difficile, un point c’est tout. Si c’était facile, tout le monde y parviendrait. Ce n’est pas facile parce que les gens sont attachés – tout le monde l’est. Nous sommes attachés à notre corps physique parce que nous pouvons le voir : nous nous identifions à lui, nous voulons le préserver. L’instinct d’auto-préservation est très fort. La préservation du corps physique est le principal instinct, c’est pourquoi nous restons sur le trottoir lorsqu’une voiture ou un bus arrive. Il est nécessaire que cet instinct d’auto-préservation soit très fort, sinon la vie n’existerait pas.
Nous prenons également nos émotions très au sérieux. Nous les considérons comme réelles, mais il n’en est rien. Chacune de nos émotions est le résultat d’un mirage, de notre imagination. C’est comme un rêve. Lorsque nous dormons nous passons beaucoup de temps à rêver. A notre réveil, nous disons : « C’était terrible. Dieu merci, ce n’était qu’un rêve. » Nous avons créé ce rêve nous-mêmes. C’est quelque chose de purement symbolique, lié à certaines peurs ou certaines situations de notre vie de tous les jours. Le même rêve peut parfois revenir sans cesse, même toute notre vie durant. Il ne s’agit que de la répétition symbolique de quelque chose qui nous trouble, peut-être depuis l’enfance et que nous n’avons pas été capables de surmonter en grandissant, quelque chose que notre mère, ou notre père, a fait ou n’a pas fait, quelque traumatisme. Ou bien les rêves peuvent résulter d’événements quotidiens qui nous ont déplu, ou ont suscité notre colère ou notre tristesse, ou encore un sentiment d’apitoiement sur nous-mêmes.
Toutes ces émotions sont irréelles. Lorsqu’elles pénètrent dans nos rêves, ceux-ci sont aussi irréels que s’il s’agissait des émotions elles-mêmes. Le mental humain a la faculté de créer des formes-pensées qui peuvent apparaître sous forme de rêve. Ce n’est qu’au cours du sommeil profond que le mental inférieur est vraiment au repos, sinon il reste toujours plus ou moins actif. Plus nous nous approchons du réveil, plus il devient actif et c’est juste avant de nous éveiller que nous faisons les rêves les plus intenses.
Les gens prennent leurs rêves et leurs émotions au sérieux. Ils pensent qu’ils sont nécessaires. Mais aucune de nos émotions n’est nécessaire. Le sentiment qui vient du cœur est quelque chose de tout à fait différent des émotions qui viennent du corps astral ou émotionnel. Les émotions sont à l’origine du mirage qui pèse si lourdement sur l’humanité. Mais il n’est pas nécessaire d’être attaché. Nous pouvons nous détacher. Tel est le but de l’évolution.
Dès que l’on parvient au niveau 1,5 ou 1,6, on commence à trouver que ce qui semblait impossible lorsqu’on était au niveau 1,2 ou 1,3 devient plus facile. Nous ressentons toujours les émotions, mais elles ne nous submergent plus autant, ni aussi souvent. Elles restent présentes, mais elles perdent de leur intensité et nous découvrons que nous pouvons nous en détacher très facilement. En posant simplement la question : « A qui arrive cette émotion ? A moi. Qui suis-je ? » Dès que nous posons la question : « Qui suis-je ? », nous déplaçons le point d’identification et nous créons un espace entre nous-mêmes et l’émotion. Si nous agissons ainsi à chaque fois que quelque chose fait monter une émotion en nous, nous constaterons que nous sommes capables de prendre une certaine distance. Les émotions n’auront plus d’effet sur nous, ou seulement pendant quelques minutes. Elles ne dirigeront plus nos vies.
Le plan astral est le siège de la conscience des personnes polarisées sur ce plan. Si elles sont dotées d’imagination astrale, les problèmes augmentent. Il suffit pour le constater de voir les livres qui ornent les étagères des librairies ésotériques, tout le non-sens astral qui passe pour de la sagesse aux yeux de milliers de personnes.
Ce qui a de la valeur, c’est ce qui est réel, et on ne peut l’atteindre que lorsqu’on est détaché. Si nous regardons quelque chose de manière détachée, nous en avons une expérience totalement différente. Lorsque nous y sommes attachés nous le voyons de manière entièrement subjective, nous sélectionnons ce qui nous intéresse. Nous voulons nous faire plaisir et nous prenons ce qui nous plaît, ce qui nous donne une meilleure opinion de nous-mêmes.
Si nous regardions les choses avec détachement, nous réaliserions peut-être que tout cela n’a rien à voir avec nous, n’a aucune valeur pour nous. Ce n’est pas nécessairement irréel mais cela n’a pas de valeur pour nous. Ce que nous devons apprendre à faire, c’est travailler de manière plus objective, en étant davantage en relation avec le Plan d’évolution qui dirige l’ensemble. Nous jouissons du libre arbitre, mais il nous faut adapter notre libre arbitre à la volonté de Dieu. On croirait entendre parler un homme d’église ! Quand je parle de Dieu, je ne veux pas dire un vieil homme avec une barbe. Je veux dire les lois qui émanent de la nature même de Dieu, l’Homme céleste, les lois qu’il a mises en mouvement et qui ont créé notre planète. Si nous considérons objectivement sa ligne d’action, c’est-à-dire son Plan, sa conscience de ce qui est permis ou possible, et si nous essayons de l’accomplir parce que nous nous sentons équipés pour cela, alors il ne s’agit plus du tout d’une vision subjective des choses.

