Partage international no 164 – avril 2002
par Diana Gold Holland
« Ma vie est comme un puzzle dont toutes les pièces étaient mélangées, commence Maria Yancey de Castelazo, propriétaire de la pension de famille « La casa de Maria » et ambassadrice occasionnelle du petit village la Manzanilla, Jalisco (Mexique). Arrive quelqu’un qui place une pièce du puzzle, puis un autre qui en place une autre ailleurs. »
« Prenez le cas de la clinique », continue-t-elle. Des gens de passage chez elle « ont envoyé une requête via Internet, demandant à ceux qui désirent visiter cette région d’apporter du matériel de premier secours ou d’autres fournitures médicales. » Ces gens prenaient le thé avec Maria quand une étudiante en médecine était passée emprunter une aiguille et du fil. Un enfant venait de se blesser et elle manquait de fil de suture, de même que de matériel de soins. « Les réactions ont été très positives, raconte Maria, toutes sortes d’objets sont arrivés à la clinique, qui est à présent mieux pourvue. J’ai décidé de fournir une tente à oxygène et d’assurer son entretien après qu’un bébé ait dû être transporté d’urgence à la ville voisine. J’avais moi-même été victime d’une pneumonie peu de temps auparavant. L’angoisse de cette mère amenant son bébé pour le faire soigner alors qu’aucun secours n’était possible m’avait été insupportable. Un jour, un fauteuil roulant arriva d’on ne sait où, moins d’une semaine avant qu’on en ait besoin pour une personne victime d’une attaque. Il est certain que Dieu prévoit à tout, même ici. »
La Mazanilla est un petit village de pêcheurs sur la côte ouest du Mexique, sis entre les enclaves touristiques de Manzanillo et de Puerto Vallarta. Il compte quelques téléviseurs et un ou deux ordinateurs, mais une seule rue pavée qui conduit à la mer, une petite école qui mène ses élèves jusqu’en troisième année, un centre de soins, une salle de billard et une jolie baie toute ronde. Les habitants décrivent la jungle qui entoure la bourgade comme un paradis sur Terre. Pourtant, ce qui frappe dans ses ruelles ravinées et ses maisons à moitié achevées ou à demi détruites par le tremblement de terre de 1995, ce sont les ordures : des détritus partout, depuis les bouteilles en plastique jusqu’aux sacs plastiques déchirés, en passant par les canettes de bière, les pelures d’orange et les coques de noix de coco, des déchets non dégradables qui s’entassent dans les ruelles et le long de la rue principale, et même sur la plage, à proximité de la réserve de crocodiles. Il y a pourtant à travers tout le village de nombreux écriteaux portant la même requête : « Por favor, no tire basura » (s’il vous plaît, ne laissez pas traîner vos ordures).
Maria parle d’une initiative villageoise très réussie. Elle s’est arrangée pour faire livrer environ 150 barils en plastique provenant de la tannerie appartenant à son frère, située dans une autre ville. Ces barils ont été transformés en poubelles et joliment décorés par un artiste peintre local, puis déposés à travers le village, parallèlement à un projet de recyclage de déchets en plastique. Les enfants ont été encouragés à y participer au moyen de petites récompenses sous forme de jouets et de crayons. Ce programme a été une telle réussite que Maria s’est inquiétée en voyant que le stock de jouets commençait à s’épuiser. « Qu’allons-nous leur donner à la place ? », demanda-t-elle au maître d’école. Et ce que lui répondit le maître d’école émut profondément Maria. Les enfants ne voulaient pas de bonbons ou des bandes dessinées, ni même des articles de sport. Ce qu’ils désiraient, c’était des balais, afin que leur mère puisse balayer dans la maison et nettoyer les rues. Maria pensa que seuls des enfants pouvaient faire preuve d’une telle sagesse, si bien qu’ils reçurent des balais, de qualité médiocre mais utilisables. Et la propreté fit de grands progrès.
« Il reste certainement un long chemin à parcourir, déclare Maria, mais la communauté a suivi le mouvement, et cela grâce aux enfants. Au début, les gens ont tenté de percer des trous dans les barils afin de les transformer en récipients pour l’eau, et il fut difficile de leur faire comprendre que ce n’était pas ce qu’il fallait faire. Après tout, ces barils avaient contenu des produits toxiques et ne pouvaient servir pour l’eau. Nous avons peu à peu adapté leur dimension à la demande de la population et chaque famille s’est vu assigner ses propres barils. » Les barils furent déposés sur la place du village et au coin des rues. La même chose fut faite dans une autre ville où Maria avait vécu auparavant, et le résultat fut également positif.
« L’environnement est tout aussi précieux que les enfants, déclare Maria, exposant le projet sur lequel elle travaille en ce moment : créer sur un terrain qu’elle possède le long de la plage une réserve écologique de plantes et d’animaux. Mon idée est d’apprendre aux enfants à protéger toutes les espèces et les formes de vie en créant une pépinière et une zone de conservation qu’ils pourront visiter et étudier. Plusieurs groupes d’éminents universitaires américains sont prêts à nous aider à réaliser ce projet. Plus d’un professeur, ainsi que des gens appartenant à tous les milieux, se présentent et offrent de consacrer une partie de leur temps libre à l’enseignement. Ils viennent tout simplement. C’est vraiment extraordinaire. »
Maria a un autre but éducatif pour son terrain sur la plage, où il reste plusieurs grands arbres magnifiques. Jusqu’à récemment, la végétation luxuriante de cette zone était rasée, souvent parce que les villageois voulaient libérer du terrain pour y habiter. Résultat : des parcelles brûlées, recouvertes de moellons, à présent dépourvues du moindre coin d’ombre. De vilaines toiles goudronnées en plastique bleu recouvrent les abris primitifs, jurant avec le paysage, et la qualité de l’air s’est appauvrie. Maria espère montrer à quel point les arbres et la végétation de la jungle peuvent subvenir à tous les besoins, purifiant et revitalisant l’air par leur présence, apportant naturellement à la communauté de la fraîcheur, de la nourriture et un abri, ainsi que de la beauté. Elle ne touchera pas aux vieux arbres qui offriront un refuge et où les gens pourront vivre et retrouver la santé. « Surtout, ajoute-t-elle, ceux qui ont traversé de grandes souffrances. »
« Où avons-nous trouvé l’argent pour lancer tout cela ? C’est une autre pièce du puzzle, déclare-t-elle. Je n’ai pas toujours été propriétaire. En fait, je ne me suis jamais imaginée tenant une pension. J’ai élevé six enfants, trois aux Etats-Unis et trois au Mexique, pour finir par me retrouver ici à une époque difficile de ma vie. Le gros œuvre de la maison était achevé et un jour, un pensionnaire est arrivé. Il voulait la chambre du rez-de-chaussée qui était déjà terminée, et offrait de payer la somme énorme de 100 dollars par semaine pour le gîte et la nourriture. Cet argent bienvenu me permit de terminer deux autres chambres à l’étage, puis à soutenir plusieurs entreprises communautaires avec le revenu de la location. J’ai pu acheter une petite parcelle de citronniers, juste pour le plaisir, pouvant ainsi aider une famille de neuf enfants qui y vivait, et à présent le terrain du « Centro Ecológico ».
Maria déclare que toute bonne chose est le fruit du partage, le simple partage entre deux personnes. Par exemple, le village pourrait utiliser de vieilles vidéos familiales, des crayons cassés et des vêtements usagés. Pas besoin d’envois importants qui exigent des jours de dédouanement, mais de petits colis comme pour des fournitures de premiers secours. Pour le centre écologique, elle aimerait recevoir des vidéos sur la nature comme celles du National Geographic, même celles concernant des ours ou des pingouins, afin que les enfants apprennent à connaître les créatures de Dieu qui vivent ailleurs. « Nous avons ici un réel besoin de bonnes vidéos. Un appareil VCR se trouve aisément, mais il est difficile de trouver des bandes vidéo. Envoyer de tels articles est un geste très simple si l’on songe à tous les objets que les familles du Nord possèdent et qu’elles n’utilisent plus. Le partage est un autre moyen d’éviter le gaspillage. »
Pour contacter Maria Yancey de Castelazo : Tél/fax : 011-52(3)351 5044.
Mexique
Auteur : Diana Gold Holland, collaboratrice de Share International, vit à Vancouver (Canada).
Thématiques : Société, environnement, éducation
Rubrique : Divers ()
