Un appel à la liberté, la vérité et la justice

Partage international no 219novembre 2006

par Rocky Anderson

Lors d’une manifestation prévue pour coïncider avec la visite du président Bush, de Donald Rumsfeld et de Condoleezza Rice, à Salt lake City (Utah), Rocky Anderson, le maire de cette ville, prononça un discours passionné. Le 30 août 2006, sur la place Washington, il dénonça la guerre en Irak et la politique de l’administration Bush. Voici quelques extraits de son discours :

« Un patriote est une personne qui aime son pays.
Qui parmi vous aime son pays au point de venir ici aujourd’hui faire entendre sa voix car vous vous sentez profondément concerné par l’avenir de notre nation et du monde en général ? Et qui parmi vous aime son pays au point d’insister afin que nos dirigeants nous disent la vérité ?
Clamons-le : « Dites la vérité ! Dites la vérité ! Dites la vérité ! »

Ne laissons personne prétendre que nous ne sommes pas des patriotes. Nous tenons beaucoup aux valeurs sur lesquelles fut fondée notre nation et nous sommes bouleversés lorsque nous voyons ce que notre président, son Administration et notre Congrès sont en train de faire à cette grande nation et en son nom.

Faire aveuglément confiance à de mauvais dirigeants n’est pas du patriotisme.

Ce n’est pas être patriote, c’est plutôt être flagorneur. C’est être l’agent d’une société effrayante, caractérisée par l’obéissance, une société où se ranger derrière l’autorité est plus important que de choisir ce qui est juste même si ce n’est pas facile, sécurisant ou populaire. C’est avoir peur, peur de la vérité (même jusqu’au point de la nier), peur de cautionner ce régime oppressif et inhumain qui ne respecte ni les lois ni les traditions de notre pays et que l’Histoire considérera comme la pire présidence que notre nation ait jamais eu à endurer.

En réponse à ceux qui pensent que nous devrions aveuglément suivre cet épouvantable président, son Administration ainsi que ce Congrès suffisant et complice, écoutez les paroles de Theodore Roosevelt, un grand président et un républicain, qui déclara : « Le président n’est rien d’autre que la personne la plus importante parmi un grand nombre de serviteurs de l’Etat. Il devrait recevoir l’opposition ou le soutien qu’il mérite en fonction de sa bonne ou mauvaise conduite, son efficacité ou inefficacité à servir d’une manière loyale et désintéressée la nation dans son ensemble. »

Il est donc absolument nécessaire d’être totalement libre de dire la vérité sur ses actes et cela signifie que l’on doit pouvoir le blâmer pour ses mauvaises actions ou le féliciter pour ses bonnes actions. Toute autre attitude chez un citoyen américain peut être qualifiée de basse et de servile.

Nous sommes ici aujourd’hui pour souligner la responsabilité sacrée qu’ont nos médias à établir et rendre compte de la vérité plutôt que de servir de simple bulletin d’information pour transmettre les mensonges et la propagande d’un gouvernement fédéral manipulateur et malhonnête.

Nous avons pratiquement tout eu, sauf la vérité, sur des questions de vie et de mort […], sur des questions dont dépend la réputation de notre nation […], sur des questions concernant les valeurs fondamentales de notre nation […] et sur des questions relatives à la survie de la planète.

Notre pays est engagé dans une guerre inutile basée sur de fausses justifications. Plus de 100 000 personnes ont été tuées et beaucoup d’autres ont été gravement mutilées ou ont perdu la raison.

La réputation de notre pays à travers le monde a été détruite. Nous avons beaucoup plus d’ennemis voués à notre destruction qu’avant notre invasion de l’Irak. Et la haine à notre encontre, provoquée par l’invasion et l’occupation d’un pays musulman, a grandi jusqu’à un tel point que cela prendra de nombreuses années, voire même des générations, pour qu’elle se calme. Quelle incroyable maladresse et quelle dureté de la part de notre président lorsqu’il parle d’une Croisade alors qu’il nous a menti pour justifier l’invasion d’un pays musulman et de son occupation.

