Questions-réponses : Coopération et travail de groupe (4/5)

SÉMINAIRE 1997 : La coopération

Partage international no 122octobre 1998

par Benjamin Creme

Q. Que signifie réellement la coopération au sein d’un groupe ?
R. Coopérer veut dire ne pas être destructif. Faire les choses dans un but commun, en se mettant d’accord sur la direction à suivre et la manière d’agir.

Q. La compétition est-elle un réel problème dans le travail de groupe ?
R. A mon avis, c’est l’un des problèmes majeurs. Au sein d’un groupe, les gens se disputent la « réussite ». Ils rivalisent pour le prestige ou le statut personnel. Je ne sais comment cela se passe ici, mais à Londres, dès le début, nous avons évité d’attribuer une charge spécifique aux différents membres. Personne n’a de titre officiel et il n’existe aucun statut personnel dans ce sens. La seule différence se situe au niveau de l’efficacité. Certaines personnes travaillent davantage, de manière plus assidue et plus efficace, dans le but de faire connaître l’information ou simplement dans le travail de bureau nécessaire à la diffusion des publications. Que vous vendiez des corn flakes ou que vous fassiez connaître la Réapparition, il faut toujours prévoir un emballage en quelque sorte, et c’est le travail de bureau. Certains sont très qualifiés pour cette tâche mais ne se montrent guère brillants en dehors.

Q. Nous savons, de manière intellectuelle, qu’il ne devrait exister aucune rivalité entre nous, mais une certaine forme de compétitivité s’insinue de manière subtile…
R. Qui a dit que c’était subtil ? A mon avis, cela n’a rien de subtil. La compétition fait rage. Je connais des individus, dans chaque groupe, qui ne peuvent agir autrement que dans un esprit compétitif. Les trois-quarts du temps, ils ne font rien, jusqu’à ce qu’ils se sentent soudain inspirés. Ils font alors une petite chose, par exemple ils prennent contact avec des médias. Mais ils veulent que tout le monde soit au courant, que nous sachions tout ce qu’ils ont fait, que leurs efforts et leurs mérites soient reconnus, et que nous nous rendions compte à quel point il est important qu’ils se soient rendus chez tel libraire. Tout le monde doit savoir que ce dernier acceptera, peut-être, de mettre quelques livres en rayons. C’est déjà une réussite !
Il s’agit de compétition à l’égard des membres du groupe et il faut extirper ce genre d’attitude. Ce n’est pas seulement dénué de tout intérêt, c’est très destructeur, parce que les gens prennent position et des clans se forment. Certains aiment la personne en question et se regroupent autour d’elle. D’autres, au contraire, ne peuvent la supporter à cause de son esprit compétitif. La compétition en elle-même n’attire pas. Mais chacun est attiré par ceux qui lui ressemblent et ceux qui ont l’esprit compétitif s’attirent mutuellement. Par contre, ceux qui souhaitent coopérer sont repoussés par cet esprit de compétition. Lorsqu’il en est ainsi, le groupe perd sa cohérence. C’est pourquoi il est essentiel que l’esprit de compétition disparaisse. Si vous ne pouvez obtenir que les individus qui sèment la perturbation quittent le groupe (ils sont quelquefois plus destructeur en dehors du groupe qu’à l’intérieur), vous devez les supporter et essayer avec le temps de les faire changer. Le seul moyen d’y parvenir est, à mon avis, de leur accorder si peu d’attention qu’ils finissent effectivement par changer.

