par Jéremy Traylen,
Maitreya dit que l’autosatisfaction est la racine de tous les maux. C’est une « mentalité qui pourrait se résumer par la formule : « Pour moi, tout va très bien, merci. » Cet état d’esprit conduit aussi bien les individus que les institutions à se déconnecter des réalités de la vie. Dans cette situation d’isolement, on n’a plus guère de vision ni de sens pratique1. » Cette situation a été on ne peut mieux illustrée par le Sommet du G-8, lorsqu’en mai dernier, les chefs d’Etats et de gouvernements des démocraties les plus riches se sont rencontrés à Birmingham, en Grande-Bretagne. En tête de leur agenda : les récents événements en Indonésie et en Inde.
La question de la dette du tiers-monde venait bien après sur la liste. Rappelons que les pays en voie de développement dépensent annuellement 270 milliards de dollars pour le service de la dette. L’aide occidentale une fois déduite, c’est plus de 200 milliards qui viennent remplir les coffres des nations industrialisées. Cela signifie que, après ce transfert, les gouvernements des pays pauvres n’ont plus grand chose à investir dans la santé, l’éducation et les autres secteurs essentiels. Si la dette de l’Afrique, seule, était annulée, cet argent permettrait de sauver la vie d’environ 21 millions d’enfants, d’ici l’an 2000, et de fournir à 90 millions de jeunes filles et de femmes l’accès à une éducation de base.
Que le Sommet du G-8 ait discuté la question de la dette, c’est en grande partie grâce à la pression politique exercée par la coalition des organisations caritatives religieuses Jubilé 2000 et à sa campagne internationale entreprise en 19962. La coalition s’était également assurée que la vox populi serait parfaitement entendue en mobilisant 70 000 personnes dans les rues de Birmingham durant la rencontre.
En vain : les membres du G-8 ne prirent aucune décision sur la question de la dette. Andrew Sims, de Christian Aid, réitère sa déception : « Chaque année, le G-8 claironne des promesses concernant l’allégement du fardeau des pays pauvres, mais invariablement, le tiers monde reste piégé dans la dépendance, avec des programmes d’assistance incapables d’enrayer la succession des catastrophes. L’Occident ne réussit pas à comprendre que la réduction de la moitié de la pauvreté mondiale, d’ici l’an 2015, n’est possible qu’à condition d’aborder la question de la dette de façon plus réaliste, c’est-à-dire plus courageuse : avec le genre d’aide que reçut l’Allemagne après la Seconde Guerre mondiale. »
L’endettement du tiers monde n’est pas seulement une question d’ordre humanitaire. Les autres questions figurant sur l’agenda du Sommet, telles que l’emploi, le réchauffement planétaire ou le problème de la drogue sont affectées par le problème de la dette. Si les gouvernements décidaient des mesures radicales à ce sujet, ils contribueraient à éclaircir de façon significative ces quatre points noirs en même temps.
Tel est le discours que tient la militante Susan George, présente durant les manifestations de Birmingham, et qui avait participé par ailleurs à un rassemblement annuel connu sous le nom de « Sommet populaire ». Son expression « le boomerang de la dette » date de 1992. C’est une façon de décrire comment le problème de la dette du tiers monde rebondit sur les pays industrialisés de manière totalement inévitable.
Les programmes d’ajustement structurel
Les programmes d’ajustement structurel, imposés par le Fonds monétaire et la Banque mondiale, dans la plupart des cas de redressement financier, sont au cœur du problème : le but de l’opération étant d’inciter les pays en difficultés à accroître leurs réserves monétaires et surtout leurs devises convertibles, de manière à pouvoir assumer les remboursements. C’est ainsi que lorsque la crise de la dette fit plonger le tiers monde dans les années 1980, des dépenses gouvernementales furent amputées, des biens nationaux privatisés et des travailleurs du secteur public licenciés. On dévalua des monnaies locales et l’on mit la pression sur les revenus du commerce extérieur afin d’obtenir des devises fortes à n’importe quel prix : des ressources naturelles non renouvelables, telles que les forêts et les zones de pêches, furent mises à contribution, et de vastes étendues de terres cultivables furent converties à l’agriculture d’exportation (activité instable parce que totalement dépendante des fluctuations du marché mondial et des spéculateurs-acheteurs occidentaux). Des citadins perdirent leurs emplois et des petits cultivateurs furent expropriés. Cette politique aveugle créa un exode de population à la recherche d’un moyen de subsistance. De plus en plus nombreux, ces réfugiés économiques se mirent à dévaster les forêts, à la fois pour le combustible et pour y faire pousser de quoi se nourrir. Parallèlement, l’hystérie mercantile et la création d’immenses fermes d’élevage intensif monopolisèrent des forces vives. Les austérités budgétaires eurent pour conséquence l’abandon des programmes de protection écologique. Le Brésil, par exemple, qui est à la fois le premier débiteur du tiers monde et la plus grande réserve forestière de la planète, continue d’abattre ses arbres au rythme quotidien de 50 0000 km2.
