Partage international no 190 – juin 2004
Lors des conférences Reith de la BBC, qui se sont déroulées en avril 2004, le professeur Wole Soyinka, écrivain nigérian et prix Nobel, a qualifié les armes de destruction massive d’« assemblage de quatre mots dirigé à des fins manipulatrices » s’étant répandu et ayant infecté un pays entier. « Cela démontre parfaitement bien […] qu’en étayant ses propos avec quelques mots bien choisis, il est tout à fait possible d’aveugler l’opinion publique d’un pays dans sa presque totalité, pour la conduire à une impasse et lui faire soutenir une thèse qui s’avère infondée, » a-t-il déclaré.
Tout en condamnant la « monstruosité » des attentats du 11 septembre 2001, il a déploré les choix qui en ont découlé : « Les dirigeants de ce pays [les Etats-Unis] choisirent, malgré les conséquences que cela pouvait occasionner sur leurs relations avec le reste du monde, d’adopter un discours chargé en émotions pour accroître encore l’aveuglement de leur peuple et le conduire à ressasser un même monologue isolationniste, au point de le poursuivre lors des débats menés dans le cadre des Nations unies. L’unilatéralisme du gouvernement américain depuis cette funeste date, et encore plus certainement l’invasion de l’Irak entreprise avec l’aide de sa coalition de volontaires, a alimenté et accru le climat de peur. »
Les Etats-Unis, qui n’ont pas pour habitude de supporter la contradiction, considèrent comme hérésie de ne pas croire aux armes de destruction massives, « de même que, il y a quelques temps, les citoyens américains étaient enclins à croire qu’un communiste se cachait sous chaque lit.
Une nation qui règne en maître exige que le reste du monde porte allégeance à son discours compulsif et qu’il la suive aveuglément où qu’elle aille.
Aux dangers du monologue, nous ne devons jamais cesser d’opposer tout le potentiel créatif du dialogue. Il contient en lui le pouvoir de restreindre ce climat de peur, si ce n’est de le dissiper complètement. Il nous donne la certitude de pouvoir freiner la scission du monde en deux camps irréconciliables, et l’espoir de tout bonnement l’empêcher. »
Sources : BBC Radio 4, G.-B.
Thématiques : politique
Rubrique : Regard sur le monde (Dans cette rubrique, Partage international met en lumière certains problèmes urgents qui nécessitent une nouvelle approche et des solutions durables.)