Q. Il est donc impératif de surveiller avec vigilance ses propres motivations et d’essayer d’éviter la comparaison et la compétition.
R. Absolument. La comparaison est, bien sûr, l’essence de la compétition. Vous vous comparez aux autres et le peu que vous avez réalisé vous paraît bien insignifiant à côté de tout le travail qu’ils font. Si quelqu’un dans le groupe présente bien et fait preuve d’énergie, vous pensez : « Celui-là, je le déteste. Pour qui se prend-il ? » Dans tous les groupes, on voit arriver quelqu’un de ce genre qui se met rapidement au travail et donne des complexes aux membres plus anciens, parce qu’il se montre efficace et ne souffre pas des mêmes blocages que les autres. Il peut s’agir de personnes plus jeunes qui travaillent depuis moins longtemps et, par conséquent, ne sont pas aussi blasées. Elles n’ont pas perdu leur élan et leur enthousiasme et donnent des complexes aux autres. Finalement la jalousie s’installe ainsi que la compétition. Il en est de même avec les enfants ; la sœur aînée est toujours en compétition avec le cadet et le plus jeune est toujours jaloux de l’aîné. Cela se passe ainsi au sein des familles et un groupe finit par tellement ressembler à une famille que l’on y trouve le même genre de situations.
Nous devons donc effectivement examiner nos motivations. Il faut rester honnête avec soi-même, ce qui n’est pas facile, et être capable de voir réellement ses propres motivations, même si l’on ne peut changer sa manière d’agir. Si vous examinez constamment vos mobiles et assumez la véritable intention qui se cache derrière tout ce que vous dites et faites, vous purifiez peu à peu votre esprit. Vous agissez alors spontanément d’une manière juste. Vous ne rivalisez pas.
Vous devez apprendre à vous taire lorsque c’est nécessaire. J’ai constaté que dans tous les groupes certaines personnes protègent le groupe. Elles aimeraient se montrer plus ouvertes, plus puissantes, plus efficaces mais elles évitent de le faire parce que cela suscite toujours la jalousie et la compétition chez les autres. Elles doivent rester un peu en retrait, se retenir, ne pas en dire trop parce qu’on les cataloguerait de grosse tête ou de beau parleur. Il en est ainsi dans tous les groupes. Il faut regarder les choses en face parce que ceux qui sont engagés dans le travail de groupe sont des individus ordinaires même si, par ailleurs, ce sont aussi des disciples de quelque niveau. Il est donc nécessaire d’examiner avec soin cette question de motivation.
Personne n’est totalement honnête. Je rencontre des gens dans tous les groupes qui, lorsqu’ils me parlent, ne le font pas franchement. Ils disent ce qu’ils pensent que j’aimerais entendre ou ce qu’ils aimeraient me faire croire. Il vaudrait mieux qu’ils disent simplement ce qu’ils ont à dire. Si c’est quelque chose de destructeur, il serait préférable dans certains cas de se taire, et dans d’autres de dire ce que l’on a à dire. Cela dépend, car la destruction peut avoir un aspect constructif. Le moment est parfois venu pour la critique constructive. Mais il ne devrait jamais exister de critique destructive émanant de la jalousie, de la peur, de la haine ou de la méchanceté. Nous devons surveiller nos mobiles dans toutes les situations qui peuvent se présenter. C’est une exigence fondamentale. Nous n’arriverons jamais à une véritable coopération, tant que nous ne nous exprimerons pas du fond de nous-mêmes et tant que nous n’agirons pas du fond de nous-mêmes en tant que groupe, dans un esprit dénué de tout sentiment de compétition, de jalousie, de crainte et de ressentiment, nous n’arriverons jamais à une véritable coopération. Ce genre de sentiment détruit la bonne volonté qui est à la base de la coopération.

Q. Lorsque nous constatons une tendance à la compétition en nous-mêmes, nous essayons de la réprimer ou de la supprimer tout à fait, mais elle reste toujours là. Nous nous focalisons sur le travail à accomplir, sur le but, mais notre conditionnement est très puissant. Comment « purifier le cœur de la souillure de la compétition ? » En passant de l’astral au mental ? En utilisant des mantras ? En faisant appel à la lumière de l’âme ? Par la méditation de transmission ?
R. Tout cela est utile. Le meilleur moyen d’y parvenir est de passer le plus rapidement possible de la polarisation astrale à la polarisation mentale et, lorsque cet objectif est atteint, de la polarisation mentale à la polarisation spirituelle, car plus votre niveau de polarisation est élevé, plus l’âme peut influencer la vie de la personnalité. C’est l’âme qui coopère. Elle ignore tout de la compétition. Elle ne connaît que la bonne volonté et c’est au travers de cette bonne volonté que vient la coopération. Si la bonne volonté est absente, vous pouvez parler de coopération, essayer toute votre vie, de manière intellectuelle, de faire des efforts dans ce sens, mais vous n’y parviendrez pas, car la bonne volonté est fondamentale.
La première chose qui doit exister au sein d’un groupe, c’est la bonne volonté de chacun à l’égard des autres. La bonne volonté est le ciment qui assure la cohésion du groupe. Plus vous parviendrez à voir les gens en tant qu’âmes, plutôt que sous l’aspect coupant, difficile et antipathique de la personnalité, plus vous serez capables d’agir sans ressentiment et dans un esprit de coopération.