Dans ce cas précis, la dette est clairement connectée à la déforestation qui, à son tour, entraîne un réchauffement planétaire. Ce genre de problématique se retrouve dans d’autres situations en rapport avec l’environnement. Des études américaines, portant sur 33 comtés qui pompent leur eau de table dans le Rio Grande, révèlent un nombre beaucoup plus élevé de cancers du foie et de la vessie que la moyenne nationale. C’est là un effet secondaire du désastre écologique en marche de l’autre côté de la frontière avec le Mexique, dans la zone dite de la Maquiladora. Dans sa course aux devises, le Mexique a accueilli 1 800 usines étrangères le long de sa frontière nord. L’absence totale de régulations écologiques a entraîné le rejet d’une énorme quantité de déchets toxiques qui, ironie de la causalité, retourne à l’envoyeur et pollue les Etats-Unis sans être inquiété par les services d’immigration.
Les répercutions sont aussi d’ordre économique (pour les salariés américains) puisque l’absence de salaire minimum garanti, de protection de l’emploi, d’assurance chômage, de législation concernant le travail des enfants ou de taxes anti-pollution attire vers ce triste Eldorado les prédateurs capitalistes dont les profits sont de plus en plus menacés, chez eux, par les pressions des syndicats traditionnels comme par celles des lobbies écologistes et autres associations de citoyens sans illusion quant au discours néolibéral de l’administration Clinton.
Mais le problème est plus fondamental : le remboursement des dettes obligeant à un accroissement de l’exportation du tiers monde vers les pays industrialisés, ces derniers se retrouvent tôt ou tard avec un déficit commercial. C’est ainsi que les années 1980 virent un gigantesque renversement de tendance dans la balance des paiements des Etats-Unis : on estime que les pertes d’exportation vers les pays en voie de développement coûtèrent environ 1,4 million d’emplois. Pour l’ensemble des pays riches, la croissance en matière d’exportation passa de 8 % à zéro.
Les conséquences sociales
A la même époque, la crise du monde rural américain fit aussi partie des retombées. Durant les années 1970, l’accumulation de la dette du tiers monde entraîna logiquement une consommation de produits occidentaux, ce qui profita largement aux agriculteurs américains. Ce boom commercial poussa les fermiers eux-mêmes à emprunter pour accroître leur production. Quand la crise se déclara, non seulement le tiers monde stoppa ses importations, mais sa fuite en avant à l’exportation cassa l’équilibre unilatéral du marché. L’effet boomerang ne s’arrêta pas là, 400 000 familles d’agriculteurs firent faillite, entraînant dans leur chute l’ensemble des entreprises et des services des communautés rurales qui, à leur tour, firent sombrer les banques.
La crise de la dette frappa donc de plein fouet une économie américaine déjà fragilisée. L’envolée des courbes du chômage et la chute ou la stagnation des salaires, corollaires classiques du système capitaliste, créèrent des conditions propices à une expansion de la consommation et donc du trafic de drogue, sans doute le principal problème social actuel des Etats-Unis. Le chômage et l’émiettement du pouvoir d’achat eurent un effet à deux niveaux sur l’évolution du mal : ils créèrent les conditions psychologiques de la toxicomanie et parallèlement, le cercle vicieux se développa par l’attraction que ce commerce exerça sur une population sans aucun avenir socio-économique, créant un afflux et une facilité d’accès vers les substances psychotropes qui étendirent d’autant plus vite leur influence sur de nouvelles catégories de population. D’un côté, l’Amérique du Nord se fit donc piéger dans ce cycle infernal ; et de l’autre, les économies de la région andine de l’Amérique du Sud s’engouffrèrent dans la production intensive.
