Partage international no 214 – juin 2006
Un bref survol de la presse internationale montre une série inquiétante d’informations contradictoires sur l’énergie nucléaire : les mesures de sécurité prises à ce jour, les normes de sécurité, les accidents, les armes, les missiles, les sous-marins, les essais, le développement, la pollution des mers, des cours d’eau et des terres agricoles et les sites d’expérimentations avec leur poussière atomique ; les problèmes des déchets, des transports, du stockage. Malgré une longue liste de désastres, d’incidents évités de justesse et les énormes défis à court et à long terme, il est surprenant de voir que la question de l’énergie nucléaire est à nouveau à l’ordre du jour, en raison de la hausse du prix du pétrole qui conduit les responsables politiques à considérer le pouvoir nucléaire comme une option susceptible d’apporter l’indépendance énergétique.
Le premier ministre britannique, Tony Blair, est en train de reconsidérer la position de l’Angleterre en matière d’énergie et a proposé un « débat ouvert ». Et il n’est pas le seul. Le récent accord nucléaire entre les Etats-Unis et l’Inde a tellement inquiété le Pakistan que celui-ci vient de tester avec succès un missile balistique à longue portée (2 000 km) capable de transporter une tête nucléaire. Le premier ministre Shaukat Aziz a déclaré sur un ton de défi : « Nous poursuivrons vigoureusement notre recherche de sécurité et d’énergie, quelle qu’en soit la source, y compris nucléaire. »
L’effondrement de l’Union soviétique a fait que, malgré l’étendue du désastre de Tchernobyl, aucune étude exhaustive des divers effets de la radiation nucléaire n’a été réalisée et que les études sanitaires et environnementales sont restées fragmentaires. Des accidents de réacteurs nucléaires continuent de se produire, tandis que des chercheurs et des experts s’efforcent de trouver des méthodes plus sûres pour stocker les déchets.
Pour la Finlande, la Grande-Bretagne et bon nombre d’autres pays, la solution semble être l’« enfouissement profond » dans une fosse d’au moins 500 m de profondeur, remplie de déchets puis rebouchée et scellée. Ce problème est très épineux du fait que les déchets doivent être conservés dans un lieu intermédiaire afin qu’ils puissent refroidir suffisamment pour pouvoir être enterrés. Mais pendant ce temps, de nouveaux déchets sont produits. En outre, la stabilité géologique du site d’enfouissement est d’une importance vitale – aucun site d’enfouissement ne doit se trouver sur une faille tellurique ou dans une région pouvant présenter une activité géologique.
« Divine Strake » est le nom de code ironique donné aux derniers projets du département américain de la Défense pour tester des bombes anti-bunker dans le Nevada, en juin 2006. Le Time annonce : « Une puissante explosion prévue en juin sur le site d’expérimentation du Nevada est destinée à aider les chefs de guerre à mettre au point la plus petite arme nucléaire capable de détruire des cibles souterraines. » Ce qui a entraîné des inquiétudes quant à une relance de l’armement nucléaire tactique.
Les Indiens Shoshone et des citoyens de Salt Lake ont lancé des poursuites contre le département de la Défense afin d’empêcher l’explosion d’une bombe de 700 tonnes de nitrate d’ammonium et de carburant à 150 km au nord-ouest de Las Vegas. Même s’il n’est pas nucléaire, cet essai constituera l’explosion chimique en plein air la plus puissante jamais conduite sur le site expérimental du Nevada – 280 fois plus puissante que l’explosion qui détruisit le bâtiment fédéral d’Oklahoma City en 1995.
Les communautés locales et les indigènes espèrent que cet essai sera abandonné – « un nuage de poussière de 3 000 m de haut » – pourrait répandre des particules radioactives sur tout l’Ouest, car cette zone a servi pour des tests atomiques pendant plusieurs décennies à partir des années 1950. « Il semble que le département de la Défense n’ait rien appris des désastres de Hiroshima, Nagasaki, Tchernobyl et des morts atroces infligées aux soldats et à de simples citoyens par les expériences nucléaires, précise la plainte. L’explosion contaminerait les réserves indiennes, « les rendant inutilisables pendant des millions d’années pour le peuple Shoshone et pour tous les autres êtres humains ».
Certains experts s’inquiètent du fait que l’administration Bush pourrait être en train de mettre au point des armes nucléaires tactiques de faible puissance. « Nous avons certainement de bonnes raisons d’être préoccupés », a déclaré Vanessa Pierce, directrice de projet pour le Health Environment Alliance de l’Utah. Je pense que ce test montre que les concepteurs d’armes sont tellement obsédés par l’idée de créer de nouvelles armes nucléaires comme ces mini-engins, qu’ils sont prêts à faire n’importe quoi. »
Le surnom de Divine Strake rend les Amérindiens furieux car ils voient le test non seulement comme une menace pour la vie mais aussi comme la violation d’un territoire sacré.
Sources : Salt Lake Tribune, E.-U
Thématiques : politique
Rubrique : Regard sur le monde (Dans cette rubrique, Partage international met en lumière certains problèmes urgents qui nécessitent une nouvelle approche et des solutions durables.)