Q. L’énergie de la bonne volonté sert-elle de lubrifiant dans le travail de groupe ?
R. L’énergie de la bonne volonté n’est pas seulement un lubrifiant dans le travail de groupe, elle est la base même de l’existence du groupe. C’est ce que les gens ne comprennent peut-être pas très bien. Il n’existe rien d’autre que des groupes. Nous parlons de l’initiation de groupe comme de quelque chose d’inhabituel, alors qu’en fait l’initiation s’est toujours faite en groupe, mais nous n’avons pas vu ces groupes. Aujourd’hui, la différence est qu’avec les énergies nouvelles du Verseau, les individus se regroupent d’eux-mêmes. C’est pourquoi l’idée d’une initiation de groupe devient une image réelle dans leur esprit. En fait, il n’a jamais rien existé d’autre. Cela a toujours été une initiation de groupe. Mais elle a concerné un homme ici, une femme là, cela s’est fait lentement, de manière individuelle. Maintenant le même nombre de personnes recevront l’initiation, mais en relation de groupe. Il s’agit d’un mécanisme différent parce que les groupes qui existent sur le plan subtil commencent à se manifester sur le plan physique. Cependant, les groupes auxquels tous ces individus appartiennent restent les mêmes sur le plan subtil. La seule différence est qu’il s’agit maintenant d’une activité de groupe consciente.

Q. Est-il difficile de parvenir à une véritable coopération en tant que groupe ?
R. Oui, c’est difficile en raison du conditionnement qui est le nôtre et de notre niveau d’évolution. Le changement se produit lentement et nous devons l’accepter. Cependant, nous travaillons en groupes et dans des conditions qui permettent l’expérimentation. Nous devons considérer cela comme la réalité de base et chercher à mettre nos connaissances en pratique.
Nous avons de la chance en tant que groupe. Nous ne travaillons pas de manière confuse pour notre avancement ou notre développement personnel, du moins, je l’espère. J’espère que personne ici ne se trouve dans un de ces groupes simplement dans un intérêt personnel. Nous sommes ici pour servir le Plan de l’évolution, dans la mesure où un aspect de ce plan nous a été présenté, et même un de ses aspects majeurs : la préparation à l’extériorisation de la Hiérarchie. C’est capital.
Nous vivons des temps mémorables ; je ne saurais trop insister là-dessus. C’est une époque comme il n’en a jamais existé auparavant. Je doute qu’une telle opportunité de service se soit jamais présentée à un groupe. A maintes reprises, dans ses messages, Maitreya a affirmé : « C’est une opportunité de service comme on n’en a jamais vu auparavant. » S’il le dit, vous pouvez être sûr que c’est la réalité. Jamais auparavant, tant de gens n’ont eu une telle opportunité de service, l’opportunité d’accomplir, à leur niveau, quelque chose d’une importance capitale. C’est la raison pour laquelle des groupes comme celui-ci devraient reconnaître le privilège qui leur est accordé, faire le maximum pour se montrer à la hauteur de l’opportunité qui se présente et ne pas la gaspiller dans un esprit de compétition ou d’égoïsme, ou dans une simple contemplation de soi, à laquelle chacun peut se complaire parfois mais qui, avec le dévouement au travail, devrait être de plus en plus rare.

Q. Avoir une large vision de la mission du groupe peut-il aider à coopérer ?
R. Si vous êtes idéaliste, cela devrait vous aider. Si vous avez l’esprit compétitif et si, par conséquent, vous êtes destructeur et si, de plus, vous ne réalisez pas que votre groupe est impliqué dans quelque chose de plus vaste, vous pourriez finir par devenir très destructeur. On devrait peut-être vous demander de quitter le groupe. C’est à lui de décider. Prendre conscience de la mission élargie du groupe devrait vous inciter à réfléchir davantage avant de vous montrer destructeur. Cela devrait vous aider à faire preuve d’introspection et à montrer une attitude plus coopérative, même à l’égard des personnes que vous n’aimez pas et avec lesquelles vous avez l’habitude de rivaliser.