La cas de la Bolivie est très représentatif : en 1981, les chiffres officiels du chômage étaient de 6 % ; en 1988 il passèrent à 22 %, alors qu’ils devaient se situer en réalité autour de 35 %. Il s’ensuivit une conséquence logique : les paysans sans terres et les ouvriers laissés pour compte se ruèrent sur la culture de la coca, qui augmenta aussitôt de 250 %. A la fin des années 1980, la production et le commerce de la coca, brute ou raffinée, employaient environ 40 % de la population active et permettaient au pays de faire face à ses emprunts au FMI, en atteignant des sommets de 80 % sur la globalité des exportations. Bien que par la suite, les pressions exercées par le Bureau des narcotiques américain poussèrent le gouvernement bolivien à entreprendre des destructions ponctuelles de récoltes d’importance mineure, le danger évident d’une action radicale le retint à juste titre d’obtempérer. Comme le fait remarquer l’ancien gouverneur de la Banque centrale de Bolivie : « La cocaïne est une sorte de tampon qui nous protège de l’explosion sociale. »
La dette et la guerre
Venons en maintenant à l’un des moteurs principaux des conflits contemporains. Après la défaite de 1918, l’Allemagne dut faire face à des réparations représentant 15 % des revenus de son commerce extérieur : on considère que ce facteur fut prépondérant dans la génération du conflit qui embrasa le monde vingt ans plus tard.
La situation actuelle du tiers monde est comparable, tout au moins sur le plan financier. C’est ici 20 % des exportations qui alimentent le service de la dette, accélérant la spirale de la misère et de la guerre civile. L’avertissement de Benjamin Creme est parfaitement clair : « Notre monde est tellement divisé, les tensions inhérentes à ces divisions sont si intenses qu’elles portent en elles les germes d’une troisième guerre mondiale, probablement une guerre nucléaire, qui détruirait toute vie sur cette planète3. » Une déclaration qui fait froid dans le dos, si l’on considère l’aspect négatif des récentes explosions nucléaires de l’Inde et du Pakistan et le regain de tension que ces essais ont provoqué dans cette région où le bras de fer (pour ne pas parler de guerre froide) est aussi la règle.
En 1953, les Alliés firent preuve de sagesse et de discernement en ne commettant pas une autre erreur historique : ils annulèrent la dette allemande jusqu’à concurrence de 3,5 % de ses exportations. Les effets « boomerang » ne sont pas uniquement néfastes, ils peuvent également instaurer un équilibre bénéfique pour tous, comme dans le cas des échanges commerciaux entre les Etats-Unis et l’Europe en 1947. La même logique commandait que, pour préserver ses exportations avec le vieux continent en ruines, on lui donne les moyens de relancer sa machine économique et, partant, la demande. C’est ainsi que le Plan Marshall fut lancé, accompagné d’une enveloppe de 90 milliards de dollars actuels4. On évita l’effondrement de l’Europe mais surtout les deux parties y gagnèrent, grâce à la restauration de la paix et de la prospérité : on avait réussi à contrôler le boomerang planétaire, c’est-à-dire la loi de cause à effet.
En 1982, quand cette crise de la dette du tiers monde se manifesta, on était pourtant devant le même scénario. Mais les hommes politiques de cette époque n’étaient pas perméables à l’inspiration et à la vision, comme le furent leurs prédécesseurs, et une grande partie de l’humanité en pâtit. Néanmoins, il est encore temps de réparer cette erreur et d’inverser le processus, mais pour cela nous devons abandonner tout esprit de suffisance.
Notes
1. La loi de cause et d’effet, Partage international, numéro spécial.
2. Voir : Abolir l’esclavage de l’endettement, Partage international, juin 1998.
3. La Mission de Maitreya, tome III (version française en préparation)
4. Voir : Quand le partage a sauvé le monde, Partage international, juillet-août 1998.
Références
Breaking the Chains, A Guardian special report,
http ://report.guardian.co.uk/debt/index.html
Susan George, The Debt Boomerang : How third
World Harms Us All, Pluto Press, 1992.
