Partage international no 143 – juillet 2000
par Scott Champion
Les investisseurs américains considèrent qu’ils pourraient réellement empocher les 17 000 milliards de dollars de valeur de la bourse américaine. Mais ils oublient qu’ils ne pourraient vendre leurs actions au cours actuel que si le nombre de vendeurs était relativement peu élevé. Pour que le marché reste équilibré, il ne faut pas que trop de vendeurs tentent de vendre leurs actions le même jour, ou même sur une période assez courte, comme un mois ou un trimestre. C’est pourquoi la valeur des marchés financiers constitue largement une illusion. Si tous les détenteurs de titres entreprennent de convertir leurs actifs en liquidités, les ventes submergent les achats et un krach en résulte.
Deux points d’importance majeure
Concernant les krachs, deux points d’importance majeure sont à observer. En premier lieu, seul un petit nombre d’actionnaires sont à même de se départir de leurs actions. La vente ne se produit que lorsque les actions à vendre trouvent acquéreurs. Lors d’un krach, les acheteurs disparaissent. Alors les prix chutent afin de les attirer en plus grand nombre.
En second lieu, la valeur de l’ensemble des portefeuilles s’oriente à la baisse, si bien que le krach boursier affecte nécessairement tous les actionnaires. C’est pour cette raison qu’un pays ne peut complètement se soustraire aux effets d’un krach.
L’histoire financière regorge de leçons issues des excès de la cupidité humaine. Quand les bulles financières éclatent, les marchés régressent souvent jusqu’à leur point de départ. Pour certains marchés actuels, cela signifie une chute supérieure ou égale à 90 % de leur valeur record. Presque tout le monde s’accorde aujourd’hui à juger un tel scénario impossible. Cependant, une étude des manias antérieures et de leurs conséquences, révèle que cette occurrence est non seulement tout à fait possible, mais peut même se révéler probable. Toute baisse brutale des cours affectera très certainement les opérateurs du monde de la finance : les banquiers, les agents de change, ainsi que les compagnies d’assurance. Du fait d’un endettement et d’une spéculation excessive, le système financier international peut se trouver rapidement au bord du gouffre.
La mentalité des forces du marché
Une question revient fréquemment : si notre richesse s’évapore lors d’un krach boursier, comment trouverons-nous alors les fonds pour porter assistance aux déshérités et aux affamés ? Cette question est très importante car elle démontre à quel degré notre acceptation, sans condition, de l’économie de marché et du capitalisme, nous conditionne. Notre croyance intègre l’idée centrale que de l’argent doit changer de mains si des biens ou des services sont offerts. Nous sommes tellement accoutumés à la mentalité des forces du marché, qu’il nous paraît inconcevable d’imaginer devoir encore apporter une aide de première nécessité aux pauvres, alors même que notre richesse aura disparu dans un krach. Dans une situation semblable, où puiserions-nous les réserves financières pour aider les autres ?
Il existe une réponse simple à ce paradoxe apparent : les pauvres n’ont pas besoin de nos titres boursiers. Ils ont besoin de nourriture, de médicaments, et des équipements nécessaires pour construire des logements, des hôpitaux et des écoles. En bref, ils ont besoin d’actifs réels et non fictifs. Si nous les leur fournissons, soit à travers le partage, le troc, ou les échanges inter-entreprises, l’argent peut être éliminé des transactions. Les producteurs de nourriture, de médicaments et de matériaux de construction, pourraient bénéficier, en compensation, de diverses mesures incitatives, comme des crédits d’impôt, ou bien des minorations de taux d’imposition. La richesse pourrait dans ce cas être considérée pour ce qu’elle est : ce qui permet de satisfaire les besoins de première nécessité de tous, pour une vie saine, créative et productive.
