Partage international no 136 – décembre 1999
par Carol Davis
La paix mondiale est-elle possible ? William Swing, évêque épiscopal de Californie, le pense. En compagnie d’autres membres de United Religions Initiative (Initiative pour des religions unies), une réunion internationale de leaders religieux, il a même fixé le premier jour de la paix au 31 décembre 1999.
Ensemble, ils sont en train d’organiser « 72 heures interconfessionnelles pour la paix », un mouvement pour que cesse la violence, dans les foyers, les communautés et les nations, du 31 décembre 1999 au 2 janvier 2000. « Nous souhaitons un cessez-le-feu de trois jours au niveau mondial, afin que ce millénaire se termine dans la paix et que le prochain commence dans la paix, déclare W. Swing. Nous souhaitons que les peuples utilisent cette période de manière constructive afin d’instaurer la paix dans les pays en conflit. » Diverses initiatives en faveur de la paix ont déjà été organisées.
– A Washington, des cultes interconfessionnels pour la paix visant à la réconciliation, à la célébration et au développement d’une nouvelle approche spirituelle, se dérouleront au cours de ces 72 heures.
– En Ethiopie, un groupe interconfessionnel érigera un mât de la paix et œuvrera pour la réconciliation entre l’Ethiopie et l’Erythrée.
– Au Pakistan, la Commission nationale des évêques catholiques pour les relations chrétiennes et musulmanes organise une marche pour la paix à travers tout le pays, couvrant une distance de 2 250 km.
La mission pour la paix est l’un des premiers projets de l’Initiative interconfessionnelle, qui culminera l’année prochaine avec la création de Religions unies, organisation internationale comptant des représentants de toutes les confessions, et dont l’objectif sera de préconiser l’amour, d’encourager la liberté de culte et de maintenir la paix entre les religions du monde.
Après les Nations unies, les Religions unies
W. Swing a eu l’idée de Religions unies après avoir été invité à s’exprimer lors d’une célébration religieuse, à l’occasion de l’anniversaire des 50 ans des Nations unies. « Si les leaders politiques peuvent collaborer pour la paix, pourquoi les leaders religieux ne le pourraient-ils pas ? Lors du lancement de l’Initiative pour des religions unies, raconte W. Swing, ce sont surtout les communautés religieuses qui m’ont apporté leur soutien : les leaders religieux étaient moins disposés à participer, car les Religions unies offrent un champ d’action où aucune religion ne prédomine ni n’exerce de contrôle. » Certains leaders ont également soulevé la question de la représentation, ce que W. Swing a reconnu être une difficulté, mais pas impossible à résoudre.
« Si chaque pays dispose d’une voix aux Nations unies, comment envisager un rassemblement où chaque religion aurait une voix ? Qui voterait pour les juifs ? Ou pour l’islam ? » Par ailleurs, les leaders religieux s’inquiétaient que l’on considère « qu’ils abandonnaient ou bradaient les vérités exclusives de leur propre foi » s’ils s’engageaient dans une activité interconfessionnelle. Ils se demandaient aussi quelles religions auraient le droit de voter.
« Une autre question était de savoir quelles sont les vraies religions et quelles sont celles dont le but est d’exploiter les gens et de les soumettre à un lavage de cerveau. Mais ces problèmes peuvent se résoudre par la coopération, affirme W. Swing. Ce qui manque dans l’ensemble c’est de l’imagination. Si les leaders religieux du monde avaient le désir de travailler ensemble, ils pourraient réunir les peuples et résoudre ces problèmes, mais dès que vous faites appel à leur imagination, vous êtes aussitôt rejeté. »
« On constate une expansion de la vie – et donc des difficultés – interconfessionnelle. Cela demande des solutions et engendre un besoin urgent de démocratisation des religions, déclare W. Swing. Je veux dire par là que nous allons devoir faire preuve d’un certain respect et accepter le fait que d’autres religions existent et qu’elles doivent être considérées comme faisant partie intégrante de la vie de la planète. »
Aime Dieu et ton prochain
L’Initiative pour des religions unies a été lancée en 1996, lors d’un premier sommet mondial à San Francisco, siège de l’organisation. Ses membres se composent de représentants de plus de 40 religions différentes, et le groupe opère dans 50 pays. Son but est de « créer une coopération à long terme entre les peuples de la Terre, afin d’honorer le sacré, de mettre fin à la violence religieuse, de bâtir une communauté et de créer de nouvelles possibilités d’épanouissement de toute vie. » Cette mission forme la base fondamentale du projet de Charte de l’Initiative, qui fait le tour du monde afin d’être débattue. Cette charte qui lancera les Religions unies sera signée le 26 juin 2000, soit 55 ans après la signature de la charte qui créa les Nations unies. « Pour les Religions unies, la participation de communautés à la réalisation d’un objectif tel que 72 heures interconfessionnelles pour la paix est délicate, déclare W. Swing. Ce n’est pas parce que quelqu’un a interpellé le Kremlin pour dire, en pleine prolifération nucléaire, que « c’était de la folie », que nous avons obtenu le moindre désarmement nucléaire. Mais lorsque les peuples du monde ont dit au Pentagone et au Kremlin : « C’est de la folie », les choses ont commencé à changer. »
Bien qu’il cite un passage de la Bible, le message est universel et primordial pour l’objectif de Religions unies. « Lorsque les gens se sont tournés vers Jésus et lui ont demandé : « De quoi s’agit-il ? Quel est le commandement ? » Jésus répondit qu’en réalité le commandement était double : aime Dieu et aime ton prochain. » Citant la parabole de Jésus sur le bon Samaritain qui, malgré une haine mutuelle et culturelle, secourut un juif qui avait été battu, volé et laissé pour mort par des voleurs, W. Swing poursuit : « Je pense que Jésus nous a fait savoir dès le début qu’aimer Dieu avec ferveur ne représentait que la moitié du grand commandement, et que l’autre moitié était : qu’allez-vous faire pour votre prochain ? Vous devez vous poser la question de Jésus : « Le bouddhiste est-il mon prochain ? Et le juif ? Et l’hindou, le sikh ? » Je pense que la réponse est oui. Il ne s’agit pas de dire : « Comment puis-je haïr ou anéantir mon prochain ? » Mais : «Comment puis-je aimer mon prochain qui est d’une autre religion ? »