L’Afrique, victime de la guerre froide – [sommaire]
par Boutros Boutros Ghali,
Il y a encore une dizaine d’années, l’Afrique était un élément-clé de la scène internationale. La compétition entre les deux blocs, en lutte pour accroître leur influence dans une région considérée comme stratégique, avait considérablement simplifié les relations des Africains avec l’Occident.
Mais depuis la chute du mur de Berlin, les choses ne sont plus aussi simples. Les Etats-Unis et la Russie ont perdu tout intérêt pour l’Afrique et l’Europe se tourne maintenant vers les pays récemment ouverts au libre échange : c’est maintenant l’Asie qui retient l’attention du monde. L’Afrique n’avait en fait jamais été considérée pour elle-même mais pour sa valeur géostratégique. Livrée maintenant à ses seules forces, il est plus que jamais nécessaire qu’elle relève la tête et relance son développement économique ; car à l’opposé de l’opportunisme général des décennies précédentes, la conséquence directe du recentrage à l’Est est ce qu’on nomme sobrement la « lassitude des donneurs ».
Les « Afropessimistes » se complaisent à citer les multiples difficultés dont souffre cette région du monde. Elles sont archi-connues : industrialisation insuffisante, dépendance excessive vis-à-vis de l’Europe pour l’écoulement d’une production tout juste raffinée, secteur agricole incapable de nourrir une population en constante expansion, dette extérieure impossible à contrôler depuis les années 1980. Ce discours construit sur des idées reçues cache souvent une profonde indifférence et ne doit pas servir de prétexte à l’abandon d’une politique de coopération économique. Les problèmes de l’Afrique sont bien réels, mais ils ne doivent pas occulter l’envers, plutôt positif, du décor. L’ignorance comme la paresse intellectuelle, en matière d’analyse, doivent être combattues.
Très peu de gens savent, par exemple, que l’économie de ce continent a progressé de 4,5 % durant les trois dernières années, c’est-à-dire deux à trois fois plus que la plupart des pays d’Europe occidentale ; ou encore que le rythme démographique africain n’est pas si explosif et immaîtrisable que l’on croît généralement : la population s’accroît de 3 % par an, progression inférieure au taux de création de richesses. Parallèlement, des progrès considérables ont été faits en matière d’éducation. Alors que seulement un tiers des enfants de l’Afrique noire fréquentait l’école primaire il y a trente ans, le chiffre actuel est de trois quarts. L’Afrique d’aujourd’hui est également en mesure de former une génération de cadres de haut niveau.
Un autre élément positif dans la dynamique de développement de ce continent, et dont personne ne fait état, est la croissance du réseau médiatique, et donc de la culture spécifiquement africaine qu’il véhicule. Depuis quelques années, alors que de nombreux pays – comme le Bénin, la Côte d’Ivoire ou le Ghana – ont adopté le système multipartite, on a assisté à une réelle libéralisation de la radio et de la presse.
S’il était seulement possible de détourner une fraction des milliards de dollars qui ont quitté l’Asie du Sud-est ces derniers mois, l’économie africaine pourrait doubler son rythme de croissance.
Certains, cependant, sont conscients de cette évolution : le continent attire un nombre croissant d’investisseurs des Etats-Unis et d’autres pays, qui comprennent leur intérêt à accéder à un marché qui atteindra le seuil du milliard de consommateurs en 2020. Coca Cola, par exemple, a prévu une expansion de ses ventes de 15 % en Afrique, à condition que règne la paix.
Mais la paix n’est pas une condition négligeable : le continent est toujours embrasé par les conflits. Plus de la moitié des missions des casques bleus sous mon mandat de secrétaire général de l’ONU (1992-96) se situaient en Afrique. Dans une période où sont réunies les conditions nécessaires à son décollage économique, des guerres fratricides coûtent à l’Afrique de nombreuses opportunités. Seuls les Africains peuvent construire une paix durable sur leur territoire, avec l’aide des organisations internationales, et au premier chef de l’ONU.
