Les relations entre Maître et disciple

Partage international no 82juin 1995

par Aart Jurriaanse

De même que les professeurs d’Université, habituellement, n’enseignent pas dans les collèges, la Hiérarchie ne peut se permettre de laisser ses membres aînés dispenser leur temps précieux et leur énergie à former de jeunes disciples. Si on tient compte du niveau mental relativement élevé de l’étudiant ésotériste de notre époque, ainsi que de l’abondance de la littérature disponible d’où il est possible de tirer les matériaux convenant à chaque stade de développement, on s’aperçoit alors que la formation élémentaire peut s’effectuer dans une large mesure par soi-même. Lorsque l’étudiant est prêt à aborder l’étape suivante, où il a besoin de conseils et d’enseignements afin d’étayer ses propres aptitudes, un disciple avancé lui offrira alors son aide et ses conseils, sur le plan exotérique ou ésotérique, selon les circonstances. Ce n’est que lorsque les disciples atteignent certaines capacités spirituelles minimales que sera envisagée une instruction personnelle dispensée par le Maître.

La qualification des disciples relève d’un processus relativement simple. A cet égard, les Maîtres n’ont nul besoin d’archives spécifiques, ni d’étudier des rapports de progression — ils peuvent immédiatement reconnaître le niveau de développement atteint par un disciple, par la simple observation de la qualité de lumière émise par le travailleur. Lorsque son aura parvient à une certaine teinte, et que sa vibration atteint l’intensité requise, l’être humain attirera automatiquement l’attention de quelque Maître particulier, qui le soumettra alors à des tests afin de déterminer s’il a atteint le stade justifiant une attention personnelle. La désignation de l’élève se trouvera subordonnée aux besoins du Maître, aux caractéristiques des disciples disponibles, à la maîtrise d’un rayon commun et aux relations karmiques antérieures.

La lumière intérieure

L’étudiant moyen ne peut concevoir à quel point les membres de la Hiérarchie sont attentifs lorsqu’ils guident la destinée de l’homme, en respect du Plan divin. Les Maîtres n’ont ni le temps, ni le goût, ni l’intérêt de s’immiscer dans les détails de la vie de la personnalité du disciple sur Terre, ni d’y interférer. La croissance de la lumière intérieure de l’homme représente tout ce qui les intéresse, ainsi que la mesure avec laquelle cette lumière se reflète dans la qualité de son service. Ainsi ne s’occupent-ils que des niveaux mentaux ou des niveaux de l’âme, et ne s’intéressent-ils à aucune parole ou à aucun acte inconsidérés ou irréfléchis, que l’homme peut rectifier lui-même. La responsabilité ultime de guider l’individu incombe à l’âme, et l’âme elle-même ne peut exercer qu’une influence réduite, jusqu’à ce que l’homme soit prêt à accepter une telle aide, et la désire.

Le disciple qui se trouve en contact avec les Maîtres, s’apercevra rapidement qu’il ne fait ni l’objet de flatterie ni de promesses, car il n’est rien dit qui nourrisse la fierté du disciple ou qui puisse entretenir l’autosatisfaction, ce qui serait susceptible d’entraîner une certaine négligence dans le futur. Lorsque la vie et les actes du disciple produisent une radiation de lumière accrue, un tel progrès se trouvera amplement récompensé par des opportunités de service supplémentaires placées sur le chemin, accompagnées des capacités nécessaires à l’accomplissement satisfaisant de la tâche.

Au cours de la vie du disciple, il est possible que surviennent des périodes où il lui semblera avoir perdu tout contact avec son Maître, comme s’il se trouvait séparé de toutes ses relations. Si cela se produisait, le disciple devrait réaliser qu’une telle séparation ne peut être que de nature temporaire, et que la cause doit provenir de quelque manque ou de quelque perturbation excessive de son entourage ou de son environnement éthérique, et que le Maître ne se trouve en rien à l’origine de cette situation. Avant d’être admis dans le groupe d’un Maître, le disciple sera placé en observation pendant une longue période, et le Maître connaîtra parfaitement toutes ses caractéristiques — à la fois ses vertus et ses défauts. Ainsi, lorsque le disciple se trouvera finalement accepté, la décision du Maître, pour ce qui le concerne, sera irrévocable, et seul un acte délibéré et conscient du disciple pourrait alors briser cet accord.

