Partage international no 218 – octobre 2006
Les habitants de Gaza sont affamés et survivent en buvant l’eau des étangs. Ils vivent sous la constante menace d’une attaque. Ils n’ont presque plus d’électricité, pas d’argent ni d’emploi, pas le droit de voyager, de pêcher ni de franchir les check-points. Ils ne peuvent pas bénéficier de subventions de l’Union européenne ni s’adresser aux banques des pays arabes pour demander une aide financière et ils s’estiment heureux lorsqu’on leur accorde 30 mn pour évacuer leurs maisons avant une attaque de bombes ou de missiles.
Le nom donné aux attaques israéliennes et au blocus imposés au Liban et à Gaza, en juin 2006, est « Pluies d’été ». Ce qui suit donne un aperçu des conséquences de ces « Pluies d’été » sur quelque 1,4 million de personnes virtuellement prisonnières d’une petite bande de terre, l’un des endroits les plus densément peuplés au monde.
Comme l’explique Maged Abu-Ramadan, maire de la ville de Gaza : « C’est la pire année pour nous depuis 1948, année où les premiers Palestiniens se réfugièrent à Gaza. Gaza est une prison. Ni les personnes ni les marchandises ne peuvent quitter le territoire. La population est affamée. Les gens essaient de survivre avec du pain et du falafel et le peu de tomates et de concombres qu’ils cultivent eux-mêmes. »
Le journaliste Patrick Cockburn écrit dans le journal britannique The Independent : « Gaza est en train de mourir. Le siège israélien de l’enclave palestinienne est tellement dur que ses habitants sont au bord de la famine[…]. Ici sur les bords de la Méditerranée se déroule une grande tragédie[…]. C’est toute une société qui est en train d’être détruite[…] et ce conflit sanglant de Gaza a pour l’instant peu retenu l’attention des médias internationaux par rapport à la guerre au Liban. »
L’agence des Nations unies dédiée aux réfugiés palestiniens, United Nations Relief and Works Agency for Palestine Refugees in the Near East (UNRWA) a déclaré, le 24 août 2006, que « l’activité de l’agence de Gaza était quasiment suspendue en raison du manque d’accessibilité du territoire ». D’après l’agence, suite à la fermeture de Karni, le principal terminal d’approvisionnement en marchandises, de sérieuses pénuries en nourriture, carburant et matériaux de construction sont apparues.
Selon l’UNRWA, plus des trois quarts de la population de Gaza est composée de réfugiés et plus de la moitié d’entre eux vivent dans huit camps.
Depuis la destruction de la centrale électrique de Gaza par une attaque aérienne israélienne, en juin, les centres médicaux de l’UNRWA sont contraints d’utiliser des groupes électrogènes. « Si nous venons à manquer de carburant, cela aura de graves conséquences sur le stockage des réserves de médicaments et le fonctionnement des équipements médicaux dans les 18 centres médicaux de l’UNRWA que compte la bande de Gaza », prévient John Ging, directeur des opérations de l’agence pour Gaza.
J. Ging décrit les conditions générales de vie à Gaza comme étant « misérables, frustrantes et en constante dégradation. Les perspectives d’avenir sont très préoccupantes puisque Gaza est maintenant isolée économiquement du monde extérieur et la poursuite de nos opérations
humanitaires est devenue une lutte qui coûte cher. » L’UNRWA doit maintenant la somme incroyable d’un million de dollars à ses agents de transport maritime israéliens pour couvrir des frais de retard de déchargement de navire causés par la fermeture du terminal de Karni.