Certains acteurs de la région sont cependant mieux préparés que d’autres à l’avènement d’une ère de paix et de développement, à la fois pour des raisons géographiques et historiques. L’Afrique a été unie à l’Europe, pour le meilleur ou pour le pire, durant des siècles. Depuis environ une trentaine d’années, les deux continents ont entrepris de dépasser l’héritage très mitigé de la colonisation. C’est ainsi que les relations entre les deux parties ont mûri et évolué du stade de la dépendance à celui de l’interdépendance. Le degré élevé d’intégration qu’a atteint l’Europe est dû moins à la libre circulation des biens au sein d’un marché commun qu’à la création d’une zone privilégiée pour la libre circulation des idées et des individus. L’exemple européen pourrait être une source d’optimisme pour l’Afrique. Est-ce que l’Europe unie d’aujourd’hui ressemble à ce continent déchiré par la guerre, il y a à peine cinquante ans ? « L’Afrique doit s’unir » proclamait Kwame Nkrumah, le président du Ghana, dans les années 1980. L’Afrique n’est pas seulement une vaste source de matières premières pour le reste du monde. En prenant pleinement avantage de ses ressources humaines, l’Afrique pourrait devenir un membre précieux de la communauté internationale. Mais elle a encore besoin de l’aide étrangère.
Source : IPS
Espoir de paix en Amazonie colombienne – [sommaire]
En juillet dernier, le président colombien Andréas Pastrana a participé à des pourparlers de paix secrets dans la forêt amazonienne avec les dirigeants du plus important mouvement de guérilla du pays. Manuel Marulanda, dit « Sureshot » (tireur d’élite) et Jorge Briceno avaient refusé toute coopération avec son prédécesseur très discrédité, le président Ernesto Samper, mais ils ont accepté de rencontrer Andréas Pastrana après que l’une de leurs conditions ait été satisfaite, à savoir la démilitarisation de cinq municipalités de la zone sud.
Kofi Annan, le secrétaire général des Nations unies, a chaudement félicité Andréas Pastrana et a offert l’aide de l’ONU dans ces négociations qui pourraient amener un terme à la lutte armée.
Pour sa part, le père Jorge Martinez, du Conseil national de médiation, considère ces discussions comme « extrêmement positives pour le pays ». Malgré la longue liste des revendications de la guérilla, portant sur des réformes sociales, politiques et agricoles, comme conditions préalables à toute décision de déposer les armes, cette rencontre apporte une espérance nouvelle de réconciliation.
Source : The Guardian, G.-B.
Journal de la croix de lumière qui guérit – [sommaire]
par Buddy Piper,
« Maitreya inondera le monde de tant d’événements extraordinaires qu’il semblera impossible de leur trouver la moindre explication. » Depuis que Share International a publié cette phrase en 1988, je suis fasciné par les miracles dont des millions de personnes sont témoins sur cette planète, miracles grâce auxquels « Maitreya intensifie le climat d’espoir et d’attente qui lui permettra de se faire connaître comme l’Instructeur de toute l’humanité ».
Mon répondeur et mon fax reçoivent du monde entier d’innombrables témoignages transmis par des collaborateurs dévoués, qui m’ont aidé à devenir un reporter spécialiste des miracles du monde moderne. Grâce à des interviews sur plus d’un millier de stations de radio ou de chaînes de télévisions américaines, j’ai essayé de tenir le public informé de chaque nouvel événement. Voici l’un des miracles les plus fascinants que j’ai pu observer.
La procession
Ayant reçu un fax me demandant de vérifier les faits, je me rendis sur place. En 1996, le soir du Vendredi saint, la circulation fut interrompue, sous la surveillance de la police, dans un quartier résidentiel de Montclair, en Californie, à 90 km à l’est de Los Angeles, par une femme de petite taille (Jo Ann Noriega) qui, vêtue comme Marie, la mère de Jésus, marchait au milieu de la rue. Elle brandissait un morceau de vitre sur lequel étincelaient des dizaines de croix minuscules, créées par la lumière des bougies que tenaient à la main les nombreuses personnes qui la suivaient.