Q. Vous avez déclaré que la rééducation de l’humanité était particulièrement importante. Comment transmettre l’enseignement concernant les paires d’opposés et le détachement ?
R. Vous pouvez expliquer que l’humanité est un règne spirituel, que l’essence même de la vie est spirituelle et que nous sommes des âmes en incarnation. L’âme s’incarne dans la matière qui, au niveau actuel de notre existence, nous apparaît comme le pôle opposé de l’esprit. C’est exact, mais seulement dans un sens relatif.
Il existe une gradation dans la matière, suivant la quantité de particules de nature atomique ou subatomique qu’elle détient. L’aspect esprit est réel à son niveau, et en se manifestant sur le plan physique il change la qualité de la matière. La matière est l’aspect le plus bas de l’esprit, et l’esprit l’aspect le plus élevé de la matière. Lorsque l’aspect matière est spiritualisé, il remonte progressivement à travers les différents plans et au cours de ce processus il devient de plus en plus parfait.
Cette spiritualisation de la matière est le rôle de l’humanité au sein de l’évolution. En tant qu’âmes, nous sommes descendus, nous nous sommes immergés dans la matière. L’âme crée des corps de matière, physique, astrale et mentale, et une personnalité qui les synthétise. Cette personnalité est, en quelque sorte, la somme de toutes les personnalités qui ont servi de véhicule à l’âme au cours d’innombrables siècles.
L’humanité dans son ensemble est en train d’atteindre un niveau où, à grande échelle, la personnalité devient la véritable expression de l’âme. L’intégration de la personnalité se poursuit rapidement et elle peut faire un meilleur usage de l’énergie et des véhicules de l’âme, créant ainsi des véhicules mieux adaptés, plus aptes à transmettre l’énergie spirituelle, capables de rayonner davantage et d’accéder à davantage de connaissances. Il s’agit de parvenir à la fois à atteindre certaines qualités et à les exprimer, en forgeant un instrument adapté à ce but.

Q. Pourriez-vous expliquer la différence entre le concept de solution et celui de résolution dans la manière de traiter le conflit entre les paires d’opposés ?
R. Il ne s’agit pas de solution, mais de résolution. Nous résolvons la dichotomie apparente entre l’esprit et la matière dès que nous cessons de les voir comme une dualité, celle-ci n’existant que dans un sens relatif. Il y a, d’un côté, la monade et sa réalité spirituelle et de l’autre, le plan physique et sa réalité matérielle. Du point de vue de la monade, le plan physique n’est pas une réalité. C’est une ombre, comme sur un écran de cinéma. Nous voyons ce qui ressemble à des gens, mais nous savons que ce ne sont pas des personnes réelles. Il existe un écran et nous voyons un spectacle d’ombres projeté sur cet écran. Nous voyons par exemple des vallées, des montagnes et des cow-boys qui se tirent dessus. Cela semble réel mais cela ne l’est pas. C’est ainsi que l’âme voit le plan physique.
Ce plan n’a pas de réalité pour l’âme, si ce n’est de manière relative. Tout le monde est là, ainsi que les arbres et les maisons, mais dans la vision de l’âme tout cela ne fait qu’un, comme un spectacle d’ombres mouvantes. C’est comme un jeu, cela n’a rien de sérieux. Si sérieux que cela puisse être pour nous, si nous avions la vision de l’âme, les différentes péripéties nous feraient sourire tant elles sont fantaisistes. C’est un phénomène de lumière sans consistance et sans importance. Au fur et à mesure que l’on s’élève, il existe de moins en moins de forme, de moins en moins de substance, mais de plus en plus de réalité et de sens. Ici nous avons une forme dense et peu de substance intérieure. Vu des plans supérieurs, cette forme paraît dépourvue de consistance et irréelle, mais ici elle est tout à fait solide et bien réelle. Les choses que nous voyons, que nous touchons et que nous utilisons, depuis les locomotives jusqu’aux tanks, sont des objets réels, grands et lourds. Mais du point de vue de l’âme tout cela est comme un jeu, un jeu d’enfants relativement dépourvu de conséquence.
Ce qui est important du point de vue de l’âme c’est la réalité du Plan. L’âme, sans hâte, sans tensions ni stress, s’efforce de mener à bien le Plan. Elle voit et connaît ce Plan et est responsable des actes accomplis par son véhicule pour le réaliser. Nous jouissons du libre arbitre et souvent nous ne répondons pas. Nous gaspillons de nombreuses vies, ce qui est dommage.
Pour en revenir à la question posée, et élucider la différence entre le concept de solution et celui de résolution, il n’existe pas de solution. Il y a une résolution. Il s’agit d’amener tous les conflits à un état d’équilibre. La nature crée l’équilibre et à chaque fois que celui-ci est rompu, elle doit faire quelque chose pour le rétablir. Il peut s’agir d’une tempête ou d’un typhon, mais celui-ci apporte non pas une solution, mais une résolution du déséquilibre. C’est un processus créateur, instable en un certain sens, mais éternel. Cependant les choses changent continuellement au fur et à mesure que la vie est capable de créer un meilleur véhicule pour s’exprimer. Cela concerne la vie elle-même et le véhicule à travers lequel elle s’exprime. L’évolution procède par la création de véhicules plus aptes à exprimer la vie. Il s’agit de créativité. Le Plan dans son essence même est créateur.

