L’agonie du jeune séropositif Nkosi Johnson secoue l’apathie de l’Afrique du Sud

Partage international no 153mai 2001

Avec des millions de personnes infectées, l’Afrique du Sud connaît le taux d’expansion du sida le plus élevé du monde, mais ce n’est que dernièrement que le gouvernement a accepté d’en parler. Son président, Thabo Mbeki, avait même été jusqu’à mettre en doute que la maladie soit due au HIV.

La lutte contre la mort que mène le jeune Nkosi est en train de faire changer les choses. Il est devenu dans son pays le symbole de l’épidémie.Contaminé dès sa naissance, on ne lui donnait aucune chance d’atteindre ses trois ans. Il vient de fêter son douzième anniversaire. Lors de la dernière Conférence mondiale sur le sida, qui s’est récemment tenue à Durban, son intervention avait bouleversé ses compatriotes.

Il leur avait demandé d’arrêter de diaboliser les malades du sida, et de prendre enfin en charge les centaines de milliers d’enfants que cette maladie a laissés orphelins. « Mes parents sont morts, je suis orphelin et séropositif. Mais je suis un enfant heureux qui a la chance d’avoir une famille d’adoption », déclara-t-il devant les délégués de la Conférence.

Parlant avec une clarté et une force jamais atteintes par les élites politiques de son pays, cet enfant émacié a ému les 10 000 délégués présents. « On n’attrape pas le sida en serrant quelqu’un sur son cœur, en l’embrassant ou en lui tenant la main. Nous sommes des êtres humains normaux, nous pouvons marcher, parler », déclara-t-il sous les applaudissements de l’assemblée.

Quelques mois plus tard, il intervint de nouveau, à une autre conférence sur le sida (à Atlanta, Etats-Unis) : « Il est triste de voir tant de malades, déclara-t-il. Je désire que tous les hommes soient en bonne santé. » Bien qu’étant probablement l’enfant séropositif d’Afrique du Sud ayant survécu le plus longtemps à la maladie, l’état de Nkosi n’était manifestement pas brillant à son retour des Etats-Unis, en octobre dernier. Cet état empira brusquement au lendemain de Noël. Après plusieurs attaques, le virus ayant atteint le cerveau, il est tombé dans un semi coma. Depuis, il ne parle plus.

Sa mère adoptive doit faire face aux visites que viennent lui rendre des personnalités de tous horizons, dont la femme du président. Elle croit que son fils a secoué la bonne conscience désastreuse dont son pays faisait preuve sur ce problème. Les contributions à l’association de lutte contre le sida qu’elle a créée lui ont permis de fonder un « Refuge Nkosi », ainsi que deux centres de soins. Elle espère que beaucoup d’autres suivront.

« Le gouvernement a été placé devant ses responsabilités par l’intervention d’un garçon de 12 ans, déclare James McIntyre, spécialiste du sida à l’hôpital Chris Hani Barawanath, de Soweto. Il l’a mis en demeure de faire face à ce problème. Il est bien plus difficile de rejeter les paroles d’un enfant agonisant du sida que les interventions d’un chercheur. »

Afrique du Sud
Sources : BBC News Online;Time magazine, Etats- Unis
Thématiques : Sciences et santé, Société, politique
Rubrique : Divers ()