Juste derrière elle se trouvait un groupe de musiciens amateurs qui jouaient une musique inspirée à l’intention des participants. Le long de la route, « Marie » fut invitée à entrer chez ceux qui avaient besoins d’aide, pour y réciter une prière en anglais ou en espagnol.
Frank, le mari de Jo Ann, vêtu comme Jésus, marchait devant « Marie », en portant une lourde croix de bois avec l’aide d’Hussem Farrach, ancien alcoolique toxicomane, guéri par la croix de lumière.
La procession s’arrêta un peu plus tard devant la maison des Noriega où toutes les personnes présentes furent invitées à entrer, successivement, par groupes de quatre, afin de regarder à travers la fenêtre de la salle de bain l’impressionnante croix de lumière qui apparaissait grâce à la pleine lune. Plus tard dans la semaine, j’interviewai Jo Ann.
L’interview
J’étais impatient d’apprendre comment Jo Ann avait pu attirer chez elle des centaines de personnes. Beaucoup de ceux qui voient les croix de lumière repartent avec un nouvel espoir. Avait-elle prévu ce genre de travail de guérison ? Jo Ann sourit : « Non, pas du tout. Laissez-moi vous faire partager les passages marquants de mon journal intime, journal que j’ai finalement intitulé : Mon journal de la croix de lumière qui guérit. »
Le journal de Jo Ann rapporte une série d’accidents de travail dramatiques qui eurent lieu entre la fin des années 1970 et la fin des années 1980 et dont fut victime Frank, son mari, chauffeur routier. A la suite de l’un de ces accidents, les médecins découvrirent qu’il avait une grosse tumeur au cerveau. L’opération réussit mais le laissa dans l’incapacité de reprendre son travail durant trois ans. Il fut victime d’un autre accident lorsqu’il fit volontairement un tête-à-queue pour éviter une voiture dans laquelle se trouvaient trois enfants et une femme, qui avait perdu le contrôle de son véhicule. En 1991, pour couronner le tout, les médecins informèrent Jo Ann qu’elle ne pouvait pas avoir d’enfants. Mais quelques mois plus tard, une religieuse appela Jo Ann pour l’informer qu’une femme sans domicile fixe, sur le point d’accoucher, voulait abandonner son bébé. Jo Ann et Frank adoptèrent l’enfant.
Le miracle des croix commença deux ans plus tard, au cours d’un rêve. Jo Ann se mit à lire dans son journal :
Le journal de la croix de lumière qui guérit
– 13 octobre 1992 : J’ai fait un rêve. Jésus se trouvait sur une croix, située entre deux autres et de sombres nuages s’amoncelaient. J’accourais vers les trois croix en m’écriant : « Je suis là pour toi, pour accomplir ta volonté quelle qu’elle soit. » Jésus répondit : « Sois attentive et vigilante. »
– 8 décembre 1992 : Je reste en alerte, j’observe particulièrement les nuages. Aujourd’hui, dans ma cuisine, j’ai ressenti une présence aimante qui semblait m’attirer vers la salle de bain. Je me demandais pourquoi j’étais dans la salle de bain. Il était six heures du soir, il faisait nuit et pourtant une lumière brillait à travers la vitre. En regardant à l’extérieur j’ai vu une croix magnifique qui se dressait dans le ciel ! Frank est rentré vers 10 heures. Je l’ai entraîné aussitôt vers la fenêtre, mais la croix avait disparu. Il m’a regardé d’une manière étrange en disant : « Es-tu sûre d’aller bien, Jo Ann ? » Je lui ai répondu que j’avais réellement vu une croix de lumière et que j’avais senti que cette vision avait peut-être un lien avec mon rêve.
– 9 décembre 1992 : La croix de lumière est réapparue dès qu’il a fait nuit. J’étais impatiente de la montrer à Frank mais lorsqu’il est rentré, elle avait de nouveau disparu. Il m’a regardé gentiment et m’a dit que je travaillais trop et qu’il s’inquiétait pour ma santé.
– 11 décembre 1992 : Frank est rentré tôt, mais à 9 heures du soir, la croix n’était toujours pas visible. Et soudain, elle était là ! Frank la vit et s’exclama : « Mon Dieu ! Que se passe-t-il ? Ça fait des années que nous regardons par cette fenêtre et nous n’avons jamais rien vu de semblable ! »
– 16 décembre 1992 : Je suis si triste. La croix a complètement disparu. C’est comme si ma meilleure amie m’avait abandonnée. Elle était si belle.