Q. Est-il approprié d’essayer de parvenir au détachement par l’invocation ou la prière ?
R. Vous pouvez essayer ! « Je suis trop paresseux aujourd’hui. Je suis si fatigué ! Dieu, je t’en prie. Apporte-moi le détachement. Avant tout, je t’en prie, détache-moi de cette paresse ! »

Q. Le conflit est généralement considéré comme mauvais, mais c’est en fait un signe de vitalité s’il est susceptible d’allumer l’étincelle nécessaire à la communication ou au dialogue qui conduiront au changement. Le conflit est un processus qui peut conduire à l’harmonie. Mais le conflit militaire – le manque de dialogue – ne peut réussir. Dans la guerre moderne, tout le monde est perdant.
R. C’est tout à fait vrai. Le conflit est généralement considéré comme mauvais, mais c’est parce que les gens en ont une vision trop étroite. Le conflit est en réalité le champ de bataille de notre vie. La guerre n’est pas nécessaire. Nous n’avons pas à faire disparaître notre ennemi. Nous n’avons même pas besoin d’ennemi pour être en conflit. Le simple fait d’être une âme en incarnation apporte suffisamment de conflit pour allumer le feu qui nous guide sur le chemin de l’évolution.
Si nous portons en nous-même l’aspiration qui nous pousse à nous élever et à rechercher une meilleure qualité de vie, le conflit n’a pas à signifier la guerre. Bien sûr, en ce qui concerne l’humanité, c’est souvent le cas. C’est encore chose facile que d’entrer en guerre pour de mauvaises raisons. Naturellement si nous sommes envahis par un autre pays, la guerre est presque inévitable. Nous devons repousser l’envahisseur. Nous mobilisons nos soldats en espérant qu’ils seront vainqueurs et que l’envahisseur retournera chez lui.
L’ennui ici, aux Etats-Unis, c’est que vous avez un immense pays, et que les Twin Towers ont été détruites. Environ 3 000 personnes ont perdu la vie dans des circonstances particulièrement dramatiques, ce qui est une véritable tragédie, mais vous réagissez comme si tout le pays avait été envahi par une autre nation. Il vous faut faire la guerre contre l’envahisseur que vous appelez terrorisme, contre l’Afghanistan, l’Irak et d’autres pays peut-être ? Vous considérez le terrorisme comme un envahisseur. Vous devez retrouver le sens des proportions. Le terrorisme est un phénomène mondial. Et vous devez reconnaître la cause de ce terrorisme.
Pour ceux qui vivent en Grande-Bretagne, en Espagne ou d’autres pays, où il y a eu régulièrement des attentats à la bombe pendant des années, la vie n’est pas drôle tous les jours, et il y a des morts. Les attentats à la bombe perpétrés par l’IRA (qui est illégale en Irlande du Nord) ont duré pendant des années dans des villes comme Belfast, qui a été dévastée par les terroristes. Londres, Manchester et Birmingham ont également subi ce genre d’attentats, mais nous avons dû continuer à vivre, tout en essayant de faire la paix avec ceux qui les perpétraient, ce qui, heureusement, semble finalement s’avérer possible.
Les Britanniques n’ont pas bombardé l’Irlande parce que l’Armée républicaine irlandaise posait des bombes en Grande-Bretagne, et ils n’ont pas non plus bombardé les Etats-Unis en invoquant le fait que la plupart des fonds de l’IRA venaient, et viennent toujours, des Américains d’origine irlandaise. Si la logique de votre gouvernement est que quiconque « protège » le terrorisme est susceptible d’être bombardé, il y a longtemps que la Grande-Bretagne aurait dû bombarder l’Irlande et les Etats-Unis.
Ce que j’essaie d’expliquer c’est que le conflit n’a pas besoin de se manifester sous la forme d’une guerre. Nous avons tendance à envisager le conflit en termes de guerre. Il est certain que le Maître parle de violence et de haine, et la violence et la haine sont du conflit. Le trafic de drogue, la criminalité, tout cela est de la violence et crée de la haine, divise la société. Il y a d’un côté les riches et de l’autre les pauvres, « les riches faisant étalage de leurs richesses devant les pauvres », comme le dit Maitreya. Tout cela est source de conflit. C’est une chose dont ce pays (les Etats-Unis) n’a jamais pris conscience.
La domination de la société mondiale par les investissements et la globalisation est source de conflit. Point n’est besoin d’un attentat terroriste comme celui du 11 septembre pour s’en rendre compte. Cette domination est source de peine et de souffrance pour un groupe qui se trouve sous l’emprise d’un autre. Nous devons considérer le conflit dans un sens très large, pas seulement en termes de guerre. Tout ce qui produit de la disharmonie, de la discorde et de la haine, tout ce qui se situe à l’opposé de la bonne volonté, est conflit.
Tous ces événements, étant donné que nous sommes des âmes plongées dans la matière, produisent le feu qui nous fait avancer sur le chemin de l’évolution. Si nous pouvions dès le début demeurer détachés, nous progresserions sans conflit et en créant l’harmonie autour de nous. Le conflit n’est pas une nécessité. L’harmonie à travers le conflit est le résultat du quatrième rayon, mais l’harmonie est théoriquement possible sans le conflit. Bien sûr, cela n’arrive pas, car peu nombreux sont ceux qui sont déjà parvenus au stade où ils ne sont pas affectés par la disharmonie.

