Unifier le monde par la télévision

Partage international no 129mai 1999

Interview de Laurien Towers Gatlin par Monte Leach

Laurien Towers Gatlin est bien placée pour connaître la capacité de la télévision à unifier le monde. En 1984, elle fut l’une des productrices de Live Aid (un concert live mondial de 17 heures, visant à collecter des fonds en faveur des victimes de la famine en Ethiopie). Laurien a aujourd’hui des projets encore plus ambitieux : un concert de 24 heures, Rockin’ for Freedom, prévu pour les 19 et 20 juin 1999, destiné à éveiller les consciences et à récolter des dons pour faire face aux problèmes les plus critiques de la planète ; également la création d’un réseau mondial de télévision, GlobaLink Television, qui présentera des divertissements interculturels et mettra en relief des efforts humanitaires menés à travers le monde.
Laurien, plongée dans la préparation de son concert, a pris le temps de s’entretenir avec Monte Leach, notre chef de rédaction pour l’Amérique, à propos de Rockin’ for Freedom et de GlobaLink Television.

Partage international  : Quel but espérez-vous atteindre avec Rockin’ for Freedom ?
Laurien Towers Gatlin : L’objectif général de Rockin’ for Freedom est de promouvoir la paix et l’unité mondiales, la préservation culturelle et écologique, d’accroître la conscience et de récolter des dons qui, espérons-le, aideront plusieurs organisations qui agissent de manière positive, partout dans le monde.
La plupart des problèmes qui se posent, à l’heure actuelle, à travers la planète, sont étroitement liés. Vous ne pouvez pas parler de pollution, de famine ou de déforestation sans évoquer par exemple le déplacement des populations et ses conséquences, la perte des récoltes, la souffrance des enfants et le non respect des droits de l’homme. Ces problèmes sont tous totalement interconnectés.
Ainsi que nous le disons sur nos documents de présentation : « Le temps est venu pour nous, en tant que citoyens du monde, de nous faire entendre et de défendre les droits de l’homme, d’enrayer la famine, de protéger les enfants, les espèces menacées et l’environnement. En nous unissant, nous pouvons pousser la communauté internationale à faire tous ces efforts en vue d’un changement durable pour une humanité et une planète pacifiques, constructives et responsables. »

PI. Comment Rockin’ for Freedom va-t-il contribuer à atteindre ces objectifs ?
LTG. L’idée est de réunir des musiciens, des célébrités, des dignitaires et des leaders mondiaux dans une émission internationale de longue durée. Grâce à la musique, à la danse et à des messages, nous célébrerons les liens qui nous unissent, et mettrons en avant les efforts positifs menés à travers le monde.
Ainsi, une partie de l’émission sera consacrée au 40e anniversaire de la Journée nationale tibétaine et à la préservation de la culture tibétaine sous la conduite du dalaï- lama. Ce dernier nous a d’ailleurs adressé un message d’encouragement, « souhaitant aux artistes, organisateurs et supporters de Rockin’ for Freedom un plein succès dans leur effort humanitaire.» Nous unissons également nos efforts à ceux des organisateurs de Native American Music Awards and Juneteenth’99, une fête afro-américaine traditionnelle.

PI. Comment se dérouleront les 19 et 20 juin ?
LTG. Nous donnerons des concerts à travers le monde (à Los Angeles, Londres, en Inde, au Mexique, au Nigeria, en Afrique du Sud et en Suisse), ces divers endroits se relayant l’un l’autre. Le concert sera transmis en direct par satellite, ainsi que par la radio et sur Internet. Il sera diffusé à travers le monde par la télévision, plusieurs chaînes câblées et divers réseaux. Nous serons visibles dans tous les pays de la planète qui choisiront de se brancher sur nous. Dans certaines régions, en fonction des décalages horaires, le concert pourra être enregistré et diffusé ultérieurement pendant la journée ou aux heures de grande écoute. Les pays en voie de développement pourront accéder au programme gratuitement. Nous opérerons comme le fera en permanence GlobaLink, dès que cette chaîne sera opérationnelle.

PI. Techniquement, cela semble une tâche énorme. Comment vous y prendrez-vous ?
LTG. Plusieurs des personnes qui s’occupent de Rockin’ for Freedom font partie de GlobaLink Television, la société que j’ai fondée il y a quatre ans. Certains membres de GlobaLink faisaient partie de l’équipe Live Aid, dont le principal organisateur (maintenant directeur général de Globa-Link Television) jouera le même rôle pour Rockin’ for Freedom.

