Une nouvelle vision politique ?

Partage international no 219novembre 2006

Des dirigeants politiques du monde entier se sont rendus au siège de l’Onu, à New York, à l’occasion de la 61e session de l’Assemblée générale qui s’est déroulée du 19 au 27 septembre 2006. Bon nombre d’entre eux ont tenu des propos énergiques abordant notamment la pauvreté, les droits de l’homme, la menace de guerre mondiale et la réforme de l’Onu.
Nous présentons quelques extraits des déclarations de ces personnalités
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Le président Hugo Chávez du Venezuela

« […] le monde s’éveille. Il s’éveille partout. Et les peuples se lèvent, tous ceux qui s’élèvent contre l’impérialisme américain, qui réclament l’égalité, le respect, la souveraineté des nations […]

J’estime qu’il y a des raisons d’être optimiste. Un poète aurait dit « désespérément optimiste » car, au-dessus des violences et des bombes, au-delà des guerres d’agression et de prévention, et de la destruction de populations entières, on peut dire qu’une nouvelle ère voit le jour. Comme le dit [le poète et chanteur cubain] Silvio Rodriguez, « cette époque met au monde un cœur ».

Il y a des moyens alternatifs de penser. Il y a des jeunes qui pensent différemment. Et ce changement est apparu en une simple décennie : il a été démontré que la fin du monde était une hypothèse totalement dénuée de fondement et la même chose a été démontrée concernant la pax americana et l’établissement d’un monde capitaliste néo-libéral. On a bien vu que ce système ne faisait que générer la pauvreté pure et simple. Qui y croit maintenant ?

Ce qu’il faut faire aujourd’hui, c’est définir l’avenir du monde. L’aube se lève partout. Nous pouvons assister à cela en Afrique, en Amérique latine, en Océanie. Je veux mettre l’accent sur cette vision optimiste.

Nous devons nous fortifier nous-mêmes, ainsi que notre volonté de nous battre, notre lucidité. Nous devons construire un monde meilleur et nouveau.

Nous voulons des idées pour sauver cette planète de la menace impérialiste. J’ai bon espoir qu’au cours de ce siècle, dans peu de temps, nous verrons cela, nous verrons l’ère nouvelle et ce qui sera, pour nos enfants et petits-enfants, un monde de paix, basé sur les principes fondamentaux des Nations unies, je veux dire des Nations unies rénovées. »

H. Chávez décrivit alors à grands traits son plan de réforme de l’Onu, à savoir :

– augmenter le nombre des membres permanents et non permanents du Conseil de sécurité « des pays en voie de développement et des pays émergents devant accéder au titre de nouveaux membres permanents » ;

– établir « des méthodes efficaces pour traiter les conflits mondiaux » ;

– suspendre le droit de veto ;

– renforcer le rôle et les pouvoirs du secrétaire des Nations unies.

Le président Luiz Inacio Lula da Silva du Brésil

« Consacrer des ressources à des programmes sociaux n’est pas une dépense, mais un investissement. Si nous avons réalisé autant au Brésil avec si peu de moyens, imaginez ce qui aurait pu être fait à l’échelle mondiale si le combat contre la faim et la pauvreté était une priorité véritable pour la communauté internationale.

Quand il y a la faim, il n’y a pas d’espoir. Il n’y a que désolation et souffrance. La faim est mère de violence et de fanatisme. Un monde où l’on meurt de faim ne sera jamais sûr. Quelque fortes qu’elles soient aujourd’hui, les nations riches ne doivent nourrir aucune illusion : personne n’est à l’abri dans un monde d’injustice. La guerre n’amènera jamais la sécurité. La guerre ne sait qu’engendrer des monstres : amertume, intolérance, fondamentalisme. Il faut donner aux pauvres des raisons de vivre, et non de tuer ou mourir.