Q. Le quatrième rayon augmentera en intensité au cours des prochaines décennies. On peut supposer que cette stimulation nouvelle créera un point de tension plus élevé au sein de l’humanité dans son ensemble et pour chaque individu particulier. Cette opportunité favorisera-t-elle l’initiation, et quelle sera son action sur l’humanité en matière de conflits ?
R. Il est vrai que dans quelques décennies le quatrième rayon viendra en incarnation comme c’est le cas actuellement pour le septième rayon. Ces deux rayons agiront ensemble.
Dans la méditation de transmission, après que les énergies cosmiques 1, 2, 3 aient été libérées, les énergies des rayons entrent à leur tour. Les rayons 4 et 7 sont toujours les premiers à être introduits et ils le sont ensemble. Le quatrième rayon produit l’harmonie, en harmonisant tous les rayons. Le septième rayon est utilisé pour les ancrer sur le plan physique. Le septième rayon est le plus pratique de tous les rayons en ce sens qu’il relie l’idéal spirituel au plan physique. L’action rituelle du septième rayon crée, par la répétition, une énergie qui ancre l’idée. Le sixième rayon détient l’idéal, et n’a aucune difficulté à le visualiser, mais il éprouve de grandes difficultés à le rendre manifeste car il ne recherche pas la réalisation, la vision lui suffit.
Le septième rayon s’empare de la vision et l’ancre, il la fait descendre sur le plan physique. Grâce à son sens de l’action et de l’organisation, il en fait quelque chose de tangible. Le septième rayon sait comment construire des institutions, des formes, à travers lesquelles l’idéal peut se manifester. Les deux rayons réunis, le 4 et le 7, non seulement donnent les formes d’art les plus élevées, selon les Maîtres, mais ils alignent la radiation que nous appelons beauté avec celle que nous appelons rituel. Ces deux formes de radiation seront introduites ensemble et elles seront à l’origine d’un extraordinaire éveil de l’humanité.
Non seulement les gens deviendront plus créatifs dans le domaine de l’art proprement dit, mais cela ira au-delà. L’art de vivre deviendra extrêmement important pour l’humanité, qui fera preuve de plus en plus de créativité. Cela ne veut pas dire que de nombreux modes de vie différents soient nécessaires, mais cultiver l’art de vivre, c’est apprendre à vivre ensemble en paix, en sécurité et en harmonie, en agissant de concert, selon la Loi, la loi du rayon et la loi du Logos.