Nous sommes ici pour dire : « Nous en avons assez. Nous ne voulons plus de ces mensonges, plus de cette guerre illégale et préventive fondée sur de fausses informations. Nous ne voulons plus de ces absurdités religieuses du genre « Dieu est avec nous » pour justifier cette guerre illégale et immorale. Nous ne voulons plus d’inhumanité […] »

Dans la suite de son discours, R. Anderson détailla « quelques-uns des mensonges les plus scandaleux – des mensonges qui nous ont conduit à cette guerre tragique comme une nation de moutons ». Se désolant de la confusion que ces mensonges font encore régner, il accusa lourdement le président et les médias américains d’avoir trahi le peuple américain en omettant de dire que des documents essentiels à la justification de l’invasion avaient été falsifiés. « Il nous a tous trahi, il a trahi notre pays et il a trahi la cause de la paix mondiale. »

« quelques-uns des mensonges les plus scandaleux – des mensonges qui nous ont conduit à cette guerre tragique comme une nation de moutons ».« Il nous a tous trahi, il a trahi notre pays et il a trahi la cause de la paix mondiale. »

Le maire Anderson poursuivit :

« La vérité a été établie. L’Irak n’est pour rien dans les attaques du 11 septembre. Rien ne prouve qu’il existe des liens opérationnels entre l’Irak et Al-Qaïda. Et il n’y avait pas d’armes de destruction massive en Irak. Quelle tragédie, qui a entraîné une tragédie plus grande encore.

Qu’ont fait les Etats-Unis lorsque Saddam Hussein a utilisé des armes chimiques lorsqu’il en avait réellement, causant ainsi la mort de dizaines de milliers de personnes ? Nous avons sympathisé et l’avons récompensé avec des prêts gouvernementaux atteignant 5 milliards de dollars depuis 1983, ce qui lui permit de moderniser son équipement militaire.

Pourquoi ceux qui, au gouvernement, ont aidé Saddam Hussein, au bénéfice de sociétés américaines, alors qu’il gazait les Kurdes, ne se retrouveraient-ils pas avec lui dans le box des accusés alors qu’il est en ce moment jugé pour ses crimes ?

Nous sommes des patriotes. Nous nous sentons profondément concernés. Et nous demandons des changements maintenant. »

Personne n’échappa à l’acte d’accusation incisif du maire de Salt lake City.

Il passa en revue les mensonges, l’incompétence ainsi que l’indifférence arrogante qui caractérisent l’administration actuelle. Il fit référence à l’utilisation de la torture, au non respect des Conventions de Genève, à la pratique de l’espionnage, de la mise sur écoute et aux dangers liés au Patriot Act. Il évoqua aussi les problèmes écologiques, de corruption et de profits exorbitants, l’ignorance des données scientifiques relatives au réchauffement planétaire, la montée du ressentiment envers les immigrés et le fossé qui se creuse entre riches et pauvres aggravé par les réductions d’impôt dont bénéficient les plus riches. Il rappela à la foule l’inaction dont fait preuve l’Administration à l’étranger dans des crises telles que celle du Darfour alors qu’elle s’implique de plus en plus dans des guerres illégales. Il dénonça l’« achat » d’élections par les corporations les plus riches ainsi que la corruption d’individus à travers le pays.

Il continua : « Ceci est un nouveau jour. Nous ne resterons pas silencieux, nous continuerons à nous faire entendre. Nous en entraînerons d’autres avec nous. Nous grandirons et nous grandirons sans tenir compte des partis politiques, unifiés dans notre soif de vérité, de paix, de voir nos frères et sœurs à travers le monde être traités plus humainement.

« Ceci est un nouveau jour. Nous ne resterons pas silencieux, nous continuerons à nous faire entendre. Nous en entraînerons d’autres avec nous. Nous grandirons et nous grandirons sans tenir compte des partis politiques, unifiés dans notre soif de vérité, de paix, de voir nos frères et sœurs à travers le monde être traités plus humainement.

Nous resterons à jamais conscients de notre responsabilité morale à nous exprimer face à ceux qui agissent mal et à travailler dans la mesure de nos capacités à la création d’une communauté, d’une nation et d’un monde meilleurs, plus sûrs et plus justes.

Nous n’abandonnerons pas le combat, nous ne nous tairons pas, nous continuerons à résister aux mensonges, aux tromperies, aux outrages de l’Administration Bush. Nous persévérons afin que la paix soit instaurée et qu’en tant que nation nous venions en aide à ceux qui sont dans le besoin. Nous devons rompre le cycle de haine, d’intolérance et d’exploitation. Nous devons rechercher la paix avec autant de vigueur que l’administration Bush a recherché la guerre. C’est à nous tous de jouer notre rôle dans cette initiative.

Merci à tous de vous être prêtés à cet appel à la compassion, à la paix et à plus d’humanité. Rappelons-nous l’injonction de Martin Luther King, Jr : « Nos vies commencent à se terminer le jour où nous passons sous silence des choses qui comptent. »

Lieu : Washington, Etats-Unis
Date des faits : 30 août 2006 Auteur : Rocky Anderson, maire de Salt lake City (Utah)
Sources : www.slcgov.com, Etats-Unis
Thématiques : politique
Rubrique : Divers ()