La grandeur des peuples réside non dans la belligérance mais dans l’humanisme. Et il n’y a pas de véritable humanisme sans respect des autres. Il y a en vérité des gens différents de nous, qui ne sont pas pour autant moins dignes de respect, moins valables, moins dignes du bonheur, des créatures exactement comme nous, nées du même créateur. Il n’y aura de sécurité dans le monde que lorsque tous auront le même droit au développement économique et social. La véritable voie vers la paix, c’est le développement partagé. Si nous ne voulons pas voir la guerre devenir mondiale, nous devons créer une justice mondiale. L’ordre du monde que nous devons construire doit être basé sur des critères de justice et de respect du droit international. C’est le seul moyen de réaliser la paix, le développement et une authentique coexistence démocratique au sein de la communauté des nations.

Les ressources ne manquent pas. Ce qui manque, c’est la volonté politique de les utiliser là où elles peuvent vraiment être utiles. Là où elles peuvent changer le désespoir en joie et raison de vivre. »

Le Dr Dimitrij Rupel, ministre des Affaires étrangères de Slovénie

« Les petits Etats menacent rarement et mettent rarement en danger les autres pays. Ils savent ce que représentent les petits organismes et les minorités au sein des grands systèmes. Ils peuvent exécuter des tâches spéciales qui requièrent des qualités et des capacités particulières telles que la souplesse, l’adaptabilité, l’esprit d’empathie et de coopération. Ils peuvent jouer le rôle d’honnêtes courtiers. Il existe un certain nombre de pays petits ou moyens capables de réussir. Ils peuvent s’aider les uns les autres pour remplir des tâches créatives appropriées dans la communauté internationale.

A l’avenir, l’Onu devrait encourager de nouveaux projets et fournir un cadre efficace pour gérer la diversité religieuse et permettre le dialogue entre les cultures. Il y a beaucoup à apprendre des pays qui ont l’expérience d’une transition réussie entre un système centralisé autocratique et un système décentralisé démocratique. »

Oscar Arias Sanchez, président de la République du Costa Rica

« Les Objectifs du millénaire pour le développement, ratifiés par 189 pays, ont été pour nous la démonstration tangible que, pour la première fois dans son histoire, l’humanité est capable de s’unir sur des buts essentiels, que nous commençons à prendre conscience de notre interdépendance et de l’unité de notre espèce, et que nous pouvons désormais nous comporter comme une famille, pas encore très harmonieuse, peut-être, mais une famille quand même […]

C’est dans un esprit d’optimisme et avec force que je propose à cette Assemblée d’engager aujourd’hui ses efforts dans trois directions, qui peuvent avoir un impact décisif sur le bien-être des hommes. En premier lieu, dénoncer les dépenses militaires, la course aux armements et le commerce des armes comme autant d’atteintes à la condition humaine. Ensuite, traduire dans les faits, par le libre échange, les promesses que renferme la mondialisation pour l’humanité, en particulier pour les plus pauvres. Enfin, employer toutes nos forces et notre éloquence à défendre le droit international et les Nations unies, en proposant notamment les réformes qui nous permettront de nous adapter au mieux aux immenses changements en cours sur la planète […]

Si, aujourd’hui, nous ne faisons rien contre l’accroissement des dépenses militaires et du commerce des armes ; si nous ne stimulons pas l’économie des pays les plus pauvres qui investissent leurs ressources dans la vie plutôt que dans la mort ; si nous ne surmontons pas les peurs et l’hypocrisie qui empêchent l’instauration d’une véritable liberté de commerce dans le monde ; si nous ne renforçons pas les institutions et les normes internationales qui nous protègent d’une anarchie généralisée ; si nous restons les bras croisés, alors nous nous condamnons à marcher au bord du précipice, à vivre sur la roue de l’éternel retour, à redescendre chaque fois sitôt atteint, tel Sisyphe, le sommet de notre montagne. Il est essentiel d’ajouter à l’optimisme le courage et la volonté de changer. Je crois qu’il est temps, pour l’humanité, de se construire un avenir sur le plus lumineux de ses rêves. »


Date des faits : 19 septembre 2006
Sources : un.org
Thématiques : politique
Rubrique : Divers ()