– 27 décembre 1992 : Je me sens déprimée. J’ai prié toute la journée : « Jésus, si la croix doit revenir, envoie-moi un signe. La voir nous a tellement aidé. Veux-tu que d’autres la voient aussi ? Je la leur montrerai si tel est ta volonté. »
– 28 décembre 1992 : La nuit commençait à tomber alors que je nettoyais la cour. Je décidai soudain de retourner dans la maison pour allumer la petite veilleuse pour la Vierge Marie, fixée au mur de la salle de bain. J’étais encore en train de me demander pourquoi j’avais eu cette impulsion lorsque j’ai entendu ma voisine pousser un cri. Je me suis précipitée dehors pour voir ce qui se passait. Ma voisine montrait la fenêtre de ma salle de bain en s’exclamant : « Mon Dieu ! Vous avez une nouvelle croix ! Elle est à l’intérieur de votre maison ! » C’était notre deuxième croix, créée par la veilleuse de la salle de bain. J’avais vu trois croix dans mon rêve. Se pourrait-il qu’il y en ait une troisième ?
– 3 janvier 1993 : Encore une bonne journée ! Il était environ 7 heures du matin lorsque je regardai par la fenêtre de la salle de bain. Je fus momentanément éblouie par une lumière aveuglante. Je pris mes lunettes de soleil, très excitée de voir au-dessus des maisons voisines une croix dont la source de lumière était le soleil hivernal. C’était la troisième croix. Elle continua à s’élever pendant la matinée, puis elle s’inclina graduellement au-dessus de notre maison avant de disparaître.
– 8 janvier 1993 : Il devient évident que, durant la journée, la croix se manifeste aussi longtemps que le soleil peut entrer en contact avec l’énergie qui semble entourer la maison. Elle est apparue régulièrement durant ces six derniers jours.
– 11 janvier 1993 : Ce soir, une idée m’est venue. J’ai dit à Frank : « Va remplacer l’ampoule qui se trouve au-dessus de la porte d’entrée latérale, chez la voisine. Elle n’est pas là mais je veux tenter une expérience. – C’est impossible, Jo Ann, répondit-il, car l’interrupteur est à l’intérieur, chez elle. » Je répliquai sans savoir pourquoi : « C’est déjà allumé. » Et c’était bien le cas. Notre croix nocturne, celle qui est visible de la fenêtre de notre salle de bain, était de nouveau là ce soir. Elle est splendide !
– 13 janvier 1993 : Les croix nous apportent un apaisement émotionnel et nous en sommes profondément reconnaissants. Ce soir, vers 11 heures, nous avons entendu des voix devant notre porte d’entrée, puis quelqu’un a frappé. Nous avons prudemment ouvert la porte. Une femme m’a demandé : « Etes-vous la femme aux croix ? » Très surprise, je lui répondis que nous n’en avions parlé à personne, sauf à notre voisine. « Nous ne connaissons pas votre voisine, pas plus que vous-même, mais en passant, nous avons vu le visage de Jésus sur la fenêtre de votre salon. C’est lui qui nous a guidés vers votre maison. » Nous avons invité ces gens a entrer dans la cour pour voir la croix sur la fenêtre de notre salle de bain, qui donne sur un côté de la maison. Ils étaient une vingtaine, mais comment étaient-ils au courant ? Ils ne nous l’ont jamais dit.
– 9 février 1994 : Nous savons maintenant que la première de ces magnifiques croix, celle qui avait fini par disparaître, réapparaissait chaque mois, au moment de la pleine lune, déversant une splendide lumière bleue, et j’ai le sentiment que Jésus souhaite que ces croix demeurent là. Comme j’ai promis de le faire, je commence à les montrer à tous ceux qui veulent bien m’écouter.
Est-ce Jésus ?
