UN LIVRE DE Mick Brown : The Spiritual Tourist
Partage international no 118 – juin 1998
par Phyllis Creme
Dans le dernier chapitre de son récit plein de vie et d’attrait, Mick Brown, l’auteur de The Spiritual Tourist (le Touriste spirituel), s’interroge ainsi : « Si je changeais, regretterais-je la personne que je suis actuellement, cette personne souvent pleine de confusion, parfois heureuse, parfois triste, en colère, avide, orgueilleuse, se posant sans cesse des questions et ne trouvant jamais les réponses justes ? » (p 306).
Cette interrogation fait suite à ses réflexions sur le détachement, qui lui a sans cesse été recommandé au cours de la quête personnelle qu’il dépeint dans son ouvrage, et qu’il a été incapable de trouver. A ce stade, il n’est pas certain que le détachement soit vraiment ce qu’il souhaitait atteindre. L’assimilant à la « séparation », il met le détachement en opposition avec la capacité d’aimer. « L’amour, affirme-t-il, apporte l’unité avec les autres : seul l’amour nous rend entier. » Dans ce passage, presque à la fin du livre, décrivant ses réflexions lors d’un séjour dans un centre bouddhiste tibétain, en Ecosse, il semble tendre vers une sorte de résolution, qui atteint son point culminant dans le passage suivant, à la fin du récit : « La joie est non-attachement, la joie ne peut se saisir que dans l’instant. A cet instant, je me sens ivre de joie, tout en sachant en même temps que cette joie elle aussi passera. »
Cet exemple de vision intérieure, où l’expérience du moment est immédiatement tempérée par le regard de l’observateur, est caractéristique du portrait que Mick Brown, le « touriste spirituel », dresse de lui-même, ce Mick Brown, journaliste et chercheur sceptique, qui veut « tout savoir… qui veut vivre une aventure de l’esprit ». Comme le montrent ces réflexions, il est parfois en contradiction avec lui-même. Tout au long du livre, on le voit déchiré entre le doute et la reconnaissance d’expériences spirituelles.
Cet ouvrage présente un intérêt tout particulier pour les lecteurs de Partage international, car le premier chapitre est principalement consacré aux rencontres de Mick Brown avec Benjamin Creme, qu’il vit pour la première fois en 1984 et avec qui il est resté en contact de manière intermittente depuis. En dépit d’une interprétation parfois erronée du message de Benjamin Creme (il utilise par exemple l’expression trompeuse de « jour du jugement » pour « jour de Déclaration »), Mick Brown dresse un portrait fascinant et convaincant d’un homme pour lequel il éprouve, de toute évidence, une grande estime et même de l’affection, tout en reconnaissant qu’il est incapable d’accepter l’histoire de l’Emergence dans sa totalité.
Dans le premier chapitre, Mick Brown livre un compte rendu vivant de l’une des rencontres mensuelles organisées par Benjamin Creme à la Friends Meeting House, à Londres. Il résume son message concernant l’émergence de Maitreya et raconte ensuite la visite qu’il rendit ultérieurement à Benjamin Creme, chez lui, dans le but de l’interviewer pour le journal auquel il collaborait alors. A une autre occasion, Mick Brown demande au Maître de Benjamin Creme, par l’entremise de ce dernier, qui est Maitreya et « ce qu’un journaliste pourrait faire pour hâter le processus » de l’Emergence – étrange question de la part de quelqu’un qui, comme il le dit lui-même, « n’a ni preuve de l’existence du Maître, ni foi en son existence. Il reçut une réponse forte et émouvante : « Présentez l’émergence de Maitreya comme une hypothèse qui, si elle devait se vérifier, marquerait le début d’une civilisation nouvelle. Décrivez un monde où les gens vivraient dans l’harmonie et la fraternité, un monde où il n’existerait plus ni guerres, ni famines, ni divisions, ni séparations. Chacun éprouve ce besoin intérieur, cette espérance d’un avenir grandiose et radieux où les aspirations les plus hautes pourraient être comblées. Les hommes se tourneront vers tout ce qui peut leur offrir un espoir, un soutien, tout ce qui peut donner un sens à leur vie. Parlez de l’émergence, même comme une simple hypothèse. » Ce livre peut être en partie considéré comme une réponse indirecte à cette exhortation ; il véhicule l’impresson qu’il y a de l’espoir et que la vie a un sens.
Mick Brown parle des enseignements contenus dans les ouvrages de Benjamin Creme, des prévisions transmises par un « collaborateur » de Maitreya et publiées dans Partage international. Il parle également des miracles, mentionnant les manifestations de vibhuti auxquelles il a eu l’occasion d’assister. Pour lui, journaliste sceptique, ce fut un miracle qu’il dut accepter : « Je l’ai vu de mes propres yeux », déclare-il.
Sa première rencontre avec Benjamin Creme sert de point de départ et de toile de fond à ce voyage spirituel intérieur, au cours duquel les références à B. Creme et à Maitreya reviennent régulièrement. Ainsi, lors d’une visite à l’ashram de Saï Baba, à Puttaparti, M. Brown rencontre par hasard quelqu’un qui lui pose des questions sur B. Creme. Il évoque également B. Creme lorsqu’il se rend à Knoxville, dans le Tenessee, pour voir les croix de lumière dans l’église de Joe Bullard, puis de nouveau dans son exposé (qui se mêle aux récits de voyages) sur la Théosophie, les ouvrages d’Alice Bailey et Krishnamurti. Le voyage de Mick Brown le conduit également auprès de Mère Meera et du Dalaï Lama, pour qui il éprouve une sympathie toute particulière. Il fait un compte rendu de miracles dont certains lui paraissent indéniables alors que d’autres le laissent perplexe et « lourd » de scepticisme au milieu de tant de foi, cette foi qu’il s’efforce de rechercher mais dont sa manière habituelle de penser et son comportement de journaliste ne lui permettent pas de faire l’expérience par lui-même.
Cependant, le monde qu’il dépeint est, somme toute, bien différent du monde matériel du plan physique ; comme il le dit dans son introduction, il est parvenu à la conviction que « le monde est plus que de la matière : que ce que l’on ne voit pas est plus important que ce que l’on voit. » Il cite les « grands livres spirituels » qui montrent que « lorsque vous changez et commencez à voir le monde d’une certaine manière, il est impossible de revenir à la vision que vous en aviez auparavant. » Ses comptes rendus des enseignements et des événements, ce qu’il dit des Maîtres et des expériences faites par des personnes ordinaires, tout témoigne de « cette nouvelle manière de voir ». Mick Brown peut bien attirer l’attention sur ses doutes au sujet de tout ce qu’il a découvert, il n’empêche que son récit entraîne le lecteur dans un voyage à la fois temporel et psychologique, et conduit à l’évidence manifeste que le monde n’est pas tel qu’il a pu le croire auparavant. Pour finir, les doutes personnels de l’auteur ne résistent guère à la forte impression de réalité qui se dégage de l’autre vision du monde qu’il présente.
Mick Brown, The Spiritual Tourist : a personal Odyssey Through the Outer Reaches of Belief. Bloomsbury, London 1998.
Lieu : Londres,
Auteur : Phyllis Creme, collaboratrice de Share International qui vit à Londres (Royaume-Uni). Elle était l’épouse de Benjamin Creme.
Thématiques : spiritualité, émergence
Rubrique : Compte rendu de lecture ()