L’impersonnalité

Les Maîtres ne désirent ni l’adoration ni la vénération de quiconque. Ils souhaitent que le disciple se montre impersonnel dans tous ses rapports, car c’est cette attitude d’impersonnalité qui conduira à l’amour et à la compréhension spirituelles. Les Maîtres recherchent en fait un dévouement intelligent aux besoins de l’humanité.

Le Maître lui-même observe une semblable attitude impersonnelle dans ses rapports avec ses disciples, et il n’entre aucunement dans ses objectifs de rendre ses élèves imbus d’eux-mêmes, du fait de leur statut ou de leurs activités, par des compliments déplacés. S’il veut les guider, c’est à lui qu’il revient de diriger leur attention sur leurs échecs et leurs limitations. C’est à lui de les aider à se détacher de l’aspect forme de la vie, et de les équiper, afin qu’ils reconnaissent et utilisent correctement toute expansion de conscience. Il doit donc garder un œil attentif à la lumière intérieure du disciple, d’intensité variable, ainsi qu’aux vibrations émises. Ensuite, il lui revient encore d’effectuer des suggestions en vue d’améliorer le comportement et la manière de vivre de ses élèves, et de signaler où il est possible d’effectuer des ajustements de la personnalité, afin que le disciple se libère davantage de la domination de cette personnalité, et intensifie sa vie spirituelle, comme le prouveront ses actes de service. Si, au cours de ce processus d’injonction à l’impersonnalité, l’étudiant se vexe et fait preuve de ressentiment, cela ne constitue qu’une indication du fait qu’il se trouve jusqu’à présent trop profondément submergé par les réactions de la personnalité, et qu’il n’est donc pas encore prêt pour un travail plus avancé. Ainsi les disciples devraient-ils apprendre à travailler depuis le niveau de l’âme, ou niveau spirituel, et non pas à partir de la personnalité.

Les disciples doivent apprendre à se tenir debout, à agir avec sagesse, à ne pas abuser du soutien du Maître, et à ne pas indûment détourner son attention de l’urgence de ses propres activités. Les Maîtres sont entièrement occupés par un monde dont le visage ne cesse de changer, et par la direction à indiquer aux mentaux des responsables du monde, qui doivent inconsciemment s’orienter en conformité avec le Plan et le Dessein du Seigneur du Monde. Plus le disciple est avancé, et plus il s’approche du Maître, plus sa compréhension de la situation sera profonde et plus forte sera sa volonté de remplir au mieux ses propres tâches, et de décharger le Maître d’autant de tâches mineures que le permettent ses aptitudes et les circonstances.

Jadis, en Orient, lorsque le disciple travaillait directement sous les ordres d’un Maître, une soumission absolue était exigée, et le Maître assumait littéralement la responsabilité intégrale de la destinée de son élève. Cependant, depuis cette époque, la situation a radicalement changé. Le disciple travaille maintenant depuis le niveau mental et, du fait de son libre arbitre, il conserve l’entière responsabilité de l’ensemble de ses décisions et de ses actes. Le Maître se trouve simplement chargé de présenter des opportunités et des versions plus profondes de la vérité, mais rien de plus. Dans ces circonstances, aucun enseignant ne pourrait exiger une soumission aveugle. En réalité, le Maître attend cependant du disciple qui désire travailler avec son aide, que ses instructions soient fidèlement suivies — de la propre volonté du disciple, c’est-à-dire en respect du libre arbitre du disciple ; à défaut, une telle collaboration serait vaine.

Une vibration intérieure adéquate

De plus en plus, des groupes dont les membres seront mieux préparés à la collaboration avec les Maîtres feront discrètement leur apparition dans le monde entier. En réalité, il existe déjà plus de disciples actifs qu’on ne le croit généralement.

