Partage international no 225 – mai 2007
Pour le quatrième anniversaire de l’invasion américaine en Irak du 20 mars 2003, des centaines de milliers de personnes ont manifesté contre la guerre, au Canada, en Australie, en Turquie, et à travers l’Europe, dont l’Espagne où eut lieu la manifestation la plus importante, avec 100 000 participants estimés.
Cependant, mars a aussi vu se dérouler aux Etats-Unis quantité de manifestations de toutes sortes en faveur de la paix. Pendant le week-end anniversaire des 17 et 18 mars, plus de 1 000 manifestations ont eu lieu dans tous les Etats-Unis. Il y eut même un rassemblement au Pentagone qui attira des dizaines de milliers de personnes malgré le froid intense.
A Washington, près de 3 000 personnes, venues de tout le pays, se sont rassemblées devant la cathédrale, à l’initiative d’une vingtaine de groupes religieux. Parmi les activistes chrétiens pour la paix présents à ce rassemblement, 100 ont été arrêtés pour avoir prié pour la paix dans un acte délibéré de désobéissance civile. Parmi les orateurs se trouvait Celeste Zappala, dont le fils fut tué en Irak en 2004.Au cours du week-end, plus de 150 actions et offices chrétiens et interreligieux pour la paix se sont déroulés dans le pays.
Quelques militaires en service actif se sont joints à la manifestation de Washington, en vertu des règles les autorisant à manifester mais limitant leur liberté de parole. Le second maître Jonathan Hutto, en service actif à l’US Navy, a déclaré à la foule que le peuple américain avait voté contre la guerre aux élections de novembre 2006 : « Nous sommes ici pour encaisser l’addition. » « Trop ont déjà péri et cela ne résout rien, a déclaré Ann O’Grady, venue avec sa famille depuis Athens (Ohio) en voiture dans d’épouvantables conditions. Je me sens mal à réaliser mes activités quotidiennes pendant que de gens souffrent, Américains et Irakiens. »
Stop au financement de la guerre
A travers les Etats-Unis, se déroule une tentative incessante de persuasion du corps législatif de voter contre le financement de la guerre en Irak, se traduisant par l’occupation de bureaux de membres du Congrès au Capitole et dans leurs circonscriptions. « Nous considérons cette action comme une extension du lobbying, adéclaré Jeff Leys, coordinateur de Voices for Creative Nonviolence (Expression de la non-violence créatrice) à Chicago. L’objectif est
toujours de gagner du temps, encore et encore. »
Les manifestants, allant d’une poignée à quelques dizaines, peuvent rester dans les lieux quelques minutes ou plusieurs heures avant que la police arrive. Ils sont assis, debout, chantent, scandent des slogans, prient, sonnent des cloches, lisent des lettres de soldats envoyées à leurs familles et jouent des pièces de théâtre satiriques anti-guerre.
Parmi les nombreuses personnalités politiques visées se sont trouvés John McCain et Hillary Clinton, candidats à la présidence, ainsi que la présidente démocrate du Congrès, Nancy Pelosi, dont le bureau a été occupé et le domicile de Pacific Heights lieu de rassemblement d’un « Camp Pelosi » réunissant des manifestants avec tentes, panneaux et affiches, afin de l’exhorter à lutter contre le financement ininterrompu de la guerre.
Des milliers de personnes ont convergé vers un parc new-yorkais face aux Nations unies, brandissant des pancartes sur lesquelles on pouvait lire « Lâcher Bush, pas des bombes » et « Pas un dollar de plus, pas un mort de plus ». Lors d’une manifestation dirigée contre les principaux fournisseurs de la défense américaine, Lockheed Martin, Boeing, Northrop Grumman, Halli-Burton, General Electric et d’autres, des manifestants se sont allongés devant l’entrée de la Bourse de New-York en scandant « Stop à l’argent, stop à la guerre ». Quarante quatre d’entre eux ont été arrêtés. « Les militaires américains et les civils irakiens périssent pour le profit d’une élite ,» s’est indigné Fabian Bouthilette, enseignant, ayant servi pendant deux ans dans l’US Navy.