Suite à cette situation tragique, six organisations de défense des droits de l’homme ont lancé, le 28 août 2006, un appel urgent à la Haute Cour israélienne, réclamant l’ouverture des passages vers la bande de Gaza pour assurer un acheminement de nourriture, de médicaments, de carburant et d’autres produits essentiels. Les six organisations (l’Association pour les droits civiques en Israël (ACRI), Médecins défenseurs des droits de l’homme, Centre pour la défense de l’individu, Comité public contre la torture en Israël (PCATI), B’tselem et Gisha) estiment que « les militaires sont dans l’obligation de permettre aux résidents de Gaza d’accéder à tout ce qui leur est nécessaire afin qu’ils puissent subvenir à leurs besoins essentiels et mener une vie normale. Cette obligation comprend l’autorisation de passage des ressources nécessaires au fonctionnement normal des services de santé, de l’éducation et du commerce. D’après ces organisations, Israël doit au moins, si elle respecte les lois humanitaires internationales, permettre aux organisations d’aide de venir en assistance à une population qui a été durement touchée et qui a besoin de cette aide. »
Frustrés de constater que les grands médias ne rendent pas compte de la situation désespérée qui règne à Gaza, certains racontent leur vie quotidienne sur leurs blogs sur Internet. Mona El-Farra, 52 ans, médecin et militante des droits de l’homme et de la femme à Gaza, relate sa vie au jour le jour :
Lundi 28 août 2006 : Des opérations militaires israéliennes contre Gaza ont lieu sans discontinuer. A l’Est de la ville, 8 personnes ont été tuées et 17 autres blessées, y compris des journalistes de Reuters. Les forces navales nous tirent abondamment dessus. Chaque jour les hôpitaux accueillent les blessés et les tués. La consommation en gazole de nos hôpitaux a augmenté depuis qu’ils doivent utiliser des groupes électrogènes pour les salles d’opération […]
Des milliers d’enfants souffrent du syndrome de stress post traumatique. Ils rentrent à l’école samedi prochain mais il n’y a pas d’eau, pas d’électricité, pas de système d’égouts efficace, pas de distractions, pas d’argent pour acheter de la nourriture. Les frontières sont juste ouvertes de temps en temps pour laisser passer des médicaments et de l’aide humanitaire pour l’UNRWA. La santé publique est largement touchée. De plus en plus de familles font appel à l’aide alimentaire et de nombreux enfants n’ont pas de repas équilibrés. L’Alliance des enfants du Moyen-Orient a distribué 500 cartables ainsi que des fournitures scolaires à des enfants de Gaza.
La vie sous l’occupation continue […] et les gouvernements du monde ne restent pas seulement silencieux – la souffrance de la population de Gaza semble les divertir. Ils se pressent en apportant des solutions inefficaces alors qu’ils oublient l’origine du problème : l’OCCUPATION et l’INJUSTICE.
Pour Jan Egeland, coordinateur de l’aide humanitaire des Nations unies, la population de Gaza est comme « enfermée dans une cage. Il n’y a pas assez d’électricité, pas assez d’eau. Les conditions de vie y sont en ce moment intolérables. Pour moi Gaza est une bombe à retardement. Cela ne peut pas continuer ainsi sans qu’une énorme explosion sociale se produise. »
Des faits et des chiffres
10 septembre 2006
– La population de la bande de Gaza, estimée à 1,4 million d’habitants, dont un tiers vit dans des camps de réfugiés, subit des attaques depuis 74 jours.
– Les avions de guerre israéliens ont lancé plus de 250 raids contre Gaza et ont touché les deux centrales électriques et les ministères des Affaires étrangères et de l’Information.
– Plus de 260 Palestiniens, dont 64 enfants et 26 femmes, ont été tués depuis le 25 juin 2006. Plus de 1 200 Palestiniens ont été blessés, et 60 d’entre eux ont été amputés.
– Au moins 120 bâtiments palestiniens, maisons, ateliers et serres ont été détruits et 160 endommagés par les Israéliens.
– Israël a cessé tout commerce. Même la pêche est interdite. Les fermetures ont paralysé l’industrie, ce qui a coûté leur emploi à plus de 30 000 habitants de Gaza.
– Les deux tiers de la population de Gaza vivent dans un état de grande pauvreté. La Banque mondiale prévoit que suite au déclin de l’économie de Gaza, ses habitants devront survivre avec moins de 2 dollars par jour.
– Les deux tiers des habitants de Gaza sont sans emploi. Le tiers restant est composé de fonctionnaires non payés par manque de fonds.
– Gaza est devenue la région la plus pauvre de la Méditerranée avec un revenu annuel de 700 dollars par personne. Le revenu annuel par personne est de 20 000 dollars en Israël.
– L’Union européenne a suspendu ses aides alors que les banques arabes, sous la pression de l’administration américaine, ne transfèrent pas de fonds vers Gaza.
– Les dégâts causés par les bombardements israéliens au réseau électrique sont estimés à 1,8 milliard de dollars et plus d’un million de personnes n’ont plus régulièrement accès à l’eau potable.
Voir deux photographies dans la version imprimée de la revue Partage international n° 218 d’octobre 2006, page 21, représentant deux réfugiés palestiniens.
Haj Mohamed Zoarab, âgé de 62 ans, est réfugié palestinien depuis 1950.
Hanya El Kurdi, âgée de 67 ans, est réfugié au camp d’Ashdod. Elle a confié que, récemment, son fils et elle-même étaient restés sans manger pendant deux semaines, avant que l’aide ne leur parvienne. [Source : UNRWA]