– 13 février 1994 : Ce matin, vers 8 heures, j’étais en train de montrer les croix à travers la fenêtre de la salle de bain à plusieurs personnes, lorsque j’eus l’impression d’entrer dans une espèce de transe et demandai à Frank d’aller rapidement chercher mon appareil photo. Plusieurs formes commencèrent à se manifester sur le plafond et au-dessus de la porte de la salle de bain, tandis que le soleil se reflétait sur un album de photos que je venais de montrer. J’ai photographié chacune de ces formes. Les personnes qui se trouvaient là ne semblaient rien voir, mais je suivis les formes jusqu’à ce que l’une d’elle s’arrête sur la porte d’une armoire qui se trouve de l’autre côté du couloir. Je l’ai photographiée. Je pense que c’est une représentation de Jésus. Puis la forme a disparu, mais avec un peu de chance elle est sur la pellicule.
– 13 mars 1994 : La photo que j’ai prise il y a un mois est magnifique. Pour moi il s’agit de la silhouette de Jésus. Aujourd’hui, pendant que je la regardais, j’ai senti le besoin de diriger mon appareil photo vers le soleil. J’ai pris une photo. Je me demande ce que cela signifie, en admettant que cela ait le moindre sens.
– 20 mars 1994 : J’ai eu la photo que j’ai prise en regardant le soleil. Elle représente un nuage où l’on peut distinguer un visage humain. Est-ce celui de Jésus ?
Jo Ann s’arrêta de lire son journal pour me raconter que c’est après qu’elle ait pris cette photo que les guérisons ont commencé.
Des témoignages de guérisons
– 24 avril 1994 : « Mon nom est Hussem Farrach. Depuis l’âge de 19 ans, j’étais alcoolique et toxicomane. J’ai maintenant 31 ans. Je me droguais au PCP, à la cocaïne, à l’héroïne et au LSD, jusqu’au jour où j’ai rencontré Jo Ann Noriega qui travaillait dans un centre de réadaptation. Elle m’a invité à venir voir ses croix de lumière. En m’approchant de la fenêtre, je suis tombé à genoux et je me suis mis à pleurer. J’ai prié et senti une présence angélique. J’ai senti un parfum de roses, mais il n’y avait aucune rose, seulement la présence de Dieu. »
Jo Ann m’affirma que cela faisait presque quatre ans que Hussem était sobre et ne se droguait plus, et qu’il avait aidé des dizaines de toxicomanes à s’en sortir. Durant trois années consécutives, il a également joué le rôle de Simon aidant « Jésus » à porter la croix, lors du cortège du Vendredi Saint.
– 20 octobre 1996 : L’autre jour, avant de se rendre à l’hôpital City of Hope pour se faire opérer d’un cancer, Sue Knudson est passée voir les croix et a prié en implorant sa guérison. Ce matin, elle me raconte que les médecins n’avaient plus décelé aucune trace de sa maladie. Le cancer avait disparu ! Sue raconte à tout le monde que c’est la croix qui l’a guérie.
Jo Ann ajouta : « Presque chaque semaine, lors des réunions, quelqu’un fait une expérience qui transforme sa vie, mais ce qui me touche le plus ce sont les guérisons d’enfants, comme celle que j’ai relatée dans mon journal. »
– 17 janvier 1998 : Bichly Dinh, une fillette mal voyante, âgée de 11 ans, a été amenée par sa mère, lors de l’une de nos réunions de guérison. La petite fille m’a raconté : « Il m’est arrivé quelque chose de très beau. Je me suis endormie dans une sorte de transe et j’ai vu Jésus qui était venu me donner des yeux neufs. Tout s’est passé dans une grande paix. » Elle s’était réveillée en pleurant. Je lui ai demandé si elle se sentait bien. Elle m’a répondu que oui et qu’à présent elle voyait beaucoup mieux.
Jo Ann a transformé la petite maison dont elle est locataire en cathédrale de lumière et d’espoir. Elle enseigne l’amour et demande la guérison de ceux qui viennent la voir. En ouvrant son cœur, elle est devenue le canal de compassion que le Seigneur utilise pour transformer bien des vies. Je me suis souvent demandé comment le Christ choisissait les disciples qui transmettent son message d’amour dans ce monde troublé. Pour moi, en quittant Jo Ann, la question ne se pose plus. Le Christ utilise ceux qui ont souffert pour guérir la souffrance, car ils savent ce que c’est.