Q. Comment l’afflux de la force de Shamballa au cours des trois dernières décennies a-t-elle contribué à augmenter le niveau de conflit au sein de l’humanité ? Et en quoi son influence diffère-t-elle de celle du quatrième rayon ?
R. Le niveau du conflit et de la disharmonie est accentué par l’afflux de la force de Shamballa, mais ceci est largement compensé par les bénéfices qu’elle a également apportés, car le premier rayon est celui de la Volonté et du Dessein. C’est le Dessein du Logos qui est en train de se mettre en place. La force de Shamballa incarne ce Dessein, et la Volonté donne naissance au but souhaité. L’harmonie, l’amour et la bonne volonté se manifestent grâce à l’action de la force de Shamballa. Dans son impact initial sur les plus basses couches de la société elle peut avoir ce que nous appelons un effet négatif. Elle stimule dans une certaine mesure la violence, mais ceci est temporaire et contrebalancé par son action bénéfique. Si ce n’était pas le cas, cette énergie de Shamballa ne serait pas libérée.
L’afflux de n’importe quelle énergie supérieure a une double action. Une action qui, tôt ou tard, est bénéfique, et une autre qui dans l’immédiat, à court terme, est préjudiciable pour certains, mais qui est rapidement compensée par les bénéfices apportés à grande échelle aux autres membres de la société.
On pourrait dire la même chose de l’énergie d’amour. L’énergie d’amour est absolument neutre. Elle n’est ni « bonne » ni « mauvaise ». Nous pensons que l’amour est forcément une bonne chose. Il est neutre. C’est « l’épée de clivage » qui est délibérément utilisée par le Christ pour stimuler tous les êtres. Elle stimule le bon et le mauvais. Elle stimule l’égoïsme et l’avidité de certains et en même temps l’altruisme des autres.
Elle trace une ligne au milieu, de manière à ce que l’humanité puisse voir où elle doit se tenir. Elle ne laisse pas de zones floues, elle indique simplement où se trouve le bien et où se trouve le mal, où se situe l’avidité et, au contraire, le véritable altruisme émanant de l’âme.
Il y a des gens qui se croient sans égoïsme et favorables au bien de toute l’humanité. Mais leur vie repose sur l’égoïsme et l’avidité. L’épée de clivage tranche au travers de cette hypocrisie et montre les gens sous leur véritable jour. Nous pouvons ainsi voir clairement que si nous choisissons une certaine voie, elle nous conduira au désastre, alors que si nous choisissons l’autre, un monde nouveau sera créé. C’est cette dernière voie que l’humanité doit choisir, et prions qu’elle le fasse.

Q. Les paires d’opposés existent pour que nous puissions reconnaître la voie entre les deux.
R. Et voilà. C’est la raison pour laquelle nous sommes là depuis le début ! Dieu a dit : « Ces gens vers 2002 sont dégourdis, mais pas encore tout à fait assez. Ils doivent reconnaître la voie entre les paires d’opposés. Aussi que vais-je faire ? Je sais. Je vais créer des paires d’opposés. Nous aurons l’esprit et nous aurons la matière. Nous les mettrons ensemble et ils devront trouver leur chemin entre les deux. » C’est cela. Les paires d’opposés sont là pour que nous puissions trouver notre chemin entre elles. C’est une façon mystique d’exprimer les choses.

Q. Dans ses priorités, Maitreya conseille de suivre la voie du milieu entre les paires d’opposés. N’a-t-il pas dit, par exemple, que ce qu’il faut c’est prendre le meilleur du capitalisme et le meilleur du communisme et en faire la synthèse dans un système combiné.
R. Ce n’est pas exactement ce qu’il a déclaré, mais je sais ce que vous voulez dire. Il a dit qu’une charrette était déséquilibrée si elle ne possédait qu’une seule roue. Nous avons besoin de deux roues : une roue que nous pouvons appeler capitalisme et l’autre que nous pouvons appeler socialisme. Sans les deux roues, cela ne marchera pas.
J’ai demandé à mon Maître quel équilibre devrait être adopté entre ces deux forces pour construire la meilleure forme possible de démocratie sociale ou de socialisme démocratique, Maitreya ayant annoncé que cette méthode de gouvernement serait adoptée dans le monde entier, comme elle l’est déjà, dans une large mesure, dans la plupart des Etats européens. Je lui ai demandé quelles étaient les meilleures proportions, et il m’a répondu : « Eh bien, qu’en penses-tu ? » J’ai répondu : « Disons trente pour cent de capitalisme et soixante dix pour cent de socialisme. » Il m’a dit : « C’est exactement cela. C’est la meilleure proportion. » Soixante-dix pour cent de socialisme, ce qui donnerait le moyen de traiter tout ce qui concerne les institutions d’une importance majeure sur le plan social, comme le transport, l’énergie, l’eau, etc. Et la glace sur le gâteau, en gros les produits de luxe, seraient les trente pour cent laissés à l’entreprise privée.

