Partage international no 82 – juin 1995
Les récits de mort imminente et ceux de vies antérieures obtenus par régression dirigée semblent, sinon prouver, du moins donner un poids croissant à la possibilité d’une vie après la mort. L’étude des souvenirs que déclarent avoir certains enfants de leurs incarnations passées pourrait toutefois, dans la mesure où ce sont des faits concrets et vérifiables, s’avérer peut-être encore plus convaincante.
Pionnier en la matière, le psychiatre Ian Stevenson parcourt le monde depuis une trentaine d’années pour recueillir de la bouche même des enfants, et avec la collaboration de correspondants locaux, les récits de leurs vies passées. Il dispose aujourd’hui d’une base de données de 2 500 cas « suggérant la réincarnation », selon son expression, et répartis sur huit pays. Cependant, reconnaissant l’importance du facteur subjectif qui entre dans ce genre de recherche, il a demandé à trois chercheurs indépendants (une anthropologue, Antonia Mills, et deux psychologues, Erlendur Haraldsson et Jurgen Keil) de refaire son parcours, pour autant que cela se pouvait.
Ceux-ci découvrirent 123 cas nouveaux, répartis dans cinq pays, où la concordance entre les récits et les situations découvertes en suivant les indications des enfants fut particulièrement remarquable. Ils présentent leurs conclusions dans un article paru dans le Journal of the American Society Psychical Research, en l’illustrant chacun d’une étude de cas (cf. Trois cas remarquables, page suivante).
Selon ces auteurs, environ 80 % des cas ont été « vérifiés », en ce sens qu’on a pu retrouver une personne ayant existé et cadrant au moins grossièrement avec les descriptions de l’enfant : une fois sur deux, cette personne était inconnue de la famille de l’enfant ; une fois sur trois, elle comptait parmi ses relations ; et une fois sur six, elle faisait partie de la famille elle-même. Vingt pour cent des cas n’ont pu être « vérifiés ». Certains récits ont paru correspondre davantage que d’autres, mais un seul cas de tromperie ou d’affabulation a pu être relevé.
Dans un grand nombre de cas, toute une série de parallèles ont été observés entre les enfants et les personnages qu’ils disent avoir été : des traits de comportements, des goûts et des répulsions spécifiques, des talents innés, une connaissance personnelle de certains détails, et même, des marques de naissance correspondant à des blessures mentionnées dans les récits, ou des phobies provenant d’expériences traumatiques. Parfois, la coïncidence entre les détails donnés par l’enfant et ceux découverts sur le terrain est telle qu’il est difficile de l’expliquer par le hasard.
Ces deux éléments (taux de vérification et convergences concrètes entre l’enfant et le personnage qu’il dit avoir été), parmi d’autres, s’ils n’excluent pas l’intervention de facteurs culturels dans l’élaboration des récits, interdisent cependant d’en faire de simples constructions psychologiques du réel.
En conclusion, les auteurs soulignent que l’ensemble de leurs observations constitue, sinon une preuve définitive, en tout cas, un élément de poids en faveur de la réincarnation.
Le Dr Mills et le Pr Haraldsson annoncent une suite à leur travail, dans deux directions : d’abord, assurer un suivi psychologique de ces enfants, afin de détecter chez eux l’apparition éventuelle de traits de comportement, voire de troubles psychiques spécifiques (ils n’ont rien constaté de tel, jusqu’à présent, cette population paraissant au contraire d’une force et d’une indépendance de caractère supérieure à la normale). Ils ont, pour ce faire, mis au point toute une série de tests, ces enfants se montrant généralement de moins en moins disposés à parler de ces souvenirs à mesure qu’ils grandissent, et donc à participer à des entretiens. Ensuite, afin de mieux cerner l’incidence du culturel dans ces récits, ce qui a été l’un des axes majeurs de leur recherche, ils projettent de les étudier en parallèle avec les histoires de compagnons de jeux, si courantes chez les enfants occidentaux.
Trois cas remarquables
Jurgen Keil présente le cas d’un enfant turc, né en 1980, qui affirma, dans sa deuxième année, avoir vécu dans un village voisin ; il précisa même sous quel nom, et donna des détails précis sur son ancienne existence. Y ayant été emmené, à sa demande, il reconnut les membres de son ancienne famille, les objets qui lui avaient appartenu, et raconta quelques épisodes de sa vie, vérifiés par la suite. Sur 22 affirmations, 17 se sont révélées justes, les autres étant entachées d’inexactitudes. Mais le Pr Keil note avoir été fortement impressionné, lui et les autres personnes impliquées dans l’enquête, par la grande maturité de l’enfant, et la constance de son récit.
Le second cas, étudié par le Dr Mills, est celui d’un jeune Indien, manifestant une étrange fascination pour les chameaux, qui déclara vers deux ans être issu d’un autre village et être mort au cours d’un voyage d’affaires, près du Gange. Il donna des détails sur les membres de son autre « famialle » et, ayant demandé à être conduit auprès de sa femme, il croisa un marchand de chameaux en qui il reconnut son frère. Celui-ci confirma avoir effectivement eu un frère exerçant le même métier que lui, qui avait vécu et était mort près du Gange dans les circonstances racontées. Une observation attentive de l’enfant, de son comportement, ainsi que la connaissance détaillée de son ancienne vie, le convainquirent rapidement, lui et les membres de son entourage, qu’il était bien la réincarnation de son frère. Quinze des 17 affirmations du garçon ont pu être vérifiées.
Enfin, le troisième cas, étudié par le Pr Haraldsson, fait partie d’une série de 19 cas où les dires des enfants furent consignés avant même que ne soient découverts sur le terrain les premiers éléments concordants. Il s’agit d’une fillette sri lankaise qui affirmait s’être appelée Nanayakkara, avoir été mariée et avoir vécu à Akuressa, une petite ville assez éloignée de son lieu de naissance. Elle se serait noyée, alors qu’elle était enceinte, à la suite de la chute d’un pont de cordes. L’enquête que, quelques années plus tard, mena à Akuressa même un assistant du Pr Haraldsson, vérifia l’exactitude de presque toutes les informations données par la fillette ; il retrouva, en particulier, le pont de cordes, unique dans les environs, et le procès verbal de la noyade, la seule en vingt ans. Quant aux erreurs, loin d’infirmer le témoignage, elles ajoutaient, d’une certaine façon, à son authenticité, comme, par exemple, lorsque la fillette affirmait que son mari avait été postier, alors que c’était son frère. Le Pr Haraldsson ne put poursuivre son enquête plus loin, notamment emmener l’enfant à Akuressa, du fait de l’opposition de sa famille.
Thématiques : sagesse éternelle, spiritualité
Rubrique : Divers ()