Montée de l’opposition à G. Bush
Des centaines d’actions ont déjà été conduites pour demander la destitution du président Bush. Au Vermont, à la suite d’une tournée de quatre jours d’un groupe d’activistes de la paix – 36 villes ont voté pour exiger des législateurs de cet Etat qu’ils appuient une motion déposée à la commission des Affaires judiciaires de la Chambre des représentants, visant à initier la procédure d’impeachment contre G. Bush et le vice-président Dick Cheney. « Il est clair qu’il ne s’agit pas d’un cri de protestation, mais le début d’une action insurrectionnelle visant à se réapproprier notre Constitution », a déclaré l’organisateur Dan DeWalt. Les manifestants, arrivés sur les marches du Capitole, ont demandé l’impeachment du président en faisant l’énumération de ses « actes criminels », dont la justification de la guerre en Irak par des informations falsifiées. A Salt Lake City,
le maire de la ville, Rocky Anderson, a déclaré devant un comité du Sénat local que, si l’on compare les autres cas d’impeachment d’un président des Etats-Unis survenus dans le passé, « il n’y a jamais eu autant d’arguments irréfutables que dans le cas de G. Bush ».
Des manifestations ont eu lieu dans de nombreuses villes :
– A Natick (Massachusetts), des manifestants se sont rassemblés en soutien aux Cinq de Sherborn, des activistes de la paix accusés d’atteinte à l’ordre public le 10 janvier 2007, le jour où le président Bush a annoncé l’augmentation des troupes en Irak – le fameux troop surge. Avant de les condamner à dix heures de travaux d’intérêt général, le juge Singer a donné à chacun d’eux le temps de faire une déclaration convaincante bien sentie – et largement reproduite dans les médias – sur les raisons qui les ont poussés à agir. « J’espère que nous avons inspiré les gens à descendre dans la rue, quitte à remplir les prisons et se retrouver devant les juges », a déclaré Randa, leader du groupe Peace Abbey à Sherborn.
– Au port de Tacoma s’est déroulé une semaine de manifestations contre l’envoi par bateau d’équipement de l’armée destiné à la guerre en Irak.
– A Winona (Maryland), des manifestants ont converti le Centre de recrutement des Forces armées américaines en Centre de recrutement des forces de paix américaines. Une banderole mentionnait : « 3 210 [nombre des soldats américains morts à cette date] c’est trop. »
– A Louisville (Kentucky), des volontaires ont érigé 4 000 drapeaux dans le parc le long de la rivière Ohio, en hommage aux militaires américains et aux civils morts à la guerre.
– A St Paul (Minnesota), des manifestations ont été organisées, incluant l’exposition itinérante de chaussures Eyes Wide Open (les Yeux grands ouverts), se déplaçant sur l’ensemble du territoire national et représentant tous les morts de la guerre en Irak, irakiens et américains.
– A Philadelphie, une manifestation devant une usine de Lockheed Martin accusait cette entreprise d’avoir profité de la guerre en Irak de façon choquante, grâce à l’obtention de contrats d’armement.
– A Dallas (Texas), était de passage Bill McDannell, au cours de sa traversée à pied de l’Amérique pour protester contre les guerres en Irak et en Afghanistan. Il avait déjà parcouru quelque 1 700 km et obtenu 1 500 signatures à une pétition pour arrêter ces guerres, dont il pense qu’elles sont immorales. Ancien pasteur méthodiste, Bill McDannell a commencé à marcher en novembre 2006 et espère terminer sa croisade fin juin ou début juillet 2007.
– A Orangeburg (Caroline du Sud), on a assisté à l’arrivée de la caravane « Books not Bombs » (Des livres, pas des bombes), organisée par Elaine Johnson, une mère qui a perdu son enfant à la guerre. Pendant un mois, cette caravane a rendu visite aux écoles, collèges et universités de 16 villes. « Le but est d’éduquer les enfants sur ce qui se passe avec cette guerre et sur l’importance de voter parce que ce sera important pour y mettre fin, a-t-elle déclaré. Il y va de leur avenir et de leur éducation. »
– A Rockville (Maryland), des parents et des activistes de la paix ont manifesté contre les initiatives de recrutement de l’armée sur les campus universitaires.
– A Edmonton, en Alberta (Canada), le déserteur de l’armée américaine Kyle Snyder s’est joint à une marche pour la paix. Il a déserté au printemps 2005, après quatre mois et demi de service. « Lorsque j’ai vu un soldat de mon unité tirer froidement dans la jambe d’un civil innocent, cela m’a suffit pour prendre cette décision en toute conscience, a-t-il déclaré. L’armée américaine n’a jamais enquêté sur cet incident. »
Etats-Unis
Date des faits : 17 mars 2007
Sources : The Washington Post, Associated Press, USA ; BBC News, G.-B.
Thématiques : politique
Rubrique : La voix des peuples (Cette rubrique est consacrée à une force en plein développement dans le monde. La voix du peuple ne cessera de s’amplifier jusqu’à ce que, guidés par la sagesse de Maitreya, les peuples conduisent leurs gouvernements à créer une société juste dans laquelle seront respectés les droits et les besoins de tous.)
