Un krach boursier menace l’économie mondiale

Partage international no 87novembre 1995

« Comme nous l’avons déjà annoncé (PI, décembre 1988), un krach boursier prendra naissance au Japon. C’est une bulle sur le point d’éclater. » (PI, mai 1989)

D’après le magazine allemand Wirtschaftswoche, les banquiers européens craignent « le krach du siècle ». Un reportage spécial de cinq pages, intitulé « ventes paniques », consacré à la volatilité de la situation économique mondiale, cite l’expert de la Banque Bruxelles Lambert Roland Leuschel : « Cette fois encore, un krach boursier se produira », à l’image de celui d’octobre 1987 que R. Leuschel avait anticipé.

Wirtschaftswoche cite également l’investisseur Georges Soros qui juge qu’« à présent le marché est dans la phase de hausse, mais de ce fait précisément, il présente un risque de krach. » Robert Prechter, analyste de renom à Wall Street, envisagerait même une chute de l’indice Dow Jones à un niveau de 1 000 points, alors que sa position courante avoisine les 5 000 points.

Pour tenter d’isoler les Etats-Unis des effets potentiels d’un éventuel effondrement du système financier japonais, les législateurs américains ont ordonné aux banques fédérales de crédits de limiter les prêts accordés aux institutions financières japonaises. Bien que l’avertissement ait été circonscrit à la Commission des finances de la mission de contrôle des prêts au logement, commission indépendante à l’influence limitée, il pourrait cependant encourager d’autres banques à surveiller plus attentivement les prêts qu’elles accordent au Japon.

Certaines banques commerciales d’envergure internationale ont déjà été amenées à réduire, en douceur, les prêts octroyés aux banques japonaises, mais elles ont eu la prudence de ne pas risquer de provoquer une panique en envoyant au marché des signaux d’alarme trop évidents

Ces avertissements ont été formulés au moment où les banques japonaises se débattent avec d’énormes problèmes financiers et coïncident avec la faillite de deux instituts de crédit et d’une banque régionale. De même, la perte de vitesse de l’économie a également incité le gouvernement japonais à annoncer l’injection de 140 milliards de dollars dans divers programmes d’investissement ainsi que de nouvelles dépenses pour stimuler les affaires. Un budget moins important avait été arrêté à l’origine, mais la Bourse ayant chuté en apprenant son manque d’ampleur, le gouvernement a été contraint de l’augmenter sensiblement. Cette enveloppe constitue la septième injection de fonds depuis 1992.

Selon Patrick Bord, consultant financier basé à Tokyo, le Japon se trouve confronté à quatre « bulles » qui mettent la société au bord d’une implosion d’une ampleur équivalente à celle de 1929 :

  • Les créances irrécouvrables totalisent au moins 500 milliards de dollars, dont un tiers sont maintenant amortis. En réalité, le montant réel pourrait bien avoisiner les 800 milliards de dollars.
  • La Bourse a perdu 60 % de sa valeur depuis 1990. Mais du fait que la valeur des actions est toujours largement supérieure aux profits économiques réels, de nombreux experts pensent que l’indice Nikkei va plonger encore davantage.
  • La bulle des devises : le Japon est le principal créancier du monde et il a financé en yens les déficits de nombreux pays. De ce fait, les investisseurs japonais sont maintenant confrontés à une pénurie de yens.
  • La bulle sociale : la forte valeur du yen (le yen s’est apprécié de 400 % par rapport au dollar en 20 ans) a entraîné une augmentation disproportionnée du coût du travail. Les Japonais craignent de perdre leur emploi et sont inquiets pour leur retraite.

Patrick Bord souligne également que les valeurs traditionnelles s’effondrent. Auparavant, les intérêts individuels étaient toujours subordonnés aux objectifs collectifs. Mais les jeunes revendiquent davantage de liberté individuelle. Les relations secrètes entre les politiciens et le monde des affaires, le vieillissement croissant de la population, la pression internationale pour l’ouverture du marché japonais à la concurrence étrangère, sont autant de facteurs qui concourent à créer une atmosphère de crise latente. Le constat de P. Bord s’illustre par les résultats des onze principales banques japonaises qui ont vu leurs profits chuter de pas moins de 90 % en 1994. La célèbre banque Sumitomo a elle-même subi une perte de trois milliards de dollars. Autrefois de 4,5 %, la croissance économique a reculé jusqu’à 1,1 % en 1992 et 0,6 % en 1994.

Le Monde diplomatique a également évoqué le danger inhérent aux ventes massives de Bons du Trésor américain réalisées par les institutions financières japonaises pour accumuler des capitaux susceptibles de consolider la Bourse de Tokyo. Ces ventes se sont montées à 13 milliards de dollars en mars 1995. Cette tendance renforce la pression sur le dollar ce qui, par effet domino, affecte l’ensemble du système financier international. Selon le Monde diplomatique, un krach financier à Tokyo pourrait déclencher un effondrement de l’économie mondiale.

En un an, le nombre des faillites a crû de 10,6 % au Japon. Selon l’institut Teikoku Databank, les raisons principales en sont la désindustrialisation de l’économie, la chute des prix et la forte valeur du yen.

Japon
Sources : New York Times, The les Echos, le Monde diplomatique, France
Thématiques : Économie
Rubrique : Faits et prévisions (Au fil des années, Partage international a régulièrement publié des articles soulignant les attentes de Maitreya, telles qu'elles ont été présentées par l'un de ses collaborateurs vivant à Londres au sein de la même communauté, à propos d'un certain nombre de changements politiques, sociaux, écologiques et spirituels devant se produire dans le monde. Périodiquement, Benjamin Creme et son Maître ont également partagé leur point de vue sur les développements à venir. Dans cette rubrique intitulée « Faits et Prévisions » notre rédaction analyse les nouvelles, les événements et les déclarations ayant un rapport avec ces prévisions et points de vue.)