Des exilés irakiens ont menti

Partage international no 189mai 2004

Une ancienne association d’exilés irakiens aux Etats-Unis (maintenant pour la plupart retournés en Irak) ne s’est pas contentée de fournir à l’Administration des renseignements erronés, voire fabriqués, sur leur pays, elle en a aussi abreuvé les principaux médias américains, britanniques et australiens. Le Congrès national irakien (CNI), avait adressé une lettre à une commission du Sénat américain, dressant une liste de 108 éléments, collectés par une cellule de renseignements subventionnée par le gouvernement américain.

Ces éléments confortaient les positions du président Bush, qui déclarait à qui voulait l’entendre qu’il existait un lien entre Ben Laden et Saddam, que ce dernier s’efforçait d’acquérir l’arme nucléaire et cachait des armes biologiques et chimiques.

Le fait d’avoir fourni ce genre d’informations aux médias, à des cercles choisis de personnalités du gouvernement ainsi qu’à des membres du Congrès, a contribué à donner l’impression qu’il existait plusieurs sources de renseignements sur les programmes interdit d’armement de l’Irak et sur les liens supposés avec Ben Laden – et donc une impression de sérieux, d’autant que d’autres groupes d’exilés se livraient à la même campagne de désinformation. En fait, nombre de ces allégations n’ont pas été confirmées par les services d’espionnage officiels (CIA, le département de la Défense…), quand ils ne les ont pas directement contestées. Cela n’a pourtant pas empêché les autorités américaines et les partisans de la guerre préventive de les citer, dans des déclarations ou des interviews.

Voici quelques-unes de ces fausses informations :

– Saddam collaborait depuis des années avec Ben Laden et fut complice de l’attaque du 11 septembre.

– L’Irak a formé des islamistes aux mêmes techniques de détournement d’avions que celle utilisée le 11 septembre.

– L’Irak avait mis au point tout un dispositif d’armes biologiques mobiles, sous forme de camions citernes, et fabriquait en grand secret des armes interdites, qu’elle stockait sous un hôpital, dans de pseudo puits remplis de plomb et certains palais de Saddam.

– En 2000, l’Irak détenait dans une prison secrète 80 Koweitiens faits prisonniers lors de la première guerre du Golfe.

– L’Irak était en mesure de lancer sur Israël des missiles Scud chargés de poisons susceptibles de tuer 100 000 personnes et travaillait d’arrache-pied à construire des armes nucléaires.

Aucune de ces allégations n’a été prouvée.

Les services spéciaux américains ont, de plus, montré que presque toutes les informations diffusées par les exilés étaient d’importance marginale, voire inutiles, quand elles n’étaient pas, parfois, enjolivées, ou même fabriquées pour donner plus de poids à la menace que semblait faire peser Saddam.

Le CNI affirme avoir fourni ces « informations » à des médias arabes et occidentaux ainsi qu’à deux membres des cabinets du vice-président Dick Cheney et du ministre de la Défense D. Rumsfeld, chefs de file des va-t-en guerre. Et cela en court-circuitant les canaux habituels des services de renseignement ; cette campagne de désinformation s’est, en effet, poursuivie même après que les officiers de la CIA, de l’Agence de renseignement du ministère de la Défense et du FBI eurent exprimé leurs doutes sur la qualité des données et les motivations de ceux qui les produisaient.

Irak
Sources : Knight-Ridder, Etats-Unis
Thématiques : politique
Rubrique : Les mensonges dévoilés (Le 15 février 2003, à Londres, Maitreya a été filmé sous les traits d’un Antillais, lors de la marche pour la paix (voir PI, avril 2003). « Je suis fier aujourd’hui d’entendre mes frères et mes sœurs dire la vérité et dénoncer les mensonges. C’est tellement magnifique ! » a-t-il déclaré. Depuis, les mensonges sont de plus en plus dénoncés.)