Q. Pouvez-vous expliquer ce qu’est le Gardien du Seuil et en quoi il diffère de l’expérience ordinaire du karma et du conflit ?
R. Le Gardien du Seuil est l’accumulation faite par chaque individu, d’une vie à l’autre, dans le long périple des incarnations, de ses fautes, de ses mauvaises actions. Toutes celles-ci se cristallisent dans une personnalité. C’est l’aspect inférieur que la personne doit être capable de résorber – la dichotomie entre l’âme et ses qualités de beauté, de vérité et d’amour, et le Gardien du Seuil dont nous prenons conscience et qui nous apparaît comme le mal dont nous avons hérité, les défaillances, la propension à accomplir des fautes et des erreurs, qui caractérise la vie humaine.
Le Gardien du Seuil est ce qui crée le mirage dans notre vie. Il nous empêche de percevoir la vérité, la réalité. Il maintient l’humanité captive et il continuera longtemps encore. C’est ce mirage qui est surmonté dans une certaine mesure au moment de la deuxième initiation.
Entre 1,5-1,6 et 2, nous rencontrons le Gardien du Seuil à maintes et maintes reprises. Chaque incarnation nous ramène au même endroit, où nous sommes captifs de nos rêves, de nos méprises, des visions que nous prenons pour la réalité. Tout cela doit être surmonté. Nous devons apprendre à voir à travers, à voir les choses comme elles sont, simplement comme elles sont. Elles sont toujours très différentes de ce que l’on imagine.
Même nos propres qualités le sont. Ce que nous considérons comme nos plus grandes qualités sont souvent nos pires défauts. Ce dont nous nous croyons capables est un phénomène issu de notre imagination astrale, un phantasme, que pourtant nous prenons pour la vérité.
Tant que nous n’avons pas traversé cette phase et passé la deuxième initiation, ces mirages constituent de puissants freins à notre progrès. Il s’agit de formes-pensées puissantes. Le Gardien du Seuil est une réalité, la somme de toutes nos expériences en tant que personnalité, la cause de notre karma, et il nous retient en arrière. Tant que nous ne sommes pas capables de voir à travers tout cela et de nous détacher de nos rêves, de nos valeurs, de la perception que nous avons de nous-mêmes, de nos ambitions, de nos espérances, tant que nous n’en sommes pas libérés, nous restons prisonniers du mirage.
Lorsque nous passons la troisième initiation, nous sommes capables de contrôler l’élément astral et, dans une certaine mesure, l’élément mental également. A la troisième initiation, qui intègre les véhicules des trois corps, ceux-ci vibrent à la même fréquence. L’âme peut alors réellement prendre en main la vie de l’individu.
Du point de vue des Maîtres, la troisième initiation est en réalité la première car elle est la première véritable initiation de l’âme. Nous pouvons alors entreprendre les tâches qui nous mèneront à la quatrième et à la cinquième initiation, qui peuvent prendre encore environ deux vies. Les choses vont généralement plus vite à partir de la troisième initiation, car l’âme peut agir puissamment à travers l’individu. C’est le rayonnement de l’âme qui crée le magnétisme de tel ou tel individu parvenu à ce stade, et qui nous permet de le reconnaître.

Q. Comment peut-on savoir que l’on a affaire au Gardien du Seuil et non pas à quelque chose d’autre, par exemple une expérience ordinaire ?
R. Vous ne pouvez le savoir. Cela se passe en dehors de la conscience. Vous avez affaire ou non au Gardien du Seuil. Vous n’y accordez pas la moindre pensée. Vous devenez simplement de plus en plus détaché. Vous n’y pensez jamais car vous êtes détaché.

Q. Cette expérience n’a par conséquent rien d’extraordinaire ?
R. Elle est si progressive et, en un sens, si logique. Si vous détachez votre attention de quelque chose, cela cesse de vous irriter. Si vous êtes toujours en train de penser au Gardien du Seuil : « Oh, mon Dieu, ce Gardien du Seuil », si vous rentrez chez vous et montez les escaliers en disant : « Oh, mon Dieu, ce Gardien du Seuil se tient encore derrière la porte », détournez votre esprit de cette idée, accordez-vous une chance. Apprenez à vous détacher et les choses se feront d’elles-mêmes.

Q. Est-il exact de dire que la Bhagavad Gita est une représentation symbolique du conflit auquel l’âme est confrontée dans la matière ?
R. Pour répondre brièvement, je dirai oui. La Bhagavad Gita est en fait une dissertation faite par différents êtres sur le sentier de l’évolution et elle concerne principalement le plan astral ou émotionnel. Elle a trait à la nature du mirage et à la manière de le surmonter. Tout Shakespeare traite également du mirage et de la manière de le vaincre.

Q. Un individu moyen comme nous peut-il accéder parfois au mental supérieur ?
R. Un individu moyen pourrait accéder au mental supérieur dans certaines circonstances particulières, par exemple en méditation ou dans un état de grande exaltation, résultant d’une bénédiction qui a pu être donnée. C’est possible, mais pas en règle générale, car nous devons encore comprendre et fonctionner à travers notre propre véhicule mental. Nous pourrions être ouverts à la stimulation d’une bénédiction émanant d’un esprit supérieur qui nous offrirait une vision de la vie du point de vue de l’âme. C’est tout à fait possible.

Q. L’accès au mental supérieur est-il une approche raisonnable pour résoudre le problème des paires d’opposés ?
R. Cela n’a rien à voir avec les paires d’opposés. Le mental supérieur est le véhicule de l’âme. Ce qui a trait aux paires d’opposés ne peut être vu qu’une fois que l’âme s’est incarnée, car les paires d’opposés existent seulement pour une âme en incarnation. C’est l’âme amenée à fusionner avec la matière qui crée les paires d’opposés.
En admettant qu’une personne soit suffisamment intelligente, et capable de méditer et de voir le monde comme l’âme le voit, cette expérience, si elle était assez forte ou assez fréquente, pourrait l’aider à résoudre les paires d’opposés. Mais à la fin du processus elle ne les verrait plus. Les paires d’opposés sont tout simplement une illusion. Cependant il nous faut traverser cette illusion avant de savoir que cela en était une. Si nous pouvions voir les opposés comme l’âme les voit, nous les verrions comme une illusion. La question de savoir si cela nous aiderait ou non dépend de chaque individu.

Q. Pourriez-vous commenter la relation qui existe entre le désir et l’aspiration, et la satisfaction de soi et l’aspiration ? Qu’est-ce qui se passe dans ce dernier cas ? Y a-t-il un manque de friction avec les gens qui sont satisfaits d’eux-mêmes ?
R. L’aspiration est du désir, mais le désir est orienté vers l’ego alors que l’aspiration ne l’est pas. Elle est orientée vers un nouvel état, un état meilleur, un état de libération, quelque chose qui dépasse le présent. Elle n’est pas orientée vers l’ego comme lorsque quelqu’un déclare : « Je souhaite être meilleur dans tel ou tel domaine. » Cela, c’est du désir. L’aspiration est un désir abstrait pour un meilleur état d’être, qui n’a rien à voir avec l’individu en particulier. L’individu ordinaire éprouve du désir, mais l’individu détaché éprouve de l’aspiration. L’aspiration est l’essence même de la spiritualité de l’individu détaché.

Q. Il y a pourtant un but recherché ?
R. Le sixième rayon, qui est celui de l’idéalisme, domine la vie américaine. Les Etats-Unis vivent dans le véhicule de la personnalité. Telle est la réalité d’aujourd’hui. Le principe du désir est extrêmement puissant lorsqu’il s’exprime à travers le peuple américain : le désir de richesse, d’argent, le désir de tout contrôler, d’être le meilleur, le plus grand, de gagner. Tous ces désirs émanent de la personnalité.
L’aspiration de l’âme des Etats-Unis, qui est une âme de deuxième rayon, est tout à fait différente : elle est de servir le monde, d’aider, d’améliorer la vie des hommes. Cette aspiration n’a guère la possibilité de se faire entendre car la personnalité est si puissante, si envahissante, que l’aspect de l’âme s’exprime seulement de temps en temps, comme elle l’a fait par exemple avec le Plan Marshall, l’aide économique américaine pour la reconstruction de l’Europe après la Seconde Guerre mondiale.
Le monde, comme l’a déclaré le Maître Djwhal Khul, attend que l’âme des Etats-Unis se manifeste. Lorsqu’elle le fera, elle adoptera les idées du Christ, et elle les mettra à exécution aussi vite que possible, en utilisant sa personnalité. L’âme apportera la vision et la vitalité spirituelle nécessaire, mais le désir, une fois encore, de surpasser les autres, de donner au monde le meilleur, de faire mieux que ce qui a jamais été fait, de faire régner la liberté la plus grande, la meilleure justice qui ait jamais existé, cette ambition viendra de la personnalité. Vous verrez.
Les Etats-Unis seront le pays qui fera les plus grands sacrifices en faveur de l’environnement. Au lieu de dire : « Non, nous n’avons rien à voir avec le Protocole de Kyoto. C’est anti-américain. C’est contre notre intérêt », ce sera l’opposé. Lorsque le deuxième rayon de l’Amérique adoptera les idées de Maitreya et s’efforcera de les mettre en pratique, il le fera à travers le sixième rayon de la personnalité, et les Américains seront les meilleurs. Vous verrez. La devise sera : plus tôt, plus vite, plus grand, mieux.

Q. Vous avez parlé du cœur sacré, ou du cœur spirituel, de l’homme. Existe-t-il réellement un moyen pratique qui nous permette d’en faire l’expérience, de le sentir, et de commencer ainsi à savoir par nous-mêmes que nous sommes des âmes ?
R. La première chose est de vous reconnaître en tant qu’âme. C’est la raison pour laquelle le principe christique naît dans le sanctuaire du cœur de l’homme, ou de la femme, en incarnation. C’est toujours de la matière, mais dans cette matière naît la lumière et l’amour de l’esprit. Ce principe christique, à peine perceptible au début, grandit peu à peu et il vous conduit à la première initiation. Pour finir, il vous mènera à la cinquième initiation. C’est le même principe qui nous guide à travers le long processus de l’initiation, jusqu’à ce que nous ayons atteint la perfection et que le travail de l’âme soit achevé.
Il vous éveille au fait que vous êtes une âme. Toutes les religions du monde ont eu pour but d’instruire l’humanité, car toute religion est un sentier qui mène à Dieu. Même si sa description du sentier est plus ou moins déformée, la religion, correctement comprise, est une méthode visant à nous montrer que nous sommes en réalité des âmes.
Nous sommes des âmes qui se sont revêtues de matière, se sont incarnées, et traversent un processus de retour vers l’état originel de pur esprit, enrichies de toute l’expérience que leur a apportée le séjour dans la matière. Grâce à cela l’aspect matière de notre planète est sans cesse perfectionné, spiritualisé.
Nous remplissons une fonction. Le but, le rôle de l’humanité est de spiritualiser la matière. Nous le faisons tout d’abord par la spiritualisation de notre propre corps. Nous élevons la matière, étape par étape. La matière est essentiellement de la lumière, mais elle ne ressemble pas à de la lumière tant qu’elle se trouve dans la forme. Nousmontrons que cette forme peut devenir de plus en plus raréfiée, de plus en plus lumineuse. Des particules subatomiques de plus en plus nombreuses sont attirées vers les corps physique, astral et mental au cours du processus d’évolution jusqu’à ce que, pour finir, il n’y ait plus que de la lumière. Un Maître est une personne d’aspect physique solide, comme vous le constaterez, mais son corps n’est pas assujetti aux lois de la matière. Il est assujetti uniquement aux lois gouvernant la lumière sur notre planète. Il a conquis la mort. Il a dépassé la vie sur le plan physique. Celui-ci n’a plus de réalité pour lui, mais en fait, il n’en a jamais eu, si ce n’est de manière relative.
La réalité est qu’il n’existe qu’un tout. Ce tout possède deux pôles, que nous appelons esprit et matière. Ce sont deux parties d’un même ensemble et chacune a le potentiel de l’autre. Tel est le secret. Ce n’est pas la même chose que si tout était esprit et que la matière ne comptait pas. Cette idée a régné au cours des deux derniers millénaires où l’on a nié la réalité du corps physique. Celui-ci a été honni des chrétiens. Ils l’ont haï et crucifié. La crucifixion est le principal symbole de la chrétienté, alors que ce devrait être la résurrection. La résurrection hors de la matière, dans l’esprit.
Les Maîtres ne rejettent pas le plan physique. Deux tiers d’entre eux sont dans des corps physiques, c’est ainsi qu’ils apparaissent sur la Terre. Mais ils ne sont pas limités par les fonctions du plan physique. Ils n’ont nul besoin de manger, de dormir, d’aller faire des courses, d’aller chez le coiffeur ou d’acheter des vêtements. Tout ce qui leur est nécessaire, ils peuvent le créer par la pensée. Ceci grâce à la compréhension des lois gouvernant l’esprit et la matière.
Il n’existe, fondamentalement, que l’esprit, mais l’esprit possède plusieurs niveaux, et nous appelons matière le niveau le plus bas. L’esprit et la matière sont considérés comme ne faisant qu’un, mais ils sont distincts dans le processus d’incarnation. Ils sont alors mis en relation de manière à ce que s’accomplisse ce qui ne pourrait l’être autrement. Nous ne pouvons spiritualiser la matière si nous n’avons pas de matière.
Le corps de cette planète doit être perfectionné. C’est le corps d’expression d’un grand Etre cosmique, qui est sur le sentier du perfectionnement. Un jour, ce monde sera une orbe brillante dans les cieux qui révèlera sa beauté rayonnante à tous les télescopes qui l’auront pris pour mire. Grâce à nous qui le perfectionnons peu à peu, qui le spiritualisons par notre action en tant qu’âmes venant en incarnation.

Auteur : Benjamin Creme, (1922-2016) : artiste et ésotériste britannique, ancien rédacteur en chef de Share International. Son contact télépathique avec un Maître de Sagesse lui permettait de recevoir les informations les plus récentes concernant l’émergence du Christ et de s’exprimer sur les enseignements de la Sagesse éternelle.
Thématiques : sagesse éternelle, spiritualité
Rubrique : Dossier ()