Ces groupes ne seront capables d’opérer un contact régulier avec un Maître, que s’il se trouve parmi ses membres un disciple avancé bénéficiant d’une sensibilité hautement développée à l’impression, et pouvant donc servir de canal par lequel les Maîtres transmettront leurs communications télépathiques.

Au cas où un tel canal ne serait pas disponible, chaque disciple en particulier dépendra :

  1. de la communication de l’âme avec le Maître au cours des heures de sommeil, ou
  2. de la communication établie pendant les périodes de méditation, sous réserve que l’étudiant ait développé une capacité de se hisser lui-même jusqu’au niveaux égoïques. Si le disciple ne parvient pas à se placer dans ces conditions par son effort personnel, le Maître restera inaccessible.

Cette préparation de soi ne peut se réaliser qu’avec le temps, et en s’efforçant assidûment de purifier les véhicules inférieurs, par la méditation régulière et appliquée, et par le service désintéressé. Mais une fois que le disciple aura lui-même purifié son équipement, et obtenu ainsi une vibration intérieure adéquate, rien ne pourra plus le retenir, et les portes d’une vie plus élevée s’ouvriront automatiquement devant lui.

C’est l’âme elle-même qui guidera et présentera l’homme devant le Maître, la communication entre ces deux mondes d’être ne pouvant s’établir que sur les plans de l’âme. Le disciple doit donc s’assurer que la connexion entre l’âme et le cerveau, via le mental, s’établit correctement et reste libre de toute obstruction. Le travail du Maître se trouve souvent contrecarré du fait que les canaux assurant le contact sont parfois fermés pour des périodes prolongées, en raison d’une absence de liaison entre l’âme et la personnalité.

Au cours des premiers stades du rapprochement avec les Maîtres, les disciples s’apercevront que ceux-ci sont entièrement occupés, et qu’ils ne sont pas volontiers disponibles s’il s’agit de s’occuper de questions insignifiantes en rapport avec la personnalité — problèmes que le disciple devrait être capable de résoudre par lui-même, à l’aide de la lumière fournie par son âme. Les disciples plus anciens et entraînés, bénéficient d’un accès au Maître beaucoup plus aisé, mais ils se font un devoir de ne pas faire perdre de temps au Maître, pour des questions futiles, et ne s’adresseront à lui que pour des décisions majeures au sujet de leurs activités de service, pour le compte des autres.

L’étudiant devrait bien comprendre que les Maîtres ne sont pas concernés par ce qui relève de la personnalité des individus. Leur seule préoccupation consiste à acquérir des canaux utilisables pour le travail et diriger leurs énergies au bénéfice de l’humanité dans son ensemble. Un disciple entrera donc dans le groupe d’un Maître avant tout parce qu’il a déjà acquis la capacité de rendre quelques services, et non pas pour recevoir quelque instruction culturelle en vue de son avancement personnel. Mais il va de soi qu’il tirera de l’expérience du service rendu, devenant ainsi progressivement un instrument toujours plus efficace placé dans les mains du Maître.

Il existe des cas de disciples bénéficiant d’un entraînement spécifique, mais il ne s’agit que de les qualifier davantage en vue de l’expression de quelque aspect du Plan.

Le poids du disciple est fonction des motifs qui le poussent. Le Maître reste indifférent au statut social extérieur du travailleur, ainsi qu’à l’influence qu’il exerce dans les différents milieux en raison des qualités de sa personnalité. Le Maître ne s’intéresse qu’aux qualités objectives et à la motivation qui inspirent au disciple son activité. Ce n’est que lorsqu’il s’élève au service altruiste par l’amour désintéressé, la compréhension et la bonne volonté, que le disciple est reconnu et porté à l’attention du Maître.

Auteur : Aart Jurriaanse, (1907-2002) : auteur sud-africain qui a effectué des compilations des livres d’Alice Bailey. Il est l’auteur de Bridges (Ponts, non traduit) qui est un commentaire de ces enseignements.
Thématiques : sagesse éternelle
Rubrique : Esotérisme ()