Partage international no 99 – novembre 1996
Cher Monsieur,
Le printemps dernier, j'ai fait une expérience à propos de laquelle j'espère que vous pourrez m'éclairer. Alors qu'un soir, je quittais mon travail avec un ami, un homme me demanda un peu de monnaie. Il était assis sur le trottoir et gardait le visage baissé. Son aspect était celui d'un sans-abri. N'ayant pas d'argent sur moi, je lui dis que j'étais désolé et poursuivis mon chemin. Toutefois, après avoir fait quelques pas, je me souvins que j'avais dans mon sac un sandwich qui me restait du déjeuner et je retournai le lui donner.
Comme je lui tendais le sandwich, il me demanda s'il pouvait me parler une minute. Mon compagnon se tenait à quelques pas et me regarda m'accroupir pour parler avec l'homme qui, la tête toujours baissée, marmonna ces mots : « Je veux vivre décemment moi aussi. » Brusquement je pensai que je venais d'avoir tout récemment une conversation sur l'argent avec mon ami, au cours de laquelle j'avais dit (m'efforçant de lui faire comprendre la raison qui me poussait à vouloir un travail mieux rémunéré) : « Je veux seulement vivre décemment. » Entendre ces mots de la bouche de cet homme paraissait étrange. Cette simple supplication, à côté de mes récentes jérémiades, me gênait. Je ne sus quoi lui répondre et dit simplement : « Je sais, je suis désolée. » J'étais sincère. Je n'avais jamais été aussi désolée à aucun moment de ma vie.
A ce moment-là, il leva les yeux et pour la première fois, son regard rencontra le mien. Il me fixa intensément et j'eus la sensation qu'il me parlait avec les yeux. Au cours de ces secondes, je ressentis toute la douleur qu'il éprouvait, et cependant je fis l'expérience d'une joie intense. Il est difficile de décrire son regard. Complètement hypnotique. Au bout de ce qui fut probablement une fraction de seconde, il me dit : « Savez-vous qui je suis ? » Il ne marmonnait plus et sa diction était claire. Je voulais répondre : « Oui ! », mais ne le fis pas. L'idée me traversa l'esprit qu'il serait stupide de dire que je connaissais quelqu'un que je n'avais jamais rencontré auparavant. Alors je dis simplement : « Non, qui êtes-vous ? » Et il répondit très calmement : « Je suis Francis. » tout en continuant à me fixer avec une intensité qui me fit presque me trouver mal. Je voulus dire encore, pour une raison inconnue : « Oui, je sais », mais n'en fis rien. Maintenant, je ne sais pourquoi, je le regrette. Il me semblait simplement que c'était ce que j'étais censé lui dire. Ma réponse fut très banale cependant : « Bonjour Francis ! »
Je ne puis me rappeler les quelques phrases de la conversation qui suivit. Elles furent brèves et mon ami vint nous interrompre. Francis baissa les yeux et regarda le trottoir, je lui dis au revoir et nous nous en allâmes.
Je m'éloignais en éprouvant de la perplexité mêlée à de l'euphorie. Je ne pouvais me libérer du sentiment d'avoir fait à l'instant l'une des expériences les plus profondément tristes et extrêmement belles de ma vie. Et je désirais faire quelque chose, mais ne savais pas quoi. Toutes les fois que je pense aux regard de cet homme et à ses simples déclarations et questions, j'éprouve de nouveau (quoique avec un peu moins d'intensité) le même sentiment.
H. T., Massachusetts, E.-U.
[Le Maître de Benjamin Creme a indiqué que le « mendiant » était Maitreya.]
Lieu : Massachusetts, Etats-Unis
Thématiques : signes et miracles
Rubrique : Courrier des lecteurs (Cette rubrique est alimentée par une réserve importante de courriers confirmés par le Maître de Benjamin Creme comme relatant de véritables rencontres avec des Maîtres, ou un « porte-parole », non encore publiés. S’y ajoutent d’autres courriers, plus récents, qui n’ont pas pu être vérifiés.)