GlobaLink Television

PI. Quelle est l’origine de GlobaLink ?
LTG. Plusieurs personnes ont préparé le terrain à travers le monde afin de créer une nouvelle chaîne de télévision qui produira des programmes interculturels internationaux : musiques du monde, émissions de divers pays, animations, théâtre et beaucoup d’autres événements particuliers. Nous ferons aussi des reportages et mettrons l’accent sur des sujets humanitaires et sur les organisations qui s’en occupent. Nous espérons que GlobaLink favorisera la compréhension, la tolérance et des changements positifs au niveau international.
Bien que la télévision actuelle comprenne des chaînes de voyages, la BBC et, par-ci, par-là, de la musique de diverses cultures, nous voulons créer un créneau où, à toute heure, vous saurez que vous allez entendre ou voir quelque chose qui a été produit dans d’autres pays (partager l’idée qu’ils se font de leurs loisirs, de leur culture, de leurs traditions et de leurs valeurs, d’une manière que seule la télévision permette de faire). Au cours de leur vie, la plupart des gens sortent rarement de leur ville, beaucoup moins encore se rendent à l’étranger. Ils auront ainsi, s’ils en ont l’envie, le moyen d’aller au théâtre à Taiwan ou au Zimbabwe.
Cette chaîne n’est pas destinée à tout le monde, mais nous savons qu’une audience existe. Le besoin et le désir d’un tel programme se fait aussi sentir parmi les gens qui n’ont pas les moyens d’avoir une chaîne payante. GlobaLink sera financée par la publicité et le sponsoring, mais de manière à ce qu’elle soit autant que possible accessible gratuitement aux pays en voie de développement qui n’auraient pas la possibilité de payer des droits élevés ou des publicités chères, mais qui souhaitent participer.

PI. Où en êtes-vous du développement de GlobaLink ?
LTG. GlobaLink est un travail d’amour, et le projet a très sérieusement avancé au cours de ces dernières années. Plusieurs associés dans divers pays sont prêts à lancer des programmes et à nous soutenir dès que nous serons officiellement prêts à le lancer. Nous pensons que Rockin’ for Freedom sera l’une des rampes de lancement de Globalink.

PI. Disposez-vous des moyens techniques et financiers suffisants ?
LTG. L’aspect technique est prêt et les ressources financières ont joué un rôle certain en nous permettant d’arriver où nous en sommes. Nous recherchons des fonds supplémentaires pour un lancement à long terme. Nous pouvons commencer avec un nombre d’heures limité, et à partir du moment où nous aurons les revenus de la publicité, même si les tarifs sont très bas, nous arriverons à un bilan équilibré dès la fin de la première année. Et il s’agit là du scénario le plus pessimiste.
Même si nous nous attendons à faire des bénéfices, les priorités de GlobaLink sont ailleurs. Nous pensons que le plus important est l’honnêteté de la programmation et l’éducation présentée de manière divertissante.

PI. Pensez-vous que la télévision soit un bon moyen d’éduquer les gens ?
LTG. La télévision reliée par satellites et Internet, sont les moyens de communication les plus puissants de la planète. Mais ils sont actuellement les moyens les moins bien utilisés pour le bien commun. Nous y voyons des images d’actualité sur une poursuite en voiture, un bombardement, une fusillade, une guerre, une famine ou tout autre événement négatif se produisant dans un lieu isolé de la planète, qui n’est même pas indiqué sur une carte. Alors qu’un événement positif se produisant quelque part n’obtient que deux lignes en dernière page d’un journal.
Personnellement, j’en ai assez de voir des reporters britanniques ou américains débiter des informations, debout devant des monuments d’autres pays. Je pense que la plupart des gens aimeraient comprendre ce qui se passe dans les autres parties du globe. Il est encourageant de découvrir que des efforts faits ailleurs sur la planète ont été couronnés de succès et que beaucoup plus pourrait être réalisé grâce à un peu d’initiative, de soutien et de coopération.
Nous devons motiver les gens. Je désire que GlobaLink devienne une plate-forme qui encouragera chacun à faire la différence là où il se trouve, à savoir qu’il est important qu’il s’engage.

PI. Etes-vous optimiste pour l’avenir ?
LTG. Oui, certainement. Si tout le monde pouvait passer un moment dans un engin spatial et voir notre planète de loin, nous aurions tous le sentiment intense que c’est là notre maison. Il n’y a pas de frontière, pas de barrières ni de divisions. Nous devons nous unir et travailler avant tout à la préservation de notre monde physique, puis à celle de notre monde émotionnel et spirituel, afin que chacun puisse vivre dans la paix et l’harmonie. Je pense que c’est pour cela que nous avons été créés. Je pense que c’est notre potentiel et que c’est ce que nous sommes en réalité. Il s’agit de nous réveiller et de nous souvenir de qui nous sommes réellement.

Pour plus d’informations, pour participer ou apporter aide à Rockin’ for Freedom ou à GlobaLink Television, contacter : GlobaLink Television, 2531 Sawtelle Boulevard#73, Los Angeles, CA 90064-3124. Tél. 310-575-0504 (9 à 18 h, heure locale) ; fax : 310-478-2175 ; e-mail : gltv@gte.net ; Internet : www.globalinktv.net

Auteur : Monte Leach, journaliste radio indépendant et éditeur de la revue Share International pour les Etats-Unis, il réside à San Francisco.
Thématiques : éducation
Rubrique : Entretien ()