Q. Comment faire preuve d’esprit critique dans le travail de groupe d’une manière qui soit constructive ?
R. Il existe deux sortes de critique : la critique destructive et la critique constructive. La critique destructive est celle dont chacun fait preuve à l’égard d’autrui. La critique constructive est relativement rare, parce que vous devez non seulement être en mesure de percevoir le moment où un individu sera ouvert à la critique, mais également être celui qui peut aider. Vous devez être capable de lui donner des conseils utiles. Cela n’est pas facile lorsqu’on a affaire à d’autres personnes. Il est déjà difficile de corriger ses propres défauts.
Lorsque vous avez affaire à autrui, vous devez être absolument certain du bien fondé de ce que vous faites avant de pouvoir émettre une critique positive. Toute autre forme de critique devrait être abandonnée, ne pas être formulée. Critiquer les autres détruit les justes relations et la confiance, cela avilit la personne critiquée et celle qui critique. Je sais bien que tout le monde le fait. Il n’existe pas un individu au monde qui, à moins d’être un initié de degré 4,9, soit à l’abri de critiquer les autres d’une manière négative. Mais nous devrions tous essayer, dans la mesure du possible, de l’éviter.
Je pense qu’il y a des moments dans l’activité de groupe où une critique judicieuse peut être utile pour réorienter la personne vers une manière d’agir plus juste et plus cohérente. Lorsque c’est nécessaire, chacun doit se montrer ouvert à ce genre de critique. Mais vous constaterez que ce n’est pas le cas. Une critique positive est presque toujours mal prise par ceux à qui elle s’adresse, à moins qu’ils ne fassent preuve d’un détachement tout à fait exceptionnel.
Si une personne est détachée, elle acceptera n’importe quelle critique, justifiée ou non, positive ou négative ; mais vous arrive-t-il souvent de rencontrer quelqu’un de si détaché qu’il puisse accepter avec une humeur égale et même avec amabilité ce genre de critique ? Chacun considère qu’il a le droit d’être traité avec un total respect et, dans le travail de groupe, chacun devrait évidemment pouvoir compter sur le respect des autres membres du groupe. C’est une exigence primordiale : un respect fondamental, non-dit mais cependant reconnu et ressenti, pour l’individualité de chacun et la certitude que tous font honnêtement ce qu’ils ont à faire, au mieux de leurs capacités et en obéissant à de justes raisons. Ce n’est pas toujours vrai, mais chacun a besoin de sentir ce respect et cette confiance.
Chacun aborde le travail que nous faisons avec un mélange de motivations. La première étant la conscience qu’il s’agit probablement du travail le plus important (à mon avis, c’est effectivement le plus important) que quiconque puisse faire dans le monde aujourd’hui. Bien sûr, un éminent chirurgien penserait qu’il existe d’autres choses tout aussi importantes à faire. Relativement parlant c’est vrai mais, d’un point de vue plus vaste, si l’on prend en considération l’avenir de la race humaine, l’extériorisation de la Hiérarchie est primordiale et le travail s’y rapportant est, à mon avis, le plus important qui puisse s’offrir à qui que ce soit.
C’est la raison pour laquelle le nombre de personnes participant à ce travail est relativement peu élevé ; il demande en effet beaucoup. S’il s’agit du travail le plus important qui soit, il exige que l’on s’y investisse totalement. Peu d’individus sont prêts à se consacrer à quelque chose dont ils n’ont pas eu de preuve tangible, quelque chose dont ils ont seulement entendu parler ou qu’ils ont découvert au cours d’une lecture, quelque chose dont ils ne peuvent avoir une totale certitude. C’est la raison pour laquelle certains gourous dans le monde sont suivis et vénérés alors que d’autres, inconnus, sont laissés de côté et ignorés.
La question posée est : comment traiter le problème de la critique dans le travail de groupe ? La critique existe inévitablement dans tous les groupes parce que des erreurs y sont commises dans tous. Mais qui peut dire ce qui est une erreur ou peut-être tout simplement une expérience ? Toute forme d’activité doit laisser le champ libre aux expériences. Mais d’un autre côté, bien que le temps n’ait pas d’existence réelle, il existe un facteur temps ; il y a un temps prévu pour un certain travail et s’il n’est pas effectué en temps voulu, il est ensuite trop tard. Une grande partie du travail lié à la réapparition de Maitreya et des Maîtres aurait dû être fait plus tôt. Le temps est passé où ce travail aurait pu être accompli dans les meilleures conditions.
Vous devez vous concentrer sur le travail auquel donner la priorité à un moment donné. Cependant, c’est là que naissent les critiques, parce que les gens ne seront pas d’accord sur ce qu’il convient de faire. Quand des divergences d’opinion existent en raison de points de vue différents, de rayons différents, de visions du monde différentes, de légères différences dans le niveau d’évolution de chacun, une importance différente est donnée à des choses différentes. Nous devons parvenir à un consensus et ce consensus est le résultat de la coopération.
(A suivre)


Date des faits : 30 novembre 1996 Auteur : Benjamin Creme, (1922-2016) : artiste et ésotériste britannique, ancien rédacteur en chef de Share International. Son contact télépathique avec un Maître de Sagesse lui permettait de recevoir les informations les plus récentes concernant l’émergence du Christ et de s’exprimer sur les enseignements de la Sagesse éternelle.
Thématiques : sagesse éternelle, spiritualité
Rubrique